Aller au contenu

Cache/contre-cache

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
cache/contre-cache
Transcription travelling matte
Domaine d'application effets spéciaux cinématographique

Le cache/contre-cache était un procédé de trucage (ou truquage) de cinéma sur pellicule argentique qui permettait de combiner des images de deux prises de vues différentes (rarement plus) dans une image composite.

La création d'une image composite implique de diviser le cadre en parties de contours arbitraires et qui suivent l'action du plan truqué, par des masques opaques complémentaires. Ces caches permettent de copier successivement, dans chacun des secteurs qu'ils délimitent, les prises de vues d'origine.

Caches dans le décor

[modifier | modifier le code]

Un cache simple (mask ou matte en anglais) est un dĂ©cor peint en trompe-l’Ɠil. Le procĂ©dĂ© de vitre peinte (matte painting) insĂšre entre la camĂ©ra et la scĂšne filmĂ©e des Ă©lĂ©ments fixes peints sur verre inversĂ© qui n’existent pas dans la rĂ©alitĂ© et sont cependant nĂ©cessaires au rĂ©cit, par exemple les hautes tours d'un chĂąteau fort, dont ne subsiste que le bas. Ce procĂ©dĂ© oblige Ă  garder un plan fixe. Le moindre changement, mĂȘme un ajustement de la mise au point, peut rendre Ă©vident le raccord entre la partie peinte et le reste.

Pour un effet d'Ă©cran divisĂ© (split screen, en français recommandĂ©, multi-image[1], qui montre dans deux ou plusieurs zones de l’écran des actions censĂ©es se dĂ©rouler simultanĂ©ment, on a utilisĂ© des caches fixes qui divisaient l'image en fenĂȘtres particuliĂšres. On filmait la scĂšne qui devait se dĂ©rouler dans la premiĂšre zone avec un cache qui obstruait le reste de l'image, puis on rembobinait le film jusqu'au dĂ©but, repĂ©rĂ© au prĂ©alable par un trou, un fil ou une encoche, et on filmait l'autre scĂšne, avec un cache complĂ©mentaire. On coordonnait l'action des deux scĂšnes par des repĂšres de chronomĂ©trage sur un conducteur[2]. Dans ce procĂ©dĂ©, les caches ne peuvent ĂȘtre parfaitement nets : il faudrait qu'ils soient dans le plan de l'objet ou dans celui de l'image. On prĂ©fĂ©rait de toutes façons sĂ©parer clairement les parties de l'image.

Cache et contre-cache

[modifier | modifier le code]

Le cache mobile (en anglais, travelling matte), qui comprend implicitement son contre-cache mobile, est une amélioration du cache/contre-cache fixe. Ce travail est effectué aprÚs coup en laboratoire.

Le but Ă©tant d'obtenir l'incrustation d'un objet mobile, personnage ou autre, dans une scĂšne, on filme d'abord normalement la partie du composite qui donne les meilleurs repĂšres de position (bande A). Cette scĂšne permet d'Ă©tablir avec prĂ©cision les mouvements de la Chose Ă  incruster. On filme ensuite ces mouvements (bande B). À partir d'un tirage positif de cette bande, on fabrique un cache oĂč la silhouette de la Chose est noire sur fond transparent et un contre-cache, oĂč elle est transparente sur fond noir. On pose sur les quatre bandes (positif A, positif B, cache, contre-cache) et sur le nĂ©gatif du futur composite des repĂšres de synchronisation, avant le dĂ©but de la scĂšne. On expose le nĂ©gatif avec la bande A et son cache, puis on revient au repĂšre de dĂ©but, et on expose Ă  nouveau le nĂ©gatif avec la bande B et son contre-cache. Le composite est terminĂ©.

Lorsqu'on fabrique des plans d'images composites en pellicule argentique, on doit imaginer le résultat, qu'on ne verra qu'une fois le travail terminé. Les différences de distance focale d'objectif et de plongée ou de contre-plongée provoquent des modifications de la perspective entre la Chose et le décor, qui peuvent servir ou contrarier les intentions dramatiques de la scÚne.

La technique des caches et contre-caches impose de nombreuses contraintes. Dans certains cas, on préfÚre incruster l'action dans un décor en filmant devant une projection en transparence (rétroprojection) ou sur un écran spécial, pour lesquels au moins l'opérateur voit le résultat dÚs la prise de vues. Si la Chose est un dessin animé, on peut filmer directement image par image le dessin (opaque) avec la scÚne de fond projetée en dessous, ce qui permet aussi de contrÎler le placement du dessin en cours de travail.

Fabrication des caches

[modifier | modifier le code]
Schéma d'une tireuse optique, appareil permettant de créer des caches/contre-caches.

La fabrication des caches peut se faire manuellement par rotoscopie. Un appareil projette image par image la bande B. Un spécialiste détoure la Chose, sur un cellulo avec beaucoup de marge. On place ensuite la silhouette noire dans le cadre en projetant la bande A. On repÚre les limites du cadre par les procédés normaux du dessin animé. Le procédé laisse une grande liberté pour placer l'incrustation dans le fond ; la marge permet les ajustements et les changements de taille. On photographie ensuite la silhouette sur une pellicule cinématographique « au trait ». La pellicule au trait donne une image négative noire et transparente, sans intermédiaires. On obtient donc d'abord le cache. Une copie de celui-ci sur pellicule au trait donne le contre-cache.

Pour qu'on puisse utiliser uniquement des procĂ©dĂ©s photographiques, il faut que les actions soient bien repĂ©rĂ©es l'une par rapport Ă  l'autre dĂšs la prise de vues. On filme la bande B sur un fond qui doit permettre un dĂ©tourage photographique. Si la Chose ne comporte aucune zone claire, le fond peut ĂȘtre blanc ; si elle ne comporte aucune zone sombre, il peut ĂȘtre noir. En prise de vues en couleurs, on utilisait souvent un fond bleu uniformĂ©ment Ă©clairé ; il est rare qu'un objet comporte des zones trĂšs riches en bleu (et notamment les visages humains). Les difficultĂ©s se font sentir dans les parties fixes, oĂč on perçoit plus les anomalies, et lĂ  oĂč la Chose touche son fond, oĂč la lumiĂšre de l'un affecte l'autre, si cette partie est dans le champ. On tire un positif de la bande B, puis, Ă  partir de ce positif, une copie sur pellicule « au trait », qui est le contre-cache, si on a filmĂ© sur fond noir, ou le cache, si on a filmĂ© sur fond blanc ou sur fond bleu. La pellicule « au trait » est sensible uniquement au bleu. Si on a filmĂ© en couleurs sur fond bleu, seul le fond est actinique et noircit la surface sensible. En couleurs, on peut si nĂ©cessaire renforcer la sĂ©lection de couleurs en tirant un positif spĂ©cial avec des filtres pour dĂ©tacher au mieux l'image de la Chose de son fond.

Une fois obtenu un premier élément au trait, on en tire sur pellicule au trait une copie. On obtient deux bandes complémentaires, cache et contre-cache.

Normalement, les tirages s'effectuent par contact : la surface sensible de la copie touche l'image dĂ©veloppĂ©e, les supports (acĂ©tate de cellulose) sont Ă  l'extĂ©rieur. Dans l'original, en principe un nĂ©gatif, la surface sensible se trouve du cĂŽtĂ© de l'optique, c'est le « sens nĂ©gatif ». Dans la copie positive, la surface sensible se trouve du cĂŽtĂ© opposĂ©, c'est le « sens positif ». Pour une copie avec cache, on place celui-ci au dos de la bande. L'Ă©paisseur du support crĂ©e un trĂšs lĂ©ger flou, qui n'est pas forcĂ©ment nuisible. Encore faut-il qu'il n'y ait pas deux Ă©paisseurs de support. Il faudrait donc que les deux caches soient dans le sens nĂ©gatif, mais si le cache complĂ©mentaire a Ă©tĂ© obtenu par copie, il est en sens inverse de l'autre. Une tireuse optique produit des copies de sens nĂ©gatif. Il faut l'utiliser au moins pour les deux caches afin que les deux aient exactement la mĂȘme taille ; la moindre diffĂ©rence entre cache et contre-cache se voit sur l'image composite[3]. Tous les dĂ©fauts, Ă  la prise de vues comme dans les Ă©tapes du tirage, produisent un lĂ©ger dĂ©calage entre les images A et B sur le composite, qui se traduit par une sorte de cerne qui peut ĂȘtre visible, particuliĂšrement si le plan dure assez longtemps[4].

Le principe du cache peint et celui de la surimpression existaient sĂ©parĂ©ment avant les premiers films de cinĂ©ma. Chez le photographe humoriste, le panneau de bois portant un personnage dessinĂ© grandeur nature, percĂ© d'un trou Ă  l'emplacement du visage par lequel le client passe la tĂȘte, est un cache : procĂ©dĂ© assez grossier mais efficace dans l'effet recherchĂ©.

En 1898 dans Un homme de tĂȘtes , Georges MĂ©liĂšs montre sa propre tĂȘte posĂ©e sur une table, en quatre exemplaires, tandis que son corps dĂ©capitĂ© jongle avec les tĂȘtes dupliquĂ©es. Ce trucage est combinĂ© avec un autre : l’arrĂȘt de camĂ©ra. En 1902 dans Le Voyage de Gulliver Ă  Lilliput et chez les gĂ©ants , il montre Gulliver et les Lilliputiens dix fois plus petits que lui, grĂące Ă  plusieurs prises de vues sĂ©parĂ©es et des caches et contre-caches qui permettent de faire figurer les prises de vues sĂ©parĂ©es sur le mĂȘme plan. MĂ©liĂšs utilise des caches en velours noir, disposĂ©s dans le dĂ©cor, ou entre le dĂ©cor et la camĂ©ra, et des contre-caches qu’il dispose mĂ©ticuleusement selon la gĂ©omĂ©trie complĂ©mentaire des caches. Il lui suffit de filmer Gulliver en se rapprochant de lui, et les Lilliputiens en s’éloignant d’eux, pour donner l’illusion d'une diffĂ©rence de taille.

Dans Les Oiseaux, le plan qui montre les mouettes se rassemblant sous la camĂ©ra, loin au-dessus de Bodega Bay oĂč la station d’essence vient de s’enflammer, est un plan composite cĂ©lĂšbre. « Ce plan est une prouesse qui a demandĂ© pour le composer un ensemble d’élĂ©ments filmĂ©s sĂ©parĂ©ment, une maquette de la ville et du port, l’ocĂ©an, le dĂ©cor de la station en feu, des personnages dessinĂ©s, les oiseaux en vol planĂ© filmĂ©s Ă  partir d’une falaise oĂč un vent fort les maintenait sur place
 Ces Ă©lĂ©ments ont Ă©tĂ© dĂ©tourĂ©s par des contre caches exĂ©cutĂ©s Ă  la main par un procĂ©dĂ© graphique, la rotoscopie, puis assemblĂ©s (...) dans une tireuse Ă  truquages. »[5]

Image électronique

[modifier | modifier le code]

La vidĂ©o permet la crĂ©ation Ă©lectronique de caches et contre-caches en direct. L'image Ă  incruster est filmĂ©e sur un fond uniformĂ©ment Ă©clairĂ©, d'une couleur absente du sujet Ă  incruster. La machine sĂ©pare la couleur en luminositĂ© et teinte ; le cache est la rĂ©gion oĂč la teinte est proche de celle du fond, dans des limites fixĂ©es (chroma keys). La mĂ©tĂ©orologie Ă  la tĂ©lĂ©vision incruste presque toujours la prĂ©sentatrice ou le prĂ©sentateur sur des images d'illustration et des cartes. L'image Ă©lectronique permet l'utilisation de n'importe quelle couleur. Le fond vert remplace souvent le fond bleu.

L'image numérique permet la segmentation d'image pour calculer la forme des caches, réduisant les contraintes de mise en scÚne.

Notes et références

[modifier | modifier le code]
  1. ↑ Vincent Pinel, Dictionnaire technique du cinĂ©ma, vol. 1, Paris, Armand Colin, , 369 p. (ISBN 978-2-200-35130-4), p. 278
  2. ↑ Le terme « conducteur » vient de la musique oĂč il porte ses indications par rapport Ă  la mesure (Michel Brenet, Dictionnaire pratique et historique de la musique, Armand Colin, , p. 180.), que remplace dans le conducteur du spectacle, du cinĂ©ma et de la tĂ©lĂ©vision un temps chronomĂ©trĂ©.
  3. ↑ Certaines tireuses optiques et les banc-titres Ă  reprise d'image permettent de conjuguer trois plans image, en l'espĂšce le positif, un cache, et le nĂ©gatif Ă  impressionner. Ces appareils libĂšrent de la contrainte de sens des Ă©lĂ©ments, mais ont d'autres inconvĂ©nients.
  4. ↑ Pierre Brard, Technologie des camĂ©ras : manuel de l'Assistant-opĂ©rateur, Nouvelle Ă©d. techniques europĂ©ennes, 1976-1977.
  5. ↑ Marie-France Briselance et Jean-Claude Morin, Grammaire du cinĂ©ma, Paris, Nouveau Monde, , 588 p. (ISBN 978-2-84736-458-3), p. 413.

Articles connexes

[modifier | modifier le code]