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Ubac

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L’ubac, ou l'ombrĂ©e, est, dans la langue de la gĂ©ographie classique française, le versant qui bĂ©nĂ©ficie de la plus courte exposition au soleil[1],[2]. Le versant opposĂ© est l'adret.

Origines du terme

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Selon Ernest NÚgre, le terme vient du francoprovençal, opacus : obscur, sombre)[3]. Le CNRTL voit dans ubac un terme dialectal du Sud-Est, attesté en ce sens en provençal dÚs 1431 (Compte de Digne, dans Documents linguistiques du midi de la France, éd. P. Meyer, t. 1, p. 290)[2].

Synonymes régionaux

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Dans les Vosges du Sud, certaines vallĂ©es de Savoie et en VallĂ©e d'Aoste on parle d’envers[4].

Les termes employĂ©s dans les PyrĂ©nĂ©es sont ceux de bac et d’ombrĂ©e, en Corse d’umbrĂŹa, en Italie aussi, surtout en Toscane, de bacĂŹo, du latin opacus, dans la variante mĂ©diĂ©vale opacivus, par l'intermĂ©diaire du mot francoprovençal ubac, dans l'expression a bacĂŹo[5] (« à l'ubac »), qui signifie exactement « à l'ombre »[6].

Caractéristiques

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Le versant opposé de la vallée est l'adret. Adret et ubac traduisent une observation paysanne de l'exposition sur les terroirs agricoles dans les Alpes européennes. Plus généralement, ce phénomÚne est propre aux zones de latitude moyenne et s'applique aux pentes moyennes[7].

Dans l’hĂ©misphĂšre nord, Ă  des latitudes situĂ©es au nord du tropique du Cancer, l’ubac est gĂ©nĂ©ralement la face nord d’une montagne, ou le versant sud d'une vallĂ©e, le soleil Ă©tant toujours au sud dans le ciel.

La situation sur l'ubac oblige les habitants à adopter des stratégies de compensation ; cela explique pourquoi il est souvent inhabité et trÚs boisé, peu exploitable sur le plan agricole[8]. Il vaut mieux habiter dans l'adret.

Savoie et Vallée d'Aoste

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En VallĂ©e d’Aoste et dans les hautes vallĂ©es de Savoie, cette indication gĂ©ographique, dĂ©nommĂ©e envers, est trĂšs importante, en raison de l’orientation ouest-est de la vallĂ©e centrale. Le versant Ă  l’envers est moins ensoleillĂ©, jusqu’au point que certaines communes ne reçoivent la lumiĂšre solaire que pendant quelque 2 ou 3 mois par an. À Brissogne, la FĂ©ta de l’oumbra (arpitan valdĂŽtain pour fĂȘte de l'ombre) Ă  la mi-aoĂ»t consacre l’arrivĂ©e de l’ombre.

Impact du climat et de la latitude

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On parle d'envers[9] pour la partie la plus Ă©levĂ©e du massif des Vosges oĂč la toponymie se fait d'ailleurs l'Ă©cho des phĂ©nomĂšnes naturels[10]. Ceci s’explique par le fait que les montagnes vosgiennes ne sont pas assez hautes en altitude pour provoquer des effets similaires aux hautes vallĂ©es alpines : une certaine altitude est nĂ©cessaire pour remarquer des effets sensibles du climat[11],[12]. NĂ©anmoins, en raison de sa latitude, le massif vosgien comporte, outre les crĂȘtes et leurs pelouses subalpines, des microclimats qui les assimilent d’un point de vue climatique aux rĂ©gions subalpines[13],[14]. De mĂȘme, du fait que le massif vosgien soit le premier obstacle[15] sĂ©rieux en provenance de l’ouest pour les vents et les nuages chargĂ©s de pluie[16], les habitants des vallĂ©es encaissĂ©es au climat fluctuant et lunatique devaient choisir un lieu d’habitation[17] Ă  l’abri du vent, de la pluie (sud-ouest dans les Vosges), de la bise, le vent froid du nord-est et du « hĂąle », le vent humide et frais du nord-ouest. Le manteau forestier[18] indique Ă©galement Ă  n’importe quel observateur averti qu’à l’envers, on trouve surtout des sapins et des Ă©picĂ©as alors qu’à l'adret, on trouve des hĂȘtraies-sapiniĂšres avec, dans certains secteurs bien exposĂ©s au sud, le pin sylvestre[19] exigeant en lumiĂšre[20].

Impact sur l’orientation de la ferme

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Ferme dite Immeuble Chevroton à Gérardmer ; on observe une ramée avec bardeaux sur le pignon et la partie supérieure de l'appentis.
Ferme dite Immeuble Chevroton à Gérardmer ; la ramée du pignon.

Être au droit ou Ă  l’envers influe sur l’orientation de la maison et la vie quotidienne[4]. Tout le monde n’a pas pu s’installer au droit. Normalement, une maison de montagne vosgienne[21] (comme d’ailleurs toutes les habitations[22] de type chalet dans les montagnes) est orientĂ©e pignon sur vallĂ©e. C’est la partie habitation du pignon et la ramĂ©e[23] qui fait face Ă  vallĂ©e afin de jouir du soleil le plus longtemps possible. Le chemin d’accĂšs communal est au-dessus de la maison, cela facilite l’accĂšs direct, presque de plain-pied, au « soleil », nom local du grenier[24]. L’étable, en dessous du soleil, est enfoncĂ©e dans la pente en partie creusĂ©e ou coupĂ©e pour donner de la place Ă  l’avant de la maison. On prend gĂ©nĂ©ralement la terre de l’arriĂšre pour remblayer l’avant oĂč on trouve un jardin[25]. Si la maison est Ă  l’envers, en gĂ©nĂ©ral la maison inverse l’orientation. La partie habitation est cĂŽtĂ© pente pour profiter au moins du soleil matinal, si elle est orientĂ©e un peu vers le nord-est ; les piĂšces d’habitation sont donc en contrebas du chemin communal, il n’y a pas d’espace pour le jardin potager qui doit ĂȘtre dĂ©placĂ© sur les cĂŽtĂ©s ou Ă  l’arriĂšre. L’accĂšs au grenier se fait par le dessus de la maison grĂące Ă  un passage au-dessus de la chambre de derriĂšre[26].

Notes et références

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  1. ↑ DĂ©finitions : ubac, site du Larousse.
  2. 1 2 Subst. fĂ©m., GÉOGR. Versant de montagne exposĂ© au nord, Rubrique OmbrĂ©e, CNRTL.
  3. ↑ Ernest NĂšgre, Toponymie gĂ©nĂ©rale de la France : Tome 2, Formations non-romanes, dialectales, volume 2, Librairie Droz, 1996, 676 pages.
  4. 1 2 Quels paysages avec quels paysans ?: les Vosges du Sud à 30 ans d'intervalle, Éditions Quae, 2008, 126 pages, page 113.
  5. ↑ Bacìo in vocabolario.
  6. ↑ Bacìo.
  7. ↑ AndrĂ© Huffly, Introduction Ă  la climatologie : le rayonnement et les tempĂ©ratures, l'atmosphĂšre, l'eau, le climat et l'activitĂ© humaine, Presses UniversitĂ© Laval, 2001, 542 p., p. 54.
  8. ↑ Pays, paysans, paysages dans les Vosges du Sud : les pratiques agricoles et la transformation de l'espace, Éditions Quae, 1995, 192 pages, page 57.
  9. ↑ Simon Edelblutte, « GĂ©ohistoire des paysages industriels d’une vallĂ©e vosgienne », Revue gĂ©ographique de l'Est, vol. 43 / 3, 2003, [lire en ligne] cf. Note 3 : « Endroit (ou droit) et envers sont les Ă©quivalents vosgiens d’adret et ubac. ».
  10. ↑ Nicolas Haillant, Du Patois vosgien Ă  la dĂ©termination de l'origine des noms de lieu des Vosges, contribution Ă  l'examen d'une des questions du CongrĂšs de la Sorbonne de 1883 , Ă©diteurs Collot, Épinal, 1883, [lire en ligne].
  11. ↑ R. Carbiener, 1966 a. La vĂ©gĂ©tation des Hautes-Vosges dans ses rapports avec les climats locaux, les sols et la gĂ©omorphologie. Comparaison avec la vĂ©gĂ©tation subalpine d'autres massifs montagneux Ă  climat allochtone d'Europe occidentale. ThĂšse sciences, Paris, 112 p.
  12. ↑ E. Issler, 1953. L'histoire de la forĂȘt haut-rhinoise dans ses rapports avec les climats et les premiers Hommes au cours du Quaternaire. Bull. Soc. Hist. Nat. Colmar, 44e vol., 4-12. Issler E., Loyson E. & Walter E., 1965. Flore d'Alsace (plaine rhĂ©nane, Vosges, Sundgau). Strasbourg, Soc. d'Étude de la flore d'Alsace, 621 p.
  13. ↑ Parc naturel rĂ©gional des Ballons des Vosges, L’environnement et le patrimoine naturel, chap.  A.2.1. (« Le climat »), Plan de gestion 2008 – 2012, [lire en ligne].
  14. ↑ R. Carbiener, La dĂ©termination de la limite naturelle de la forĂȘt par des critĂšres pĂ©dologiques et gĂ©omorphologiques dans les Hautes-Vosges et le Massif Central. C.R. Aca. Sc. Paris, 1964, t. 258.
  15. ↑ Revue gĂ©ographique de l’Est, Milieux naturels et palĂ©omilieux des Vosges au bassin de la Sarre, chap.  « NĂ©vĂ©s, corniches et risque d’avalanche dans les Hautes-Vosges » vol. 47 / 4, 2007, [lire en ligne].
  16. ↑ Outre le texte, il faut admirer les photographies de P. Colin : RenĂ© Vincent-Viry, Vosges, AtmosphĂšres d’un vieux massif, photographies Pierre Colin, Éditions Pages du Monde, coll. Anako, (ISBN 9782915867664).
  17. ↑ Georges Savouret, La vie pastorale dans les Hautes-Vosges, P.U.N. Éditions Serpenoise, 1985, 175 p..
  18. ↑ Roland Carbiener, La vĂ©gĂ©tation des Hautes-Vosges dans ses rapports avec les climats locaux, les sols et la gĂ©omorphologie. Comparaison avec la vĂ©gĂ©tation subalpine d'autres massifs montagneux Ă  climat allochtone d'Europe occidentale, Paris, Centre Orsay, (no inv. : 199) (thĂšse de doctorat en Sciences Naturelles), 1966, 112 p..
  19. ↑ Sur les essences et le faciĂšs continental de certains secteurs des Vosges, (ForĂȘts du parc naturel rĂ©gional des Vosges du Nord).
  20. ↑ La forĂȘt, les quatre Ă©lĂ©ments - La lumiĂšre, indispensable source d'Ă©nergie, Office national des forĂȘts.
  21. ↑ Georges Savouret, « Les villages des Hautes-Vosges », in Albert Ronsin, Vosges, Christine Bonnefon Éditeur, chap. II (« Ethnographie »), 1987 (ISBN 2-86253-077-8), p. 120-133.
  22. ↑ Jean-RenĂ© Trochet, Maisons paysannes en France et leur environnement, XVe – XXe siĂšcles, Creaphis Éditions, 2006, 605 p.
  23. ↑ Nom vosgien dĂ©signant la partie supĂ©rieure du pignon composĂ©e de planches ou de bardeaux pour aĂ©rer le grenier et fenil de la maison.
  24. ↑ Dictionnaires vosgiens en ligne.
  25. ↑ Bernard et Philippe Cunin, Les fermes ans la montagne vosgienne, Ă©ditions du sapin d’or, Épinal, 1982, page 19. Les auteurs prĂ©cisent nĂ©anmoins que certaines maisons font exception Ă  cette rĂšgle gĂ©nĂ©rale en mettant la partie habitation dans la pente, probablement pour se protĂ©ger de l’hiver.
  26. ↑ Ibid. page 19[rĂ©f. incomplĂšte].

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Articles connexes

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