Ours noir argenté
Ursus americanus emmonsii
L’Ours noir argenté[4] (Ursus americanus emmonsii) est une sous-espèce de l’Ours noir d'Amérique (Ursus americanus), un mammifère carnivore de la famille des Ursidés. Cet ours est caractérisée par un pelage bleu argenté ou grisâtre, endémique du Sud-Est de l'Alaska, de l'extrême nord-ouest de la Colombie-Britannique et de l'extrême sud-ouest du Yukon[5],[6]. Le nom tlingit désignant cet ours fait référence à sa taille, à sa discrétion et à sa capacité à se fondre visuellement dans les névés : « sik noon », ce qui signifie « un ours qui disparaît »[7]. Les connaissances scientifiques demeurent restreintes quant à l'étendue exacte de son aire de répartition et aux causes précises de sa coloration unique. La majorité des autres ours noirs peuplant le sud-est de l'Alaska sont classés sous la sous-espèce Ursus americanus pugnax[8],[9].
Le Service des forêts des États-Unis (USDA Forest Service) reconnaît U. a. emmonsii comme une sous-espèce valide de l'ours noir, bien qu'aucune preuve morphologique autre que la coloration du pelage ne vienne étayer cette distinction taxonomique[10].
Taxonomie
[modifier | modifier le code]L'Ours noir argenté a été décrit scientifiquement pour la première fois en 1895 par le malacologiste et naturaliste américain William Healey Dall sous le nom trinomial d'Ursus americanus var. emmonsii[11]. L'auteur mentionne qu'il est localement désigné sous les noms vernaculaires anglais de « St. Elias bear », « Glacier bear » ou « Blue bear »[11]. L'épithète spécifique rend hommage au lieutenant de l'US Navy George Thornton Emmons, qui a attiré l'attention de Dall sur cet animal lors de ses collectes ethnologiques en Alaska[11]. La description s'appuie sur l'examen de peaux de trappeurs conservées à Sitka ainsi que sur un spécimen naturalisé alors en possession de Frank A. Bartlett à Port Townsend[11]. La localité type correspond aux environs du massif Saint-Élie, près de la baie de Yakutat, en Alaska[11].
Dans sa diagnose, Dall souligne la coloration remarquable du pelage, rappelant celle d'un Renard argenté : la bourre présente une nuance noir bleuâtre surmontée de poils de couverture plus longs blancs ou argentés, conférant à l'animal sa teinte gris acier ou bleuâtre caractéristique[11]. Le dos, depuis le museau jusqu'à la croupe, l'arrière des oreilles et la face externe des membres sont d'un noir profond, tandis que les flancs du museau et la partie inférieure des joues affichent une coloration fauve vif invariablement distincte des autres ours américains[11]. L'auteur précise en outre que les griffes sont courtes, très recourbées et acérées, permettant à cet ours de grimper aisément aux arbres à la différence des grands ours bruns côtiers[11].
Description
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La caractéristique principale distinguant l'Ours noir argenté des autres ours noirs réside dans son pelage, dont les teintes varient du bleu argenté au gris acier. La description de cette variété a été publiée en 1895 par William Healey Dall[12]. Cette variation chromatique s'observe nettement sur les individus, qui présentent souvent une fourrure plus claire sur le dos et les épaules, tandis que les membres et l'abdomen sont beaucoup plus sombres, voire totalement noirs.
Écologie et comportement
[modifier | modifier le code]Répartition et habitat
[modifier | modifier le code]L'aire de répartition de l'Ours noir argenté couvre les zones côtières de l'Alaska situées entre le détroit de Cross et le cap Saint-Élie, ainsi que depuis le Prince William Sound jusqu'à Glacier Bay dans le sud-est de l'État, avec quelques observations isolées signalées plus à l'est vers Juneau et le long du fleuve Taku, à la frontière entre la Colombie-Britannique et l'Alaska[13],[14]. Cette zone géographique englobe le parc national de Glacier Bay ainsi qu'une partie de la forêt nationale de Tongass, une réserve majeure de forêt pluviale tempérée[15],[8],[9]. Des individus ont également été signalés à l'extrémité nord-ouest de la Colombie-Britannique et dans le Sud-Ouest du Yukon[5],[6]. Peu de travaux scientifiques documentent avec précision la délimitation géographique de ce taxon par rapport aux autres populations d'ours noirs, à l'exception d'études biogéographiques comme celle d'E. Raymond Hall en 1981[16].
L'Ours noir argenté partage la plupart des exigences écologiques de l'espèce type, telles que ses préférences d'habitat, son spectre trophique, sa morphologie et son cycle reproducteur. Il affectionne les massifs forestiers pourvus d'un sous-bois dense et les paysages riches en végétation, tout en s'aventurant occasionnellement à proximité des zones urbanisées. Ses déplacements sont guidés par la disponibilité locale de la nourriture : il navigue couramment entre les forêts, les prairies humides, les cours d'eau et les pentes montagneuses. Excellent grimpeur, il utilise les arbres comme abris ou zones de repli en cas de danger. À l'approche de l'hiver, il aménage sa tanière sous les racines des arbres déracinés, sous une corniche rocheuse ou au creux d'une anfractuosité.
Alimentation
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À l'instar des autres populations d'ours noirs, l'Ours noir argenté est omnivore et modifie son régime alimentaire selon les saisons et l'abondance locale des ressources[17]. Au début du printemps, il consomme principalement de jeunes pousses herbacées et des racines. Pendant la période estivale, il se nourrit en abondance des bancs de saumons du Pacifique remontant les rivières pour frayer. Dans certaines régions, de jeunes ongulés comme l'orignal ou le cerf de Virginie peuvent être prédatés. En automne, son alimentation se tourne vers les baies sauvages omniprésentes dans la région (airelles, ronces remarquables, framboises sauvages et canneberges) ainsi que les racines de plantes tubéreuses.
Reproduction
[modifier | modifier le code]La biologie reproductive est similaire à celle des autres sous-espèces. Les femelles atteignent la maturité sexuelle et mettent bas pour la première fois entre trois et cinq ans. L'accouplement se produit de juin à juillet. La gestation dure environ 235 jours et la mise bas intervient dans la tanière hivernale entre janvier et le début du mois de février[17]. Depuis le dernier maximum glaciaire, l'expansion géographique respective des sous-espèces d'ours noirs favorise des croisements réguliers. Il n'est donc pas rare qu'une femelle au pelage noir classique mette au monde un ourson arborant la robe argentée caractéristique de l'ours glacier, ou inversement.
Statut et recherche scientifique
[modifier | modifier le code]La rareté de ce variant de coloration et les lacunes entourant sa démographie soulèvent des interrogations quant à sa conservation. Parmi les facteurs de vulnérabilité potentiels figurent une pression de chasse excessive et le risque de noyade génétique. En raison du manque de données génétiques approfondies, aucune projection démographique fiable n'est établie pour ce morphe. La fréquence des hybridations fertiles entre ours de colorations différentes complique en outre l'évaluation précise de sa densité de population et de la persistance à long terme de sa couleur bleutée. L'hypothèse selon laquelle l'ours glacier tirerait son origine d'une hybridation historique ancienne entre l'ours noir et le grizzly a également été suggérée par certains observateurs[18].
Notes et références
[modifier | modifier le code]- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Glacier bear » (voir la liste des auteurs).
- 1 2 3 4 5 6 ASM Mammal Diversity Database, consulté le .
- ↑ Mammal Species of the World (version 3, 2005), consulté le .
- ↑ Integrated Taxonomic Information System (ITIS), www.itis.gov, CC0 https://doi.org/10.5066/F7KH0KBK, consulté le .
- ↑ Catalogue of Life Checklist, consulté le .
- 1 2 (en) Ann Britton Campbell, « A most mysterious bear », sur Canadian Geographic, The Royal Canadian Geographical Society,
- 1 2 (en) « Glacier Bear », sur Bear Conservation
- ↑ (en) « Bears in Glacier Bay National Park and Preserve » [archive du ], sur National Park Service
- 1 2 (en) S. O. MacDonald et J. A. Cook, Mammals and amphibians of Southeast Alaska, Albuquerque, The Museum of Southwestern Biology, The University of New Mexico, (lire en ligne)
- 1 2 (en) J. Schoen (dir.) et L. Peacock (dir.), « Black Bear », dans The coastal forest and mountains ecoregion of southeastern Alaska and the Tongass National Forest, Anchorage, Audubon Alaska and The Nature Conservancy,
- ↑ (en) « Ursus americanus », sur fs.fed.us
- 1 2 3 4 5 6 7 8 Dall 1895, p. Ursus americanus var. emmonsii p. 87
- ↑ (en) ITIS, « Infraspecific taxon details : Ursus americanus emmonsii Dall, 1895 » [archive du ], sur Catalogue of Life, (consulté le )
- ↑ (en) « Episodes: Nature », sur PBS
- ↑ (en) « Classification of black bears » [archive du ], sur bear.org (consulté le )
- ↑ (en) Threatened Wildlife of the United States, Washington, U.S. Bureau of Sport Fisheries and Wildlife,
- ↑ (en) E. Raymond Hall, The Mammals of North America, vol. 1-2, New York, John Wiley & Sons, (ISBN 0-471-05443-7)
- 1 2 (en) Roger A. Powell, John Wayne Zimmerman et David Erran Seaman, Ecology and behaviour of North American black bears: home ranges, habitat, and social organization, vol. 4, Springer, (ISBN 0-412-78830-6)
- ↑ (en) « Bear facts » [archive du ], sur thegreatbearshow.com (consulté le )
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]Document original
[modifier | modifier le code]- (en) William Healey Dall, « The St. Elias Bear », Science, new Series, vol. 2, no 30, , p. 87 (ISSN 0036-8075, OCLC 1644869, DOI 10.1126/science.2.30.87, lire en ligne)
Liens externes
[modifier | modifier le code]- (en) Catalogue of Life : Ursus americanus emmonsii Dall, 1895
- (fr + en) EOL : Ursus americanus emmonsii
- (fr + en) GBIF : Ursus americanus subsp. emmonsii Dall, 1895
- (fr + en) ITIS : Ursus americanus emmonsii Dall, 1895
- (en) Mammal Species of the World (3e éd., 2005) : Ursus americanus emmonsii