Révolution iranienne
| Autre nom |
Révolution islamique Révolution de 1979 |
|---|---|
| Date |
– (1 an, 1 mois et 4 jours) |
| Lieu |
|
| Cause |
|
| Résultat | Renversement de l'empire, instauration d'une république islamique |
| 7 janvier 1978 | Première manifestation à Qom |
|---|---|
| 18 février 1978 | Répression de manifestations dans plusieurs villes 40 jours après les précédentes |
| 29 mars 1978 | Répression de manifestations dans plusieurs villes 40 jours après les précédentes |
| 10 mai 1978 | Répression de manifestations dans plusieurs villes 40 jours après les précédentes |
| 8 septembre 1978 | Vendredi noir |
| Septembre 1978 | Manifestations massives, loi martiale |
| Octobre 1978 | Grève générale paralysant l'économie |
| 16 janvier 1979 | Départ du shah d'Iran[1] |
| 1er février 1979 | Retour d'exil de Khomeini[2] |
| 11 février 1979 | Khomeini prend le pouvoir et proclame la fin de l'empire et l'instauration de la république islamique |
| 1979 - 1988 | Conséquences de la révolution iranienne (en) |
La révolution iranienne (persan : انقلاب ایران, Enqelāb-e Irān), également appelée révolution islamique (persan : اسلامی, Enqelāb-e Eslāmi) ou encore révolution de 1979 (1357 selon le calendrier persan), est la série d'évènements ayant entraîné le renversement de l'État impérial d'Iran et de la dynastie Pahlavi, puis l'instauration d'une république islamique théocratique, dirigée par l'ayatollah Rouhallah Khomeini[3]. Elle s'est essentiellement produite entre janvier 1978 et février 1979 et a durablement bouleversé l'équilibre géopolitique du Moyen-Orient.
Cette révolution a des causes complexes et anciennes. L'autoritarisme du chah Mohammad Reza Pahlavi, régnant depuis 1941, la corruption des hauts personnages du régime, une crise économique ayant créé une forte inflation dans les années 1970, ainsi que la modernisation à marche forcée du pays sont dénoncés par les protestataires. L'opposition au régime est un bloc hétéroclite composé des libéraux démocrates, des marchands du bazar, d'intellectuels, de mouvements étudiants et de groupes marxistes, mais aussi du clergé opposé aux réformes entreprises par le chah dans les années 1960, perçus comme une occidentalisation brutale contraire à l'islam[4].
Un assouplissement du régime à la fin des années 1970 permet à ces oppositions de faire entendre leurs voix, puis de s'unir sous l'égide des religieux, qui sont les premiers à manifester en janvier 1978. Mais la répression qui s'ensuit radicalise les manifestants, notamment au cours de l'été 1978 après l'incendie du cinéma Rex d'Abadan et le massacre de la place Jaleh, épisode aussi connu sous le nom de « Vendredi Noir ». Face à des grèves générales qui paralysent le pays et à l'effondrement de ses soutiens occidentaux à l'automne et à l'hiver, le chah est contraint de quitter le pays le 16 janvier 1979. Le retour triomphal de l'ayatollah Khomeyni, ancien meneur des manifestations de 1963 devenu l'emblème de la révolution, le 1er février 1979, après quatorze ans d'exil, ainsi que la déclaration de neutralité de l'armée impériale quelques jours plus tard, scellent la victoire de la révolution[5].
Les révolutionnaires s'emparent du pouvoir le 11 février 1979, forçant le Premier ministre Chapour Bakhtiar à la fuite. Dans les mois qui suivent, le clergé chiite, fort de son immense soutien populaire et de son organisation, monopolise rapidement le pouvoir. Sous la direction de Khomeiny, les autres factions révolutionnaires sont rapidement neutralisées, emprisonnées ou exécutées, ouvrant la voie à une seconde période de la révolution. La république islamique, reposant sur le principe du velayat-e Faqih, est officiellement approuvée par référendum en avril 1979, conduisant à l'installation d'une théocratie qui se caractérisera par sa haine de l'Occident, notamment lors de la prise d'otages à l'ambassade de Téhéran en novembre 1979[6]. La stabilisation du régime, caractérisée par la répression féroce des autres factions révolutionnaires, se poursuit jusqu'au début des années 1980.
Causes et contexte de la révolution (1891-1977)
[modifier | modifier le code]Des sources lointaines
[modifier | modifier le code]Sous la dynastie Qadjar (1891-1925)
[modifier | modifier le code]En 1891, lors de la révolte du tabac, où la population conteste l'octroi au Royaume-Uni (via l'Imperial Tobacco) de la gestion des plans de tabac par le pouvoir, les religieux prennent part à la contestation, et l'émission d'une fatwa de l'ayatollah Mirza Hassan Shirazi mobilise des foules, amenant Nasseredine Chah Qadjar à révoquer la concession. Il s'agit de la première contestation d'ampleur menée par le clergé[7].
Par la suite, les religieux continuent à jouer un rôle dans la plupart des bouleversements du pays. Lors de la révolution constitutionnelle, une forte contestation, à laquelle se joignent les religieux, vise la dynastie Qadjar, critiquée en raison des multiples incursions étrangères que subit le pays depuis un siècle : perte des territoires de l'Azerbaïdjan et signatures des capitulations à l'égard des Russes, et bientôt création de zones d'influences britannique et russe. Plusieurs religieux espèrent également que l'écriture d'une Constitution leur permettra de garantir le rôle de l'islam chiite sur la société. Fazlollah Nouri, l'un d'entre eux, finalement déçu par la Constitution de 1906, soutient le chah Mohammad Ali qui souhaite revenir à l'absolutisme. Après la défaite de ce dernier en 1909, Nouri est exécuté pour traîtrise[8].
En 1919, un autre religieux charismatique, Hassan Modarres, mène la contestation contre le traité anglo-persan qui vise à établir un protectorat de fait sur la Perse. Cinq ans plus tard, c'est aussi Modarres qui mène la contestation contre le Premier ministre Reza Khan, qui souhaite instaurer une république en Perse. Le clergé craint en effet que l'instauration d'une république ne prive les religieux de leurs pouvoirs, à l'instar de ce qui s'est passé en Turquie dans les années précédentes. En revanche, plusieurs religieux (mais non Modarres) soutiennent Reza Khan lorsqu'il renverse la dynastie Qadjar pour instaurer la sienne, celle des Pahlavi[9].
Sous Reza Chah (1925-1941)
[modifier | modifier le code]
En dépit du soutien accordé à Reza Khan, les religieux sont éloignés du pouvoir par ce dernier, devenu Reza Chah, lors de son règne. Le premier chah de la dynastie Pahlavi mène une politique de modernisation à grande échelle. La promulgation d'un nouveau code civil (1927) puis la mise en place d'une éducation séculaire et mixte (1934-1937) et enfin les réformes vestimentaires (1935-1936) provoquent la colère des religieux, qui voient là-dedans une attaque contre l'islam et leur pouvoir. Reza Chah réprime les mouvements contestataires et éloigne plusieurs religieux influents[9]. En outre, le chah instaure, au tournant des années 1930, une véritable dictature qui aliène au pouvoir plusieurs forces démocratiques et progressistes, dont le mouvement laïc et nationaliste qui l'avait soutenu, muselant la presse et contrôlant les partis politiques de même que la vie parlementaire iranienne, ce qui lui vaut la désapprobation de plusieurs de ses anciens soutiens, qui sont éloignés du pouvoir. Le régime s'appuie néanmoins sur quelques intellectuels et religieux qui lui sont restés affidés[10].
Règne de Mohammad Reza Chah
[modifier | modifier le code]De l'occupation étrangère au coup d'État contre Mossadegh (1941-1954)
[modifier | modifier le code]Le 16 septembre 1941, le chah Mohammad Reza Pahlavi succède à son père Reza Chah Pahlavi, forcé d'abdiquer en 1941 par l'invasion des Britanniques et des Soviétiques. Sous l'impulsion du Premier ministre Mohammad Ali Foroughi, la société se libéralise, la pluralité politique et la presse fleurissent, et le nouveau chah, soucieux de réparer les relations du pouvoir avec le clergé, se rapproche de plusieurs religieux, dont le grand ayatollah Hossein Boroudjerdi[11]. Après la fin de la guerre, des mouvements sécessionnistes éclatent en Azerbaïdjan et au Kurdistan, soutenus par les Soviétiques. Vaincus par la diplomatie du Premier ministre Ghavam os-Saltaneh, l'épisode consacre la méfiance des élites téhéranaises pour le communisme, vu comme un relais de l'influence soviétique, à travers le puissant parti communiste Tudeh[12]. Dans le cadre de la guerre froide, l'Iran commence alors à se rapprocher du bloc de l'Ouest.
En novembre 1949, un attentat manqué contre le chah mène à l'interdiction du Tudeh et sert de prétexte à une réforme constitutionnelle qui permet le renforcement des pouvoir du chah[13]. Le régime fait également exiler l'ayatollah Abdol Ghassem Kashani, suspecté d'être impliqué dans l'attentat, et meneur d'une faction extrémiste, les Fedayins de l'islam, liée aux Frères musulmans égyptiens[14].

En 1951, l'ensemble des factions politiques sont unies dans le mouvement de nationalisation pétrolière mené par le nouveau Premier ministre Mohammad Mossadegh, mais pour des raisons différentes. Les religieux voient là l'occasion de se débarrasser de l'influence occidentale (gharbzadegi) et « anti-islamique »[14], tandis que les nationalistes et les libéraux voient là une manière de se soustraire au contrôle des grandes puissances. Les communistes, toujours actifs malgré leur interdiction théorique, soutiennent également ce mouvement car le pétrole iranien est exploité par l'AIOC, compagnie britannique[15]. Cette dernière reverse à peine 25 % des bénéfices au gouvernement iranien. Mossadegh souhaite une nationalisation totale de l'industrie pétrolière, à la différence de ses prédécesseurs préconisant une répartition 50/50 des bénéfices, et fait appel aux Américains pour servir de médiateurs avec les Britanniques[16]. Si les États-Unis donnent raison aux Iraniens, ils estiment que les négociations doivent mener à une répartition des bénéfices du type 50/50[17]. Le refus de Mossadegh de revenir sur la nationalisation déclenche la crise d'Abadan, qui mine l'économie iranienne, et divise l'opinion. Le Premier ministre perd successivement le soutien du chah, des militaires menés par Fazlollah Zahedi, et enfin des religieux. Des manifestations en juillet 1952 et février 1953[18] font du chah et de Mossadegh les emblèmes de deux camps ennemis : les partisans de la reprise des négociations avec les Britanniques et ceux de l'épreuve de force[19].

Les Américains, après l'arrivée au pouvoir de Dwight Eisenhower, sont inquiétés par la perspective de voir l'Iran passer du côté du bloc de l'Est, et décident de chasser Mossadegh en soutenant un coup d'État militaire mené par le général Zahedi, appuyé par une opération clandestine de la CIA et du MI6, l'opération Ajax. Mais l'opération échoue et force le shah à s'enfuir. Zahedi réussit à reprendre le pouvoir avec l'appui des militaires, des commerçants du bazar et des religieux menés par les ayatollahs Kashani et Boroudjerdi, ralliés au chah[20]. En 1954 Zahedi signe un nouvel accord pétrolier avec les Occidentaux, arrivant au fameux 50/50 de répartition des bénéfices désiré trois ans plus tôt, mais pour les Iraniens, après les espoirs suscités par le gouvernement de Mossadegh, c'est un échec nationaliste[21]. De plus, le rôle joué par les Américains dans l'opération Ajax instaure durablement le sentiment que les États-Unis sont intervenus pour protéger les intérêts occidentaux et mettre un terme à la politique nationaliste iranienne.
L'Iran dans le bloc de l'Ouest (1954-1963)
[modifier | modifier le code]Après le coup d'État, Mossadegh est placé en résidence surveillée, son ministre des Affaires étrangères exécuté, son parti, le Front national d'Iran, interdit[13]. Le Tudeh, quant à lui, n'échappe pas à la répression, puisque 5 000 de ses membres sont arrêtés après la découverte d'un réseau clandestin au sein de l'armée, fin 1953[13]. Après le départ de Zahedi, le chah devient le véritable maître du pays[22]. Pahlavi maintient de bonnes relations avec les États-Unis, mais son gouvernement est critiqué pour sa corruption et les pratiques violentes de la SAVAK, les services secrets créés en 1957 faisant office de police politique, ce qui suscite une condamnation de la part de nombreux membres de la communauté internationale[23]. L'Iran tombe sous un chape de plomb dont le poète Akhavan-Thaleth exprime l'atmosphère dans son poème Zemestān (« L'hiver »)[24]. En 1961, les dissidents se réorganisent, alors que l'opposition ne subsiste que dans la clandestinité[25]. Mehdi Bazargan, ingénieur et universitaire ayant travaillé à la NIOC, quitte le Font national d'Iran, laïc, pour créer avec l'ayatollah Mahmoud Taleghani, un religieux libéral, le Mouvement de libération de l'Iran (MLI), fidèle aux idéaux de Mossadegh, mais plus favorable à une démocratie islamique[13].

Les relations du régime impérial avec les Américains se tendent sous l'administration de John F. Kennedy, qui intrigue pour faire nommer Ali Amini, un indépendant que le chah voit comme l'homme des Américains, à la tête du gouvernement, d'autant qu'il soupçonne aussi Kennedy d'avoir cherché à avoir incité le chef de la SAVAK, Teymour Bakhtiar, à le renverser pour prendre sa place[26].
De la révolution blanche à la Grande Civilisation (1963-1973)
[modifier | modifier le code]
Le chah lance au début des années 1960 un vaste programme de réformes connu sous le nom de révolution blanche. Outre l'instauration de campagnes d'alphabétisation, la création de plusieurs infrastructures, ce programme abolit le système agraire inégalitaire existant jusque-là (ayant par exemple pour conséquences de diminuer la taille des propriétés du clergé, diminuant par conséquent leurs revenus), et accorde en 1963 le droit de vote aux femmes, auquel le clergé s'oppose parce qu'il y voit une « conspiration » pour faire éclater la famille. La mesure est dénoncée par l'ayatollah Rouhollah Khomeini, un disciple de l'ayatollah Kashani (décédé en 1962), et l'un des chefs de file de l'opposition religieuse, qui proclame que le règne du chah est une tyrannie. La révolte conduite par le clergé est réprimée par la force le 15 khordad (5 juin 1963)[27], et les leaders du MLI, qui avaient soutenu le mouvement, sont arrêtés[27]. Après son arrestation, Khomeini est relâché. Mais il prend à nouveau la parole l'année suivante car le chah a provoqué la colère des religieux en accordant, en 1964, une immunité aux personnels militaires américains et à leurs familles[13]. Khomeini est exilé vers la Turquie en 1964[28],[29]. En représailles, le Premier ministre Hassan Ali Mansour est assassiné en janvier 1965.
Entre 1963 et 1967, l'activité économique croît considérablement, grâce à une augmentation des prix du pétrole ainsi qu'aux exportations d'acier. La croissance, très importante, permet d'émergence d'une véritable classe moyenne et de mener de grands projets de modernisation, qui contribuent à l'élévation du niveau de vie des Iraniens. Mais ces progrès sont inégaux, tandis que l'inflation augmente au même rythme. Les prix de l'immobilier à Téhéran augmentent de 300 % en 5 ans[30].

En , le shah organise le 2500e anniversaire de la fondation de l'Empire perse[29]. De multiples célébrations ont lieu à travers tout le pays, mais est surtout retenue la célébration qui se tient sur trois jours à Persépolis, avec plus de 600 invités, essentiellement des chefs d'États étrangers. Les cérémonies en costumes d'époque achéménide sont grandioses, et les banquets qui les suivent mobilisent plus de 200 employés, spécialement venus de France à cette occasion. Une polémique dans la presse sur le coût des festivités contribue à ternir encore l'image du shah. Khomeyni dénonce le faste outrancier de ces célébrations[29].
Dans le même temps, le régime accroît son autoritarisme, en grande partie parce que le chah souhaite présenter à l'internationale son pays comme un pays stable. La répression exercée par la SAVAK, dirigée par le général Nematollah Nassiri, ne faiblit pas. Les prisonniers politiques, massivement arrêtés, sont maltraités, torturés, et souvent exécutés, au sein de la prison d'Evin. En 1975, un rapport d'Amnesty International dénonce cette situation[31]. Le chah, qui sous-estime l'impact négatif d'une politique aussi autoritaire, bien qu'il en soit informé par certains officiels de la SAVAK même, comme Parviz Sabeti[32], mais aussi par ses proches collaborateurs, et même par son épouse[33], souhaite cependant poursuivre sa politique, la voyant comme une manière de résoudre ces problèmes dont il minimise l'importance[34]. Dans le sillage de la révolution blanche et des fêtes de Persépolis, qui visaient à conférer à l'Iran une stature internationale, il souhaite faire entrer son pays dans la « Grande Civilisation », un programme de modernisation devant permettre à son pays de devenir l'une des premières puissances mondiales, et à ses habitants d'avoir un niveau de vie rivalisant avec les puissances occidentales[34].
Conditions pré-révolutionnaires en Iran (1973-1976)
[modifier | modifier le code]Griefs du régime impérial
[modifier | modifier le code]Après la crise pétrolière de 1973, l'économie du pays entre en surchauffe[30]. Les réformes ont modernisé l'économie, mais provoquent un fort exode rural, qu'une politique urbaniste hasardeuse peine à absorber[29]. Le chah fait porter la responsabilité aux commerçants du bazar, à qui il impose un contrôle des prix[30].

Le pouvoir est en outre décrédibilisé en raison d'une corruption massive connue de tous en Iran : le Premier ministre, Amir Abbas Hoveyda, entretient un large réseau d'influence via son parti politique Iran-e Novin, au pouvoir depuis 1964 et reconduit à chaque nouvelle élection législative, en raison d'une importante emprise sur la vie politique iranienne[35]. L'affairisme de l'entourage du chah est également notoire : la plupart des membres de la famille impériale et leurs amis se sont considérablement enrichis grâce à l'essor économique du pays. Certains personnages, comme la princesse Ashraf, sœur jumelle du souverain, cristallisent les oppositions[36].
Les réformes du shah entamées pendant la révolution blanche ne tiennent pas toutes leurs promesses ; la réforme agraire a des ratés et mécontente fortement le clergé chiite, qui tirait une part de ses revenus de biens de main-morte (vaqf) dont la réforme le prive[37], et les autres grands propriétaires terriens. Mais elle ne satisfait pas tous les paysans : la redistribution des terres est insuffisante, beaucoup ne deviennent propriétaires que de quelques hectares, insuffisants pour assurer leur subsistance[38]. Les nouveaux petits propriétaires ne bénéficient pas de l'infrastructure nécessaire pour une exploitation agricole rentable. Leur renoncement alimente l'exode rural et le surpeuplement des grandes villes[37].
La frange la plus pauvre de la population iranienne est aussi la plus religieuse et la plus opposée à l'impérialisme étranger[réf. nécessaire]. Les pauvres sont majoritairement ruraux, ou habitent dans des quartiers pauvres des grandes villes, particulièrement à Téhéran[39]. Les réformes permettent des progrès dans l'accès aux soins et à l'enseignement. Mais le progrès social est très inégal. Beaucoup de ceux qui se sont installés dans la capitale ne voient pas leurs conditions de vie s'améliorer et souhaitent un retour au style de vie antérieur[40].
Opposition armée, intellectuelle et religieuse dans les années 1970
[modifier | modifier le code]Il n'y a pas véritablement en Iran, après 1953, de véritable pluralité politique. Il n'existe que deux partis, le Parti du peuple et le Parti nationaliste (remplacé en 1963 par le Parti du Nouvel Iran), que l'opinion surnomme « Yes Sir Party » et « Yes Sir, of course Party » tant ils sont interchangeables et affidés au pouvoir impérial[41]. Dans le même temps, les publications marxistes et islamistes sont fortement censurées : le seul fait d'avoir en sa possession un livre interdit peut conduire à la prison[42],[43].
Une forte opposition politique se forme dans de nombreuses franges de la société pendant le règne du chah. À cet égard, les intellectuels laïques et libéraux, les mouvements populaires aux idéaux tiers-mondistes et nationalistes ont une importance particulière au sein de l'opposition en Iran[44]. Le parti Tudeh échoue à s'implanter auprès des paysans[45]. Le Front national recrute ses adhérents dans la classe moyenne[46],[13]. Le discours habilement populiste de Khomeyni saura séduire le plus grand nombre[47]. En 1975, les propriétaires de petites entreprises rejoignent aussi les rangs des opposants au régime.

L'échec de l'opposition politique encourage des groupes à prôner la lutte armée. Le premier est le Mouvement pour la Libération du peuple iranien (JAMA (en)) fondé par Kazem Sami et Habibollah Payman[27]. En février 1971, un mouvement de guérilla rurale, inspiré du foquisme, prend forme dans le Guilan à Siahkal[48]. En dépit de l'échec des insurgés face aux forces de l'ordre du régime[48], cet événement marque le point de départ de nombreux mouvements de guérillas dans le pays au cours des années 1970, dont les Moudjahedines du peuple et les Fedayines du peuple iranien[49].
Au sein de cette opposition aussi nombreuse qu'hétérogène coexistent une opposition laïque et démocratique, mais aussi une extrême-gauche révolutionnaire, une gauche islamiste, des religieux favorables à la démocratie et des religieux réactionnaires[50],[13].
Elle se compose de mouvements différents :
- le Front national, composé de notables mossadeghistes et d'intellectuels libéraux urbains ;
- l'extrême gauche urbaine (Organisation des moudjahiddines du peuple iranien), groupusculaire ;
- le parti communiste iranien (Tudeh) qui avait une base au sein de la population ouvrière ;
- l'organisation marxiste des Fadaiyan-e-Khalq, qui rassemblait étudiants et ouvriers[49];
- le clergé chiite, opposé à la politique der modernisation du chah, mais qui est cependant officiellement associé au régime et ne mène pas de lutte réelle.
Libéralisation bloquée puis progressive du régime
[modifier | modifier le code]Face à une situation de plus en plus tendue, le chah tente d'identifier puis de résoudre les problèmes[51]. En 1973, il ordonne la création d'un « Groupe d'études » composé d'intellectuels issus des universités, chargés de lister les carences identifiées du régime, sous le patronage du ministre de la Cour, Asadollah Alam. Le rapport, très honnête sur les problèmes liés à la corruption, au manque de diversité politique et à la répression trop agressive est lu par le chah, puis transmis au Premier Ministre, qui ne le prend pas au sérieux et n'en fait rien. L'année suivante, un rapport similaire, émanant de l'armée, sera également sans suite[52].

Ce n'est pas la seule initiative du genre. Dès 1968, le directeur de la télévision nationale, Reza Ghotbi, cousin de la chahbanou, qui travaille avec plusieurs anciens du Tudeh, dont Mahmoud Jafarian et Parviz Nik-Kah, rédige plusieurs rapports adressés au chah demandant la réduction de l'encadrement des institutions culturelles par la SAVAK, notamment l'interdiction de publication de plusieurs livres. Une initiative également sans lendemain[53].
En 1975, nouvelle tentative : tous les partis politiques sont supprimés et remplacés par un parti unique, le Rastakhiz, qui n'a ni idéologie ni identité claire, hormis une révérence importante à l'égard du pouvoir impérial. Le chah cherche à lutte discrètement contre l'influence d'Hoveyda, mais aussi à réorganiser les structures politiques pour rendre plus efficace le Groupe d'études. Mais le nouveau parti peine à faire émerger une véritable pluralité politique en son sein[54].
En 1977, le candidat démocrate Jimmy Carter devient président des États-Unis. Il a concentré sa campagne sur le thème des violations des droits de l'homme et de la liberté politique, et il a désigné l'Iran[46], dont le cas a été mis en lumière par Amnesty International. Carter fait surtout pression pour la liberté d'association, ce qui entraîne par la suite une multiplication des campagnes pour la liberté d'expression, de la part des intellectuels. Le 7 août, subissant des pressions de la part du nouvel ambassadeur américain William Sullivan[55], le chah change de Premier Ministre et remplace Hoveyda par Jamshid Amouzegar, secrétaire général du Rasthakiz, plusieurs fois ministre.
Le nouveau chef du gouvernement impose des mesures d'austérité qui provoquent l'annulation de nombreux projets publics et le gel des salaires. Ces mesures, destinées à enrayer l'inflation en ralentissant l'économie, font en effet passer la hausse des prix de 35 à 7 %. Mais elles aggravent le chômage[56]. La vie politique, en revanche, se libéralise : le chah et Amouzegar assouplissent le régime en libérant plus de 300 prisonniers politiques, la censure se relâche, et le système de justice est réformé[57]. La Croix-Rouge, dans un rapport de juin 1977, constate que la situation s'est améliorée dans les prisons iraniennes[58].
Situation à la veille de la Révolution en 1977
[modifier | modifier le code]Opposition laïque
[modifier | modifier le code]
Le début d'ouverture lié à la libération a pour effet d'encourager l'opposition[59], menée par Mehdi Bazargan et son « Mouvement pour la Liberté de l'Iran », un parti progressiste, libéral, et le Front national de l'Iran (laïc), fondé par Mohammad Mossadegh, dont il est assez proche, qui connaissent vite un soutien assez significatif en Iran et à l'étranger, notamment en Occident. Le FNI, fidèle à son fondateur, demande le respect des libertés et de la Constitution de 1906. Il n'exige pas un changement de régime, mais est disposé à accepter une monarchie constitutionnelle[46],[60]. Parmi les intellectuels opposés au régime, Ali Shariati est le plus révolutionnaire : ce professeur et philosophe cherche à obtenir la justice sociale et la démocratie à travers une interprétation moderne de l'islam[61]. Avant l'ascension de Khomeini, Shariati est le plus célèbre et populaire opposant au shah. Ses lectures à l'Hosseiniyeh Ershad captivent les foules[62]. Sa mort soudaine à Southampton (Angleterre) en juin 1977, attribuée à la SAVAK[63],[64], contribue grandement à l'augmentation des tensions[27].
Opposition religieuse
[modifier | modifier le code]A la fin des années 1970 il existe en Iran de nombreux dirigeants religieux insatisfaits du pouvoir impérial. Ils l'accusent notamment de minimiser le rôle le rôle de l'islam dans la vie de l'empire, en louant à la place les réalisations de la civilisation perse pré-islamique. En 1976, le début du calendrier solaire iranien est déplacé depuis l'Hégire à l'ascension au trône de Cyrus le Grand (VIe siècle av. J.-C.)[65]. Le principale autorité religieuse est le grand ayatollah Mohammad Kazem Shariat-Madari, qui a permis à Khomeini d'obtenir le statut de grand ayatollah en 1963 afin de lui éviter des poursuites judiciaires trop importantes après les émeutes[66]. En outre, après la nomination d'Amouzegar, dans un souci de restrictions budgétaires, le gouvernement supprime les fonds versés au clergé en dédommagement des terrains perdus lors de la révolution blanche, ce qui créé un nouveau point de friction entre le chah et les religieux[67].
Le clergé se divise, certains s'alliant avec les libéraux laïques, et d'autres avec les marxistes[Quand ?]. Khomeini, alors en exil en Irak, mène une petite faction de l'opposition favorable à la fin du régime et à l'établissement d'un État théocratique. Il a exprimé sa vision d'un gouvernement islamique dans ses cours au séminaire de Najaf : le seul gouvernement juste selon lui est celui qui repose sur la volonté de Dieu, non sur la volonté du peuple ; les seuls compétents pour interpréter cette parole, mise par écrit dans les livres saints, sont les membres du clergé, à qui le gouvernement doit donc être confié. Mais pour l'heure[Quand ?], il tient un discours plus rassembleur et modéré. Il évite avec soin toute référence à sa doctrine du velayat-e faqih (l'autorité du clergé)[68]. Ses partisans, notamment Ali Akbar Hashemi Rafsandjani, Ali Khamenei et Mohammad Beheshti fondent en novembre 1977 l'association du clergé militant, qui vise à fédérer l'opposition religieuse et à combattre la politique du Chah par l'influence et les traditions islamiques[69].
Position internationale
[modifier | modifier le code]A l'étranger, et particulièrement en Occident, l'opposition au régime est très active, notamment sous l'égide de la confédération des étudiants iraniens (en)[70], et on compte également de nombreuses personnalités politiques et intellectuelles étrangères qui dénoncent le régime impérial, en France[71],[72], aux États-Unis[73] ou encore en Allemagne[74]. Les groupes d'opposants opèrent depuis l'extérieur de l'Iran, principalement depuis Londres, Paris, l'Irak et la Turquie. Les discours des chefs de ces groupes sont introduits clandestinement en Iran afin d'être diffusés à la population[réf. souhaitée].
Malgré quelques tensions personnelles avec le président Valéry Giscard d'Estaing[75], le chah a fait de la France l'un des partenaires majeurs de l'Iran, notamment dans le développement de son programme nucléaire en partenariat avec Eurodif à partir de 1974[76]. Mais Mohammad Reza Chah n'a pas bonne presse dans l'opposition intellectuelle française : le futur président François Mitterrand le considère comme l'un des « pires dictateurs » qui soit[72], et Jean-Paul Sartre, proche d'Ali Shariati, constitue un comité pour la défense des prisonniers politiques iraniens dès 1966[77].

Au Royaume-Uni, la BBC relaie plusieurs émissions en persan à destination de l'Iran qui se font les porte-voix de l'opposition au régime du chah[78],[79]. Les relations de l'Iran avec Israël sont également dégradées depuis 1973, lorsque le chah a servi d'appui logistique pour l'Égypte lors de la guerre du Kippour[80].
États-Unis
[modifier | modifier le code]
Pour les États-Unis, l'Iran occupe alors une place stratégique de premier plan dans leur politique étrangère au Moyen-Orient. C'est un îlot de stabilité, et un tampon contre la pénétration soviétique dans la région[29],[81]. Cependant, depuis quelques années, le chah est perçu comme un allié de moins en moins fiable par Washington, car plusieurs tensions sont apparues entre les deux pays :
- En 1971, il s'est emparé de trois îles dans le détroit d'Ormuz, Abou Moussa, ainsi que la Petite et la Grande Tunb, qui permettent à l'Iran d'affirmer sa mainmise sur le détroit d'Ormuz, en devenant le « gendarme du Golfe »[82].
- L'attitude ambigüe du chah pendant la guerre du Kippour lui vaut la méfiance des Américains dans le domaine militaire, alors que l'Iran a grandement développée son armée avec l'aide des États-Unis[83].
- En 1973, le premier choc pétrolier est essentiellement dû à la décision de l'OPEP (fondée par plusieurs pays dont l'Iran en 1960[84]) de quadrupler le prix du brut, ce qui fait passer le chah pour l'un des responsables de la crise pétrolière en Occident[85].
- En janvier de la même année, Mohammad Reza Chah a annoncé que le consortium pétrolier de 1954 ne sera pas reconduit après son expiration en 1979, et que le pays prendra la contrôle exclusif de ses ressources pétrolières[85].
Si sous la présidence de Richard Nixon, ami personnel du chah, les relations entre les deux pays restent bonnes, il en est tout autre sous celle de Gerald Ford. Ce dernier est inquiété par le programme nucléaire développé par l'Iran avec la société française Eurodif, qui lui fait craindre qu'à terme l'Iran ne possède la bombe atomique[86]. Lors d'un dîner à la Maison-Blanche, l'ambassadeur Ardeshir Zahedi accuse les américains de directement soutenir les activistes opposés au régime impérial[87]. Cependant, officiellement, les relations officielles entre les deux pays restent excellentes. L'ambassadeur des États-Unis en Iran, William H. Sullivan (en) se rappelle que le conseiller à la sécurité nationale, Zbigniew Brzezinski « assurait au shah que les États-Unis le soutenaient pleinement ». En réponse à la visite officielle du chah aux États-Unis en novembre 1977, marquée par quelques tensions[73], Jimmy Carter célèbre le en compagnie de la famille impériale, à Téhéran. Il irrite ainsi à la fois les religieux, pour qui le Nouvel An est une fête païenne, et les nationalistes, attachés à la fête traditionnelle de Norouz[29].

Montée de la contestation
[modifier | modifier le code]En 1977 et jusqu'à l'été 1978, l'opposition au shah vient principalement de la classe moyenne urbaine[88], dont une partie plutôt laïque soutiendrait une monarchie constitutionnelle. La revendication de l'opposition, même des islamistes, concerne le respect des droits humains, la liberté de la presse et l'application de la Constitution de 1906[29]. Il n'est pas encore question de vouloir renverser le shah[89]. Les partisans de Mehdi Bazargan sont les plus populaires[46]. Le , trois dirigeants du Front national iranien, Chapour Bakhtiar, Dariush Forouhar et Karim Sanjabi écrivent une lettre ouverte au Shah dans laquelle ils lui demandent de respecter la Déclaration des droits de l'homme et la Constitution de 1906[90],[91]. La nouvelle de la condamnation de Taleghani, cofondateur du MLI, suscite des manifestations à Téhéran[91].
Fin octobre 1977, le fils de Khomeini, Mostafa est retrouvé mort ; Khomeini en blâme la police secrète du shah[91]. L'ayatollah vit en exil depuis douze ans à Nadjaf, ville sainte du chiisme, en Irak, et il a été relativement oublié. Dans les années précédentes, Saddam Hussein, appréciant peu d'avoir un activiste politique sur le sol irakien, a proposé à Mohammad Reza Chah d'exécuter discrètement le religieux, ce qu'avait refusé le chah[92]. La mort de Mostafa donne lieu à plusieurs veillées funèbres dans le pays, notamment une à Téhéran, organisée par Mehdi Bazargan, qui réunit près de 5000 personnes, et où circulent discrètement des cassettes audio diffusant l'idéologie de Khomeini, qui parle du chah comme d'un « agent juif », un « serpent américain dont la tête doit être écrasée avec une pierre »[93]. Les leaders de l'opposition reçoivent des menaces. Les domiciles de Bazargan et plusieurs de ses partisans sont visés par des attentats[91].
Début de la révolution (janvier 1978-août 1978)
[modifier | modifier le code]Premières manifestations
[modifier | modifier le code]L'Iran et la colonisation rouge et noire et manifestation de Qom (janvier 1978)
[modifier | modifier le code]Le 8 , le journal Ettelaat publie un article, L'Iran et la colonisation rouge et noire, publié sous pseudonyme, très vindicatif à l'égard de Khomeini[29]. L'ayatollah y est dénoncé comme étant un « agent britannique », aux « origines indiennes »[94], mais on l'accuse aussi d'avoir eu dans sa jeunesse des pratiques homosexuelles, d'être inculte, et sa femme d'avoir des mœurs légères. L'article calomnieux, dont il apparaît très vite qu'il a été commandé par le pouvoir, a été diligenté par le ministre de la Cour, Hoveyda (ex-Premier Ministre) et le ministre de l'Information, Darius Homayoun, vraisemblablement avec l'aval du chah, irrité par le regain de popularité de Khomeini lié à la mort récente de son fils et le relais de ses cassettes que lui offrent la BBC[67].
Dès le lendemain, des étudiants et des meneurs religieux protestent contre ces allégations en défilant dans la ville de Qom, capitale religieuse du pays, où les séminaires et le bazar ferment en signe de protestation[95]. Le régime ne dispose pas de forces anti-émeutes pour pouvoir disperser une manifestation alors non autorisée, c'est la police qui est déployée dans les rues, dispersant les manifestants et tuant plusieurs étudiants[96]. Les sources font état de 5 (selon le gouvernement) à 300 morts (selon l'opposition) pour cette seule journée[95]. L'opinion publique, telle que reflétée dans « un petit sondage réalisé à Téhéran la semaine suivante », révèle que « davantage de personnes croyaient aux chiffres des victimes de l'opposition qu'à ceux du gouvernement » ; depuis, les recherches actuelles semblent indiquer plutôt cinq morts[97].

Manifestation de Tabriz (février 1978)
[modifier | modifier le code]D'après les coutumes chiites, un service religieux se tient en mémoire des morts après un deuil de 40 jours. L'ayatollah Shariatmadari appelle en conséquence à commémorer le 40e jour par un mouvement de grève. S'enclenche alors une spirale de protestations réprimées de plus en plus brutalement. Les effusions de sang donnent lieu à de nouvelles démonstrations le 40e jour, et le cycle se répète[98]. Le , des groupes marchent donc dans nombre de villes en honneur aux morts, et en profitent pour manifester contre le régime du shah. Cette fois-ci, la manifestation dégénère à Tabriz, ville natale de Shariatmadari, où a lieu le plus grand rassemblement. Après un marche pacifique, des institutions « occidentales », telles que des bars, des cinémas, des banques d'État ou encore des commissariats de police sont incendiés[99]. L'armée impériale est déployée pour restaurer l'ordre et fait, selon le gouvernement, six morts[100]. Selon Khomeini, plus de cent manifestants sont tués[101].
Manifestations de Yazd et Qom (mars-mai 1978)
[modifier | modifier le code]Le cycle de deuil et de célébrations se répète, et à partir du , de nouvelles protestations ont lieu dans le pays. Des hôtels de luxe et d'autres symboles du régime du shah sont détruits. La répression est violente à Yazd, où la police tire sur la foule[102]. Le cycle continue le . À Qom, la manifestation dégénère et l'armée intervient[103], jusque dans la maison de Shariatmadari, où l'un de ses étudiants est tué. Shariatmadari appelle à éviter les démonstrations lors du 40e jour après le 10 mai. Il déclare dans les médias que la priorité du peuple iranien est le respect de la Constitution[104],[100].
Réactions du gouvernement
[modifier | modifier le code]
Le chah est surpris par l'ampleur et la violence de ces manifestations[105]. En outre, et c'est un secret d'État, le souverain est gravement malade : atteint de la maladie de Waldenström, il se révèle très indécis sur la conduite à adopter face à l'évolution des évènements, peut-être affaibli par son traitement. Mais au printemps 1978, lui et ses collaborateurs réagissent : le 26 janvier, une manifestation a lieu dans la capitale pour l'anniversaire de la révolution blanche, et, à Tabriz, le Rastakhiz organise des manifestations de soutien au régime, peu après celles de l'opposition, en avril 1978.
Le chah poursuit également la politique de libéralisation du régime : la censure est assouplie, plusieurs résolutions ont été adoptées afin de réduire l'affairisme de la famille royale et la corruption du gouvernement[106], et le jugement des manifestants se fait désormais auprès de cours civiles plutôt que de cours martiales. En outre, leur relâchement est facilité[107]. Au début du moins de juin, le chah remplace le très décrié directeur de la SAVAK, le général Nassiri, par le général Nasser Moghaddam, un militaire intègre plus libéral[108], et le 5 août, jour anniversaire de la Constitution de 1906, il annonce que des élections multipartistes auront lieu au Majles dans le courant de l'année 1979[109].
Les forces de l'ordre iraniennes sont cependant peu formées à la gestion de manifestations populaires, n'ayant pas reçu d'équipement adéquat depuis 1963[110]. La police étant fréquemment débordée, l'armée se retrouve déployée[107]. Et bien que les soldats aient reçu pour instruction de ne pas recourir à la force inutilement, plusieurs soldats inexpérimentés réagissent excessivement, ce qui leur vaut la condamnation officielle du chah mais aussi de rendre plus déterminée encore l'opposition[110]. Par ailleurs, dans les années précédentes, l'administration Carter a refusé de vendre à l'Iran des équipements anti-émeutes[111].
Retour au calme
[modifier | modifier le code]
À l'approche de l'été, les manifestations se maintiennent à un rythme constant depuis quatre mois, tous les quarante jours, mais elles rassemblent désormais moins de monde, environ 10 000 participants dans chaque grande ville, ce qui est peu pour un pays comportant alors 15 millions d'adultes, à l'exception d'Ispahan, où ils sont plus nombreux, et à Téhéran, où ils sont moins denses[112].
A la différence de Khomeini, Shariatmadari a appelé les manifestations de deuil prévues pour le 17 juin à prendre la forme d'une journée de grève plutôt que d'une manifestation[99]. Bien que les tensions persistent, la stratégie du chah semble porter ses fruits, ce qui amène Amouzegar à déclarer que « la crise est terminée ». Une analyse de la CIA datée du mois d'août conclue que l'Iran ne se trouve « ni dans une situation révolutionnaire ni même pré-révolutionnaire »[113].
La famille impériale passe ses vacances sur les rivages de la mer Caspienne, à Nowshahr. Depuis là, le chah envoie l'un de ses anciens ministres, Houchang Nahavandi, proche du cercle de la chahbanou, rencontrer l'ayatollah Shariatmadari afin de présenter ses excuses pour les évènements de mai[114] et aussi directement connaître les doléances du clergé. Shariatmadari demande à ce que plusieurs mesures soient prises pour éloigner plusieurs personnages peu estimés, comme le docteur Ayadi, médecin personnel du chah, ce dernier étant suspecté d'être bahaï[115]. Shariatmadari émet également le vœu de remplacer Amouzegar, qu'il n'estime pas à la hauteur de la crise, par une autre personnalité comme Ali Amini, ancien Premier ministre apprécié de Washington mais détesté par le chah[116].
Successions de nouvelles crises
[modifier | modifier le code]Le début du mois de Ramadan (5 août) imprègne la société d'une grande religiosité identifiée par l'opposition comme l'emblème de la révolte, et Ispahan est marqué par d'importantes violences urbaines le 11 août[109]. Face à l'importance des manifestations, la loi martiale a été proclamée dans la ville, alors que des symboles de la culture occidentale et des bâtiments gouvernementaux sont incendiés, et qu'un bus transportant des travailleurs américains est visé par un attentat à la bombe[99].
L'incendie du cinéma Rex
[modifier | modifier le code]
Le 19 août, dans la ville d'Abadan, au sud-ouest du pays, quatre incendiaires bloquent les portes du cinéma Rex, en pleine projection du film Gavaznhā ou The Deer (les Cerfs), et y mettent le feu. Lors de cet attentat terroriste, entre 377[117] et 470[118] personnes présentes dans la salle périssent, brûlées vives. Khomeiny accuse immédiatement le chah et la SAVAK d'avoir provoqué l'incendie[119],[120]. Le gouvernement organise une enquête qui établit que les coupables étaient des militants islamistes ; mais, dans le climat révolutionnaire ambiant, la population ne croit pas à cette version, et accuse la gouvernement d'avoir monté une opération sous fausse bannière, pour décrédibiliser l'opposition et instaurer un climat de terreur, en ce jour anniversaire de la chute de Mossadegh[121]. Le manque de réactivité du pouvoir sur cette tragédie éroda grandement la confiance que lui portait encore une grande partie de la population[122]. Des dizaines de milliers de personnes descendirent dans la rue en criant : « Brûlez le chah ! » et « C'est le chah le responsable ! »[123]
Après le triomphe de la révolution, beaucoup affirmèrent que c'était bien les militants islamistes les responsables de cette tuerie. L'état actuel des recherches sur le sujet semble effectivement pointer la responsabilité des militants islamistes[121],[124],[125]. Après l'exécution d'un policier, le capitaine Monir Taheri, par le gouvernement de la République islamique pour cet acte de pyromanie, un homme nommé Hossein Takb'alizadeh, se disant le seul incendiaire survivant, affirma être responsable du déclenchement de l'incendie[126]. Après avoir forcé la démission des juges présidents dans le but d'influencer l'enquête, le nouveau gouvernement islamique fit finalement exécuter l'incendiaire présumé pour avoir « mis le feu sur ordre du chah ». Pourtant, ce dernier affirma l'avoir fait de son propre chef, en sacrifice ultime pour la cause révolutionnaire[126],[124].

Le gouvernement de Jafar Sharif-Emami
[modifier | modifier le code]Avec la reprise des manifestations, les violences urbains à Ispahan, d'autres à Téhéran le 23 août, et l'incendie du cinéma Rex, le pouvoir commence à perdre le contrôle de la situation. Le chah décide d'opter pour une politique de conciliation et d'apaisement total[120],[127]. Le 27 août 1978, il remercie Jamshid Amouzegar, et le remplace par Jafar Sharif-Emami, le président du Sénat, qui a déjà été Premier Ministre. Le choix de Sharif-Emami s'explique par ses liens familiaux avec le clergé (son père était un religieux), bien qu'il ait eu la réputation d'avoir été très corrompu lors de son précédent mandat[127].
Sous l'égide du chah, Sharif-Emami met en œuvre une politique consistant à « satisfaire les revendications de l'opposition avant même qu'elles ne soient formulées »[128]. Le gouvernement supprime le Rastakhiz, légalise tous les autres partis politiques, libère les prisonniers politiques, accroit la liberté d'expression, restreint les pouvoirs de la SAVAK (en limogeant 34 de ses commandants)[129], fait fermer casinos et boîtes de nuit, ainsi que les loges maçonniques[130], et abolit le calendrier impérial instauré en 1976. L'exécutif engage également des poursuites contre des membres corrompus du gouvernement et de la famille royale. Sharif-Emami entame des négociations avec Shariatmadari et Karim Sanjabi, le chef du Front national, en vue d'organiser les futures élections[129]. La censure est concrètement levée et les journaux commencent à rendre compte abondamment des manifestations, souvent en termes très critiques et hostiles au chah. L'Assemblée consultative nationale (chambre basse du Majlis, le Parlement) se met elle aussi à adopter des résolutions contre le gouvernement[127].
Poursuite des manifestations
[modifier | modifier le code]Mais ces mesures de conciliation ne calment pas la contestation. En septembre, la nation se déstabilise rapidement ; les manifestations massives deviennent régulières. Ce sont les groupes islamiques qui réussissent les premiers à rassembler de grandes masses contre le shah[29],[90]. Le 4 septembre marque l'Aïd el-Fitr, la fête célébrant la fin du ramadan. Le gouvernement accorde une autorisation pour une prière en plein air, devant rassembler entre 200 000 et 500 000 personnes[100]. Au lieu de cela, le clergé dirige la foule dans une marche anti-gouvernementale dans le centre de Téhéran. Le chah aurait assisté à la scène depuis un hélicoptère, déconcerté et inquiet[100]. Quelques jours plus tard, des manifestations encore plus importantes ont lieu et, pour la première fois, les manifestants réclament le retour de Khomeini ainsi que l'instauration d'une république islamique qu'il dirigerait[100]: ils brandissent des portraits de Mossadegh et de Shariati, mais c'est le nom de Khomeini qui s'impose dans les slogans[29].

Massacre du 17 shahrivar sur la place Jaleh
[modifier | modifier le code]Le 7 septembre, 500 000 manifestants défilent à Téhéran. Les slogans marquent un tournant dans les revendications : les manifestants scandent « Mort aux Pahlavi » et « Nous voulons Khomeyni »[131]. Le gouvernement décide d'introduire la loi martiale, ce qui interdit toute manifestation[131]. Il est en outre prévu d'arrêter plusieurs leaders de l'opposition, après avoir annoncé la loi martiale, qui doit se faire le lendemain matin[132]. Le shah refuse dans un premier temps le recours à la force, proposé par plusieurs de ses conseillers militaires et l'administrateur de la loi martiale, le général Gholam Ali Oveissi, connu pour sa fermeté[133]. Or, les forces de l'ordre ne disposent pas du matériel adapté (gaz lacrymogène, lances à eau, etc.) pour contrôler les débordements de foule, et il s'avère impossible pour elles de maîtriser les rassemblements de plusieurs millions d'individus autrement que par les armes. Le shah, dans une position délicate, accepte finalement le déploiement de l'armée en remplacement des forces de l'ordre. Les militaires, armés de fusils, sont autorisés à faire démonstration de force (tanks, hélicoptères) à plusieurs endroits de la capitale. Le shah espère que ces mesures auront un effet dissuasif et décourageront les manifestants de descendre dans la rue[106].
Mais le lendemain, le vendredi (17 shahrivar), une manifestation massive a lieu à Téhéran, dès les premières lueurs de l'aube. Près de 6000 manifestants font face aux militaires déployés sur la place Jaleh (devenue depuis place des Martyrs), une place de l'est de la capitale où afflue l'essentiel des manifestants, qui ignorent que la loi martiale a été instaurée par le général Oveissi à 6h du matin[134]. Après que des tirs de sommation n'aient pas réussi à disperser la foule et une période de face-à-face, les troupes ouvrent le feu sur les manifestants de la place Jaleh, tuant 64 personnes[99]. Le général Oveissi affirmera plus tard que 30 soldats avaient été tués par des tireurs d'élite postés dans les bâtiments environnants[135],[120],[136].
D'autres affrontements survenus au cours de la journée portent le bilan des morts dans les rangs de l'opposition à 89 victimes. Ce jour reste connu sous le nom de Vendredi noir[137] ou de massacre de la place Jaleh et est un tournant dans la révolution.

Chute du chah (septembre 1978-février 1979)
[modifier | modifier le code]Impact du 17 shahrivar
[modifier | modifier le code]Le Vendredi noir choque le pays et contribue à réduire encore plus le soutien au shah au sein de la population iranienne, ainsi que chez ses alliés à l'étranger. Plus encore, il contribue à radicaliser le mouvement[138],[46]. Khomeini déclare que plus de 4000 manifestants innocents avaient été massacrés par des « Sionistes », présentant le gouvernement impérial comme étant à la solde d'Israël et exagérant, comme lors de ses précédentes déclarations, le nombre de morts. Le bilan réel de 88[139] ou 89 morts (du côté manifestants)[140], présenté par le ministre de l'Information, ne fut pas cru par l'opposition, qui y vit une nouvelle manipulation. En Occident, le chiffre donné par Khomeini est relayé : le sociologue Michel Foucault, reporter occasionnel pour le journal italien Corriere della Serra, avance d'abord le chiffre de 2 000 à 3 000 morts, avant de reprendre celui de 4 000[139].
Le chah est quant à lui horrifié par le massacre et condamne sévèrement ces événements. Mais cela ne modifie guère l'opinion publique, qui le tient pour responsable de la fusillade, bien que Khomeini en ait attribué la faute aux « Sionistes »[141],[100]. Alors que la loi martiale reste officiellement en vigueur, le gouvernement décide de ne plus réprimer les manifestations ni les grèves (une situation qualifiée par Sharif-Emami de « loi martiale sans vraiment l'être »), privilégiant au contraire la poursuite des négociations avec les leaders de la contestation[106]. Par conséquent, les manifestations se déroulèrent par la suite souvent sans intervention majeure des soldats[107].

Un autre évènement va amoindrir le soutien populaire à la monarchie : le 16 septembre, un tremblement de terre (en) touche le nord-est du pays à Tabas, dans la province du Khorassan, faisant plusieurs milliers de morts. A la différence de ce qui s'est passé après l'incendie du cinéma d'Abadan, le gouvernement décide de réagir promptement, et le chah et la chahbanou visitent séparément les villages meurtris, trois jours après la tragédie. A leur grande surprise, bien que l'atmosphère y soit électrique, ils reçoivent un bon accueil, les sinistrés se pressant autour d'eux pour baiser la main du chah ou lui confier leur douleur[142]. Le chah part ensuite en pèlerinage à Machhad, importante ville religieuse du pays où il reçoit, là aussi, un excellent accueil, y compris de la part de plusieurs mollahs[143].
Mais à la fin du mois, alors que le gouvernement s'occupe des travaux de reconstructions à Tabas, plusieurs religieux issus de l'opposition proposent de financer, avec les commerçants du bazar, les projets de reconstruction. Sharif-Emami, pensant se les concilier, accepte, mais dès le surlendemain l'opposition accuse le gouvernement d'avoir délaissé les sinistrés, « heureusement » pris en charge par les partisans de Khomeini[144].
Khomeini en France
[modifier | modifier le code]Au début du mois d'octobre, le chah constate que Khomeini, depuis son exil de Nadjaf, s'est imposé comme le véritable meneur de la contestation. Aussi, lorsque son entourage demande à faire renouveler son passeport pour quitter l'Irak, le chah et Sharif-Emami voient là l'occasion de réduire son influence[143]. S'étant vu refuser l'entrée au Koweït, l'ayatollah débarque en France, pays de résidence de l'un de ses collaborateurs[145], et s'installe à Neauphle-le-Château, petit village des Yvelines. Cette arrivée gêne le président français Valéry Giscard d'Estaing, mais au Quai d'Orsay, certains estiment que la tradition de « terre d'accueil » doit s'appliquer[146]. De plus, après consultation, Mohammad Reza Chah déclare à son homologue français qu'il ne voit pas d'objection à l'arrivée en France de l'ayatollah[147].

Le chah pensait que Khomeini, installé loin des mosquées du monde chiite, serait coupé du mouvement de contestation qu'il ne pourrait plus récupérer et sombrerait dans l'oubli. En réalité, c'est l'inverse qui se produit : à Nadjaf, Khomeini était marginalisé par la présence du grand ayatollah Abou al-Qassem al-Khoeï, figure éminente du chiisme[143]. Mais en France, les infrastructures postales, téléphoniques et médiatiques du pays, bien supérieures à celles de l'Irak, permettent aux partisans de Khomeini d'inonder l'Iran de cassettes et d'enregistrements de ses sermons[107].

Mais surtout, ce séjour en Occident confère une visibilité internationale à l'ayatollah. Khomeini est alors entouré de plusieurs conseillers, peu connus en Iran : Abdolhassan Bani Sadr, qui héberge dans un premier temps Khomeini dans son appartement de Cachan, Sadegh Ghotbzadeh, ancien militant du Front national comme le premier, et Ebrahim Yazdi, adhérent du MLI. Ces trois personnalités occidentalisées veillent à construire pour les médias une image lissée de l'ayatollah, et une façade démocratique cachant ses réels desseins théocratiques[148],[149].
Khomeini profite également de la méconnaissance des Occidentaux à l'égard du chiisme, de l'Iran et de lui-même pour accroître sa notoriété[150]. Deux journalistes français lui donnent le titre d'imam, conféré à un chef de prière chez les sunnites mais peu usité chez les chiites, réservé généralement à l'un des douze imams successeurs de Prophète, dont le dernier, l'« imam caché », le Mahdi qui doit revenir à la fin des temps — figure à laquelle Khomeini est désormais associé, par abus de langage[144]. Ses conseillers réécrivent sa biographie pour lui donner une allure anti-impérialiste, et ne communiquent sur aucun de ses écrits passés[144]. Plusieurs journalistes reconnaîtront ultérieurement leurs lacunes sur le sujet et leur naïveté à l'égard de l'ayatollah[150].
Hors de France, les médias occidentaux, et tout particulièrement la BBC, placent immédiatement Khomeini sous le feu des projecteurs. Il devient rapidement une figure connue en Occident, se présentant comme un « mystique oriental » qui ne briguait pas le pouvoir, mais cherchait plutôt à « libérer » son peuple de « l'oppression ». Les médias occidentaux, d'ordinaire critiques à l'égard de tels discours, relaient ceux de l'ayatollah sans aucune prise de recul[151]. Cette couverture médiatique érodera l'influence d'autres religieux plus modérés, tels que les ayatollahs Shariatmadari et Taleghani[99]. La BBC elle-même reconnu plus tard avoir adopté une attitude « critique » envers le chah, admettant que ses émissions avaient contribué à « modifier la perception collective de la population »[152].
Michel Foucault, qui fait plusieurs voyages en Iran à la fin de l'été et au début de l'automne, se montre très enthousiaste à l'égard de Khomeini, dans plusieurs articles qu'il signe dans Le Nouvel Obs et dans Le Monde, au mois de novembre, allant jusqu'à rencontrer Khomeini à Neauphle-le-Château[153]. En novembre, Karim Sanjabi, dirigeant laïc du Front national, se rend en France pour rencontrer Khomeini. Ils y signent un accord portant sur un projet de constitution qui se voulait « islamique et démocratique », scellant l'alliance désormais officielle entre le clergé et l'opposition laïque[152]. D'autres sources avancent que, si Sanjabi et Khomeini se rencontrèrent, ce sur quoi Sanjabi communiqua grandement, l'ayatollah ne signa pas l'accord, ne souhaitant pas se retrouver au même niveau qu'un autre leader de l'opposition[154].
Grèves nationales et paralysie de l'économie
[modifier | modifier le code]
En Iran, les choses s'accélèrent à l'automne 1978. Les dommages dus aux manifestations, en plus de l'inflation effrénée, frappent de plein fouet l'économie iranienne. De plus en plus, la classe ouvrière se joint aux étudiants et à la classe moyenne contre le régime. Les cortèges changent alors de proportions[104]. La récession pousse les ouvriers à observer des arrêts de travail. Les grèves se multiplient dans l'administration et l'industrie[155]. Désormais, l'opposition réclame la chute du régime[156],[91]. Une grève générale déclenchée en octobre paralyse l'économie, la plupart des industries étant fermées et les pétroliers étant bloqués dans le port d'Abadan[157].
Au sommet du pouvoir, c'est la débandade : les cérémonies officielles de l'ouverture du Parlement au Sénat (6 octobre) et de l'anniversaire de Mohammad Reza Chah (26 octobre), de même que les sorties officielles du chah se déroulent dans une atmosphère pesante[158]. Sharif-Emami, de par ses concessions incohérentes aux opposants, est décrédibilisé. Mohammed Reza Pahlavi pense à changer de Premier Ministre, consulte plusieurs anciens ministres qui refusent de prendre la tête du gouvernement, comme Ali Amini et Abdollah Entezam[158]. Plusieurs militaires de son entourage envisagent un plan à grande échelle pour reprendre la situation en main, et lui conseillent de nommer un cabinet militaire qui serait dirigé par le général Oveissi, une solution à laquelle le chah ne souhaite pas avoir recours[158]. En outre, lorsqu'il décide de négocier directement avec l'opposition, le chah découvre que les meneurs originaux, à commencer par le grand ayatollah Shariatmadari[158], ont complètement perdu le contrôle du mouvement : les dirigeants sont débordés par les manifestants[138].
Soulèvement de l'université de Téhéran
[modifier | modifier le code]Les manifestations de rue se poursuivent avec intensité, suscitant peu de réactions de la part de l'armée ; fin octobre, les autorités gouvernementales ont de fait laissé le contrôle de l'université de Téhéran aux étudiants protestataires[106]. Pire encore, l'opposition, de plus en plus armée, tire sur les soldats et s'en prend aux banques ainsi qu'aux bâtiments publics dans le but d'attiser la révolte[135].

Le 5 novembre, les manifestations à l'université de Téhéran tournent au drame après une altercation entre des manifestants et des soldats armés[95],[49]. En quelques heures, Téhéran bascule dans une émeute généralisée. Quartier après quartier, des symboles occidentaux, tels que cinémas et grands magasins, ainsi que des bâtiments gouvernementaux et de police sont investis, pillés et incendiés. L'ambassade britannique à Téhéran est partiellement incendiée et vandalisée ; l'ambassade américaine manque de subir le même sort. Cet événement devint connu des observateurs étrangers sous le nom du « jour où Téhéran brûla »[159].
Nombre d'émeutiers sont de jeunes adolescents, souvent encadrés par les mosquées du sud de Téhéran et encouragés par leurs mollahs à attaquer et détruire les symboles occidentaux et laïcs[95],[159]. L'armée et la police, déconcertées par les ordres reçues et soumises à la pression du chah leur enjoignant de ne pas risquer de déclencher des violences, finissent par renoncer et n'interviennent pas[159].
Le gouvernement militaire du général Azhari
[modifier | modifier le code]Depuis le Vendredi Noir, et alors que la situation dégénère de plus en plus, de nombreuses personnalités influentes et respectées du pays, ainsi que des chefs d'États étrangers[158], commencent à solliciter le chah, pour qu'il mette fin au chaos par voie militaire, une demande devenue plus pressante encore après le 5 novembre[120],[107]. Le lendemain, Sharif-Emami offre sa démission, acceptée par le chah, qui décide d'instaurer un gouvernement militaire. Plutôt qu'Oveissi, il choisit le général Gholam Reza Azhari pour le diriger, en raison de son approche modérée face à la situation. Le cabinet que constitue Azhari n'a cependant de militaire que le nom et se compose essentiellement de civils[159].
Le même jour, Mohammad Reza Chah prend la parole lors d'une allocution télévisée[160],[161]. Il s'y désigne sous le titre de padichah (« roi souverain ») plutôt que sous celui, plus grandiose, de chahanchah (« roi des rois ») qu'il exigeait auparavant qu'on emploie. Solennel, il déclare : « J'ai entendu la voix de votre révolution... cette révolution ne peut qu'être soutenue par moi, le roi d'Iran ». Il présente ses excuses pour les erreurs commises durant son règne et promet de mettre fin à la corruption. Il annonce qu'il va collaborer avec l'opposition pour instaurer la démocratie et former un gouvernement de coalition[160].

Le discours a un effet inverse à celui espéré : les révolutionnaires perçoivent la faiblesse du chah et redoublent désormais de force. Khomeini déclare qu'aucune réconciliation avec le chah n'est possible et appelle tous les Iraniens à le renverser[162].
Le nouveau Premier Ministre, Azhari, cherche à reprendre en main la situation : les autorités militaires proclament la loi martiale dans la province du Khouzistan (principale région productrice de pétrole d'Iran) et déploient des troupes pour sécuriser les installations pétrolières. La marine est également mobilisée pour briser les grèves dans l'industrie pétrolière[120],[159]. Ces mesures semblent porter leurs fruits : les manifestations de rue diminuent et la production pétrolière repart à la hausse, atteignant presque les niveaux d'avant la révolution. Symbole de fermeté à l'égard de l'opposition, Karim Sanjabi, qui a rencontré Khomeini à Paris, est arrêté à son retour en Iran[129].
Toutefois, le gouvernement poursuivit sa politique d'apaisement et de négociation. Le chah ordonne l'arrestation de cent responsables de son propre gouvernement pour corruption, parmi lesquels l'ancien Premier ministre Amir Abbas Hoveida et l'ancien chef de la SAVAK, Nematollah Nassiri[163]. Le 18 novembre, la chahbanou Farah Pahlavi se rend en pèlerinage à Kerbala puis Nadjaf, en Irak, où elle rencontre le grand ayatollah al-Khoeï, qui lui exprime sa sympathie et ses vœux pour la bonne santé du chah[164].
Manifestations de Muharram
[modifier | modifier le code]En novembre, Khomeini condamne le gouvernement militaire et appelle à la poursuite des manifestations[165]. Lui et les organisateurs des protestations planifient une reprise des manifestations d'ampleur en décembre 1978, pendant le mois saint de Muharram, un des mois importants pour les musulmans chiites, qui comprends les journées de Tasu'a et d'Achoura, laquelle commémore le martyre de l'imam Hussein ibn Ali, le troisième imam chiite[99].

Les autorités militaires interdisant les manifestations de rue et établissant le couvre-feu du fait de la loi martiale, les manifestants s'exposent à des représailles et le chah redoute vivement de potentielles violences[129].

Le 2 décembre 1978, les « manifestations de Muharram » débutent, nommées d'après le mois islamique durant lequel elles commencèrent. C'est à cette période que les protestations atteignent leur paroxysme, et leur ampleur joua un rôle majeur dans le triomphe de la révolution. Plus de deux millions de manifestants[166] (dont de nombreux adolescents gagnés à la cause par les mollahs des mosquées du sud de Téhéran) descendent dans la rue et envahissent la place Shahyad. Dans les jours qui suivent, les manifestants sortent fréquemment la nuit, bravant le couvre-feu, et montent sur les toits pour crier : « Dieu est le plus grand » (« Allahu Akbar »)[167],[29]. Selon un témoin, les forces de sécurité s'efforcent de faire preuve de retenue face à l'opposition qui les affronte occasionnellement[107]. Néanmoins, le gouvernement fait état d'au moins 12 morts dans les rangs de l'opposition[165]. Des manifestants sont tués chaque jour, et chaque jour les protestations prennent encore de l'ampleur.
Les manifestants exigent clairement le départ de Mohammad Reza Chah et le retour d'exil du grand ayatollah Rouhollah Khomeini. Le mouvement de contestation prend une ampleur fulgurante, rassemblant entre six et neuf millions de personnes dès la première semaine. Environ 5 % de la population du pays participa aux manifestations de Muharram. Débutant et s'achevant durant ce même mois de Muharram, le mouvement est couronné de succès, le départ du chah du pays ayant lieu peu après[166].
Marches de Tassu'a et d'Achoura (10-11 décembre)
[modifier | modifier le code]
À l'approche de Tassu'a et d'Achoura, les 10 et 11 décembre, le chah cherche à éviter une confrontation meurtrière. Dans le cadre de négociations avec l'ayatollah Shariatmadari, il ordonne la libération de 120 prisonniers politiques ainsi que celle de Karim Sanjabi et, le 8 décembre, lève l'interdiction des manifestations de rue. Des autorisations sont délivrées aux manifestants et les troupes sont retirées de l'itinéraire du cortège. En contrepartie, Shariatmadari s'engage à veiller à ce qu'aucune violence ne survienne durant les manifestations[129].

Les 10 et 11 décembre 1978, jours des commémorations de Tassu'a et d'Achoura, plus de 2 millions de personnes défilent dans les rues de Téhéran pour protester contre la politique du shah[167], et 6 à 9 millions de manifestants pour tout l'Iran. Selon un historien, « même en tenant compte d'éventuelles exagérations, ces chiffres pourraient représenter la plus vaste manifestation de protestation de l'histoire »[168]. Les cortèges sont menés par l'ayatollah Taleghani et par Karim Sanjabi, dirigeant du Front national, symbolisant ainsi l'« unité » entre les oppositions laïque et religieuse. Les mollahs et les bazaaris assurent eux-mêmes le service d'ordre, empêchant tout débordement de la part de manifestants tentant d'user de violence[99].
Plus de 10 % de la population du pays participa aux manifestations anti-chah durant ces deux jours, une proportion probablement supérieure à celle observée lors de toute autre révolution antérieure. À titre de comparaison, il est rare qu'une révolution mobilise ne serait-ce que 1 % de la population d'un pays, un seuil peut-être franchi par les révolutions française, russe et roumaine[168].
Écroulement du régime impérial
[modifier | modifier le code]Une grande partie de la société iranienne se laisse gagner par une véritable euphorie face à l'imminence de la révolution. Des hommes politiques laïcs et de gauche se rallient au mouvement dans l'espoir de prendre le pouvoir par la suite, mais ignorent que Khomeiny représente l'antithèse absolue de toutes les positions qu'ils défendaient[169]. Les actions passées de l'ayatollah, largement révélatrices de ses véritables desseins, sont alors largement oubliées. Quelques Iraniens connaissant ses écrits tentent cependant de réagir, une Iranienne écrivant même à Foucault qui lui répondit avec condescendance[170]. Mais pour la plupart des Iraniens ayant appris à connaître l'ayatollah, Khomeiny est largement perçu comme une figure de proue du mouvement contestataire, et l'on pense alors que le pouvoir finira par être transféré aux groupes laïcs[169].
Perte de contrôle militaire
[modifier | modifier le code]Le 11 décembre, une douzaine d'officiers sont abattus par leurs propres hommes à la caserne de Lavizan, à Téhéran. Craignant de nouvelles mutineries, le commandement fait renvoyer de nombreux soldats dans leurs casernes[110]. Le même jour, les manifestants prennent le contrôle de la ville de Machhad (la deuxième plus grande d'Iran), ce à quoi le gouvernement n'oppose rien, tandis que, dans de nombreuses villes de province, les protestataires commencent à prendre le contrôle des zones urbaines[100]. Face au chaos qui ne cesse de s'accroître et contre l'avis des officiers de son état-major, le shah ordonne que l'armée cesse de tirer dans la foule.

Des dissensions apparaissent au sein de l'armée : le commandement militaire se trouve de plus en plus paralysé par l'indécision, notamment de jeunes officiers qui répugnent à ordonner de tirer sur la foule[171], tandis que les troupes sont démoralisées. En effet, les soldats sont contraints d'affronter les manifestants tout en ayant interdiction d'utiliser leurs armes (et s'exposant aux réprimandes du chah s'ils le faisaient). Khomeiny exhorte en outre de plus en plus les soldats des forces armées à faire défection et à rejoindre l'opposition[120],[172]. Les révolutionnaires offrent des fleurs et des vêtements civils aux déserteurs, tout en menaçant de représailles ultérieures ceux qui restent fidèles au pouvoir[123].
Négociations étrangères
[modifier | modifier le code]Le gouvernement de Jimmy Carter se questionne de plus en plus sur le maintien du soutien des États-Unis à la monarchie iranienne[173], et l'administration se divise : le , le conseiller à la sécurité nationale Zbigniew Brzezinski a appelé le shah pour lui signifier que les États-Unis le soutiendraient jusqu'au bout. Mais dans le même temps, certains officiels américains haut placés considèrent que le shah doit partir, sans considération pour son remplaçant. Zbigniew Brzezinski et le secrétaire à l'Énergie James Schlesinger (ancien secrétaire à la Défense sous la présidence de Gerald Ford), continuent à répéter que les États-Unis vont soutenir le shah militairement. Le soutien américain est donc apparemment important, cependant il n'ira pas aussi loin que lors du renversement de Mossadegh en 1953[174]. En novembre également, l'ambassadeur en Iran William Sullivan a envoyé un télégramme à Carter (intitulé « envisager l'impensable »)[173]. D'après ce message, Sullivan estime que le chah ne survivra pas aux manifestations et les États-Unis doivent envisager de retirer leur soutien à son gouvernement tout en persuadant le monarque d'abdiquer. Les États-Unis aideront alors à la formation d'une coalition composée d'officiers militaires pro-occidentaux, de professionnels issus de la classe moyenne et de religieux modérés, avec Khomeini à sa tête, dans un rôle de guide spirituel à la manière de Gandhi[173].

Ce télégramme suscita un vif débat au sein de l'administration américaine ; certains, comme Brzezinski[173], avaient catégoriquement rejetée cette option. Le secrétaire d'État Cyrus Vance s'était opposé à une répression militaire[100], lui et ses partisans croyant aux intentions « modérées et progressistes » de Khomeini et de son entourage[173],[175].
En décembre, face à la dégradation de la situation, des contacts croissants sont établis avec les partisans de Khomeini. Au vu des réponses des révolutionnaires, certains responsables américains (notamment l'ambassadeur Sullivan) estiment que Khomeini a réellement l'intention d'instaurer une démocratie[55]. Selon l'historien Abbas Milani, cette perception erronée a conduit les États-Unis à faciliter l'accession de Khomeini au pouvoir[55].
En janvier 1979, lors de la conférence de la Guadeloupe, tenue à l'invitation du président français Valéry Giscard d'Estaing, les chefs d'État britannique, allemand, français et américain se retrouvent, pour discuter de plusieurs sujets, dont la révolution en Iran. Jimmy Carter avoue sans ambages avoir décidé de retirer au chah le soutien américain[176], et invite ses homologues à faire de même, si on en croit Giscard d'Estaing[177]. Cela est en outre motivé par le fait que le shah, affaibli par la maladie[29] dont il est révélé qu'elle l'emportera au mieux dans trois ou quatre ans, ne paraît plus être un allié durable : ses réactions incohérentes, qui oscillent entre la répression violente et les concessions, lui ont fait perdre la confiance des États-Unis[178].
Ce revirement de la part des Américains suscita beaucoup d'interrogations, bien que Carter ait contesté la version des faits présentée par Giscard d'Estaing[177]. Certains auteurs et historiens suggèrent qu'il ne s'agit que de l'aboutissement d'un plan, voire d'un complot, bien plus large, mené par l'administration Carter et probablement ses prédécesseurs, visant à renverser les Pahlavi[176]. La déclaration de 1974 du secrétaire d'État Henry Kissinger, irrité par l'impact du premier choc pétrolier, que le chah devait « changer de politique ou qu'on [devait] le changer »[179], et plusieurs bruits colportés par les diplomates dans la décennie, y compris par Alexandre de Marenches, chef du SDECE de 1970 à 1981, et qui en parla au chah, vont dans ce sens[146]. La raison de ce désaveu serait que les Américains, indisposés par la politique indépendantiste de Mohammad Reza Chah, avaient décidé de le remplacer par un dirigeant jugé plus malléable, et surtout religieux, dans l'idée de mettre en place une « ceinture verte » au Moyen-Orient, qui permettrait également d'endiguer l'implantation du communisme dans la région[176]. Selon de Marenches, le chah n'aurait pas cru possible à l'époque que les Américains aient pu souhaiter le renverser[146], mais il reprendra cette théorie dans ses mémoires.

Nomination de Shapour Bakhtiar
[modifier | modifier le code]Au mois de décembre, entendant chaque soir la foule qui scande « Marg bar shah ! » (« Mort au roi ! »)[150], Mohammad Reza Chah, démoralisé, vit retranché dans le palais de Niavaran, l'essentiel de Téhéran étant de moins en moins sûr pour tous les officiels du régime[164]. Le 20 décembre, Azhari est victime d'une crise cardiaque[180] ; remis, il doit être remplacé[181]. Le chah joue alors sa dernière carte : la nomination d'une nouvelle personnalité, préférablement un libéral membre du Front national, au poste de Premier ministre.

Mohammad Reza Chah reçoit plusieurs personnalités pour prendre la tête du gouvernement : Gholam Hossein Sadighi (en) et Mozaffar Baghaï, anciens compagnons de route de Mossadegh, qui posent comme condition que le chah s'éloigne de Téhéran, mais ne quitte pas le pays, ce que refuse ce dernier[182]. Karim Sanjabi est également reçu à la même période par le chah, mais suggère également d'associer Khomeini au nouveau pouvoir, faisant preuve de duplicité aux yeux du chah, qui n'ignore pas ses liens avec l'ayatollah[154]. Plusieurs autres personnalités plus ou moins crédibles sont envisagées ou offrent leurs services durant tout le mois de décembre, parmi lesquels Ali Amini, qui suppose lui aussi que le chah s'éloigne de la capitale pour gagner Bandar Abbas, mais ne quitte pas le pays[154]. Vers la fin du mois, les derniers candidats en lice sont l'un des proches conseillers du chah, Ardeshir Zahedi, qui commence à être envisagé par la presse et s'est rendu en pèlerinage en Irak où il a rencontré le grand ayatollah Khoeï[180], et Sadighi, qui reste l'hypothèse la plus probable et se déclare prêt à former son gouvernement[154].
Le 31 décembre, c'est finalement Shapour Bakhtiar, une autre personnalité du Front National, qui est choisi pour succéder à Azhari[181]. Plusieurs officiels du régime estiment que Farah Pahlavi, la chahbanou, qui fut la première à rencontrer Bakhtiar, a joué un rôle dans ce choix[180],[183]. D'après Abbas Milani, Bakhtiar fut vraisemblablement préféré à Sadighi parce qu'il estimait que le chah devait quitter le pays pour calmer la situation, à la différence de Sadighi qui pensait que le départ du souverain renverrait l'image d'une fuite en avant du régime. Le chah, fatigué et malade, aurait souhaité quitter le pays et aurait préféré Bakhtiar pour cette raison[154].
Shapour Bakhtiar obtient son vote de confiance au Parlement, le 6 janvier 1979[29], puis organise le départ du shah de l'Iran pour une durée indéterminée. Les fonctions royales doivent être exercées par un conseil de régence et, trois mois après le départ du souverain, un référendum devra être soumis à la population pour décider si l'Iran reste une monarchie ou devient une république. Ancien opposant au shah, Shapour Bakhtiar accepte le poste de Premier ministre du shah parce qu'il ne croit pas à la sincérité de Khomeini et redoute la dictature du clergé[184],[90],[114]. En réaction à sa nomination, Karim Sanjabi exclut immédiatement Bakhtiar du Front national, et Khomeini déclare que considérer son gouvernement comme légitime revenait à « obéir à de faux dieux »[154],[185].
Départ du shah
[modifier | modifier le code]
Au mois de janvier 1979, le général américain Robert E. Huyser (en) est envoyé en Iran par Jimmy Carter, à la suite des décisions prises lors de la conférence de la Guadeloupe. Alors qu'un coup d'État militaire pro-chah semble encore possible, Huyser rencontre les chefs militaires du pays (séparément du chah) et organise des réunions entre eux et les alliés de Khomeini dans le but de négocier avec le gouvernement de Bakhtiar[186]. L'ambassadeur Sullivan, désapprouvant la procédure, aurait tenté de faire pression sur Huyser pour qu'il ignore l'armée et travaille directement avec les partisans de Khomeini. Néanmoins, Huyser continua à travailler avec l'armée et l'opposition jusqu'à son départ d'Iran le 3 février[99].
La finalité de la mission d'Huyser en Iran reste un élément confus de la révolution. Il fut reçu en audience une seule fois par le chah mais pas une seule fois par Shapour Bakhtiar, et rencontra plusieurs leaders de l'opposition, dont Mehdi Bazargan[187]. En privé, le chah se montrait aigri à l'égard d'Huyser et soupçonnait ce dernier d'être l'envoyé des États-Unis pour faciliter une transition du pouvoir, voire le renversement de la monarchie et l'arrivée au pouvoir de Khomeini[183].

Le , parti en hélicoptère du Palais de Niavaran, le couple impérial arrive à l'aéroport de Téhéran, où les attendent Bakhtiar, ainsi que leurs derniers collaborateurs et officiers restés fidèles. L'avion doit s'envoler à destination de l'Égypte où le président Anouar el-Sadate attend les souverains déchus. Quelques semaines plus tard, le shah et l'impératrice Farah partiront pour le Maroc, où ils se trouveront au moment de la chute du régime impérial.

Le gouvernement Bakhtiar
[modifier | modifier le code]A l'annonce du départ du chah, les manifestants exultent et des scène de joie spontanées éclatent : près de deux millions de personnes descendent dans les rues et la foule détruit pratiquement tous les derniers symboles visibles de la monarchie sur les édifices publics[188].
Dans les jours qui suivent, Shapour Bakhtiar tente de rétablir la situation. Il ordonne la dissolution de la SAVAK[29] et la libération des prisonniers politiques. Il ordonne à l'armée d'autoriser les manifestations de masse, promet des élections libres et invite les révolutionnaires à rejoindre un gouvernement d'« unité nationale »[185],[189], pensant créer une sorte d'« État religieux » similaire au Vatican dans la ville de Qom avec Khomeini à sa tête[185]. Il croit pouvoir encore gagner le soutien des partisans de Khomeini, mais c'est trop tard : son gouvernement ne durera que 37 jours[90]. Du reste, le soutien à l'ancien régime n'a pas encore complètement disparu : le 23 janvier 1979, Ali Neshat, commandant de la Garde Impériale, fait défiler ses troupes[190], défilé suivi le même jour par une manifestation populaire en soutien au gouvernement impérial au stade Amjadiyeh (devenu par la suite le stade Shahid Shiroudi (en)). Le 25 janvier 1979, près de 50 000 personnes défilent dans la capitale en soutien à Chapour Bakhtiar et, de façon moins affirmée, au régime impérial. Paniqué à l'idée que cela soit interprété comme une provocation à l'égard des opposants, Bakhtiar interdit ensuite tout autre rassemblement[191].

Bien que le Premier Ministre déclare : « Nous aurons bientôt l'honneur d'accueillir chez lui l'ayatollah Khomeini »[185], les discussions afin de trouver un compromis avec l'ayatollah n'aboutissent pas et Khomeini délivre un message à ses partisans après la manifestation durant les célébrations d'Arbaïn, leur promettant d'être bientôt avec eux en Iran. Des dirigeants du MLI rencontrent Khomeyni en France, conscients qu'il est désormais l'homme avec qui il faut composer. Ils reviennent circonspects de cet entretien : le personnage inspire des inquiétudes à Bazargan, tandis que Taleghani, qui ne s'est pas rendu en France, est hostile à un gouvernement par le clergé[91]. Les Américains, eux aussi, cherchent à un peu mieux connaître celui qui deviendra très prochainement le nouveau leader iranien. Le 27 janvier, dans un message secret, Khomeini écrit à Carter qu'il « verra bientôt [qu'il] n'a aucune animosité particulière à l'égard des Américains »[192].
L'aéroport de Téhéran, fermé en raison de l'interdiction de manifestations, ce que Khomeini présente comme une manière d'entraver son retour[191], est le théâtre de violents heurts[193]. Ce laps de temps permet aux partisans de s'organiser pour préparer la venue de Khomeini. A la fin du mois de janvier, Khomeini se prépare à quitter la France, qui affrète pour lui un Boeing 747-100 d'Air France, dont il descendra en rentrant au pays sur une photo restée célèbre. Pendant le vol, lorsqu'un journaliste lui demanda ce qu'il ressentait en revenant dans son pays après un long exil, Khomeini répondit : « Rien »[185].
Le retour de Khomeini
[modifier | modifier le code]
Le , vers 9h du matin, l'ayatollah Khomeini arrive à Téhéran où des milliers de personnes l'attendent avec déférence[29]. Khomeini n'apparaît pas seulement comme le chef incontesté de la révolution[194],[195], mais il est désormais perçu comme une figure investie d'une mission divine, accueilli à sa descente d'avion par des cris tels que : « Khomeini, ô Imam, nous te saluons, que la paix soit sur toi »[196]. La foule scande alors : « Islam, Islam, Khomeini, nous te suivrons », voire même « Khomeini roi »[197]. Progressant lentement en raison des manifestations massives à son égard[193], l'ayatollah se rend ensuite au grand cimetière de Behesht-e Zahra (le Paradis de Zahra en persan) où il fait un discours livrant sa vision du futur de l'Iran.
Il proclame que la monarchie, le Parlement et le gouvernement ne sont pas légitimes, et qu'il se chargera lui-même de nommer un gouvernement provisoire[198], affirmant clairement son rejet du gouvernement Bakhtiar dans son discours : « Je leur casserai les dents. C'est moi qui nommerai le gouvernement ; je nommerai le gouvernement au nom de cette nation »[185]. Puis il élit résidence à l'école Refah (une ancienne école de filles) dans le centre de Téhéran, laquelle devient le quartier général des révolutionnaires.
Cependant, Bakhtiar ne peut accepter l'idée de se retrouver avec deux gouvernements en Iran. L'ayatollah Khomeini nomme tout de même Mehdi Bazargan Premier ministre le 5 février, et lui demande de former un gouvernement[29]. Khomeini ordonne aux Iraniens d'obéir à Bazargan au nom d'un devoir religieux[199] :
« En vertu de la tutelle [velayat] que je tiens du saint Législateur [Dieu], je désigne Mehdi Bazargan comme dirigeant ; puisque je l'ai nommé, on doit lui obéir. La nation doit lui obéir. Il ne s'agit pas d'un gouvernement ordinaire. C'est un gouvernement fondé sur la charia. S'opposer à ce gouvernement revient à s'opposer à la charia de l'islam... Se révolter contre le gouvernement de Dieu, c'est se révolter contre Dieu. Se révolter contre Dieu est un blasphème »[200],[201].
Furieux, Bakhtiar lui répond en réaffirmant sa légitimité en tant que dirigeant :
« L'Iran n'a qu'un seul gouvernement. Toute situation n'en tenant pas compte est intolérable, que ce soit pour moi, pour vous ou pour tout autre Iranien. En tant que musulman, je n'ai jamais entendu dire que le djihad désignait l'action d'un musulman contre d'autres musulmans... Je n'autoriserai pas l'ayatollah Khomeini à former un gouvernement provisoire. Il arrive un moment dans la vie où il faut faire preuve de fermeté et dire non... Je n'ai jamais vu de livre parlant de république islamique ; personne d'autre n'en a vu non plus, d'ailleurs... Certains membres de l'entourage de l'ayatollah sont comme des vautours violents... Le clergé devrait se rendre à Qom, monter un mur et créer son propre Vatican. »[185]
Le gouvernement de Bakhtiar se retrouve vite sous pression à cause des appels à manifester faits par Khomeini, appels suivis particulièrement à Isfahan. L'ayatollah écrit également aux Américains pour les convaincre de retirer leur soutien à Bakhtiar[172]. La peur du conflit armé entre les deux factions commence à poindre. Khomeini rejette les appels qui lui sont faits[Par qui ?] d'appeler au conflit armé et essaie plutôt de lier l'armée à son mouvement. Alors que plusieurs officiels se rallient à Khomeini (y compris des membres du conseil de régence), l'armée commence également à se diviser.
Défections dans l'armée
[modifier | modifier le code]Le haut état-major, devant le risque d'un conflit armé entre les partisans de Khomeini et ceux de Bakhtiar, ordonne un couvre-feu afin de limiter les affrontements. L'armée est déployée en masse dans les villes iraniennes.
Les tensions politiques qui divisent le pays n'épargnent cependant pas les militaires. Certains sous-officiers se sont déjà joints à la révolution de Khomeini, particulièrement parmi des officiers de l'Armée de l'air, qui lui font allégeance à l'école Alavi, l'une des résidences de l'ayatollah, le 7 février 1979[202]. Les tensions montent entre officiers partisans de la révolution islamique et ceux partisans du shah. Le , un conflit armé éclate dans plusieurs casernes militaires dans le pays, notamment à la garnison Doshan Tappeh entre la Garde Impériale et les cadets. Ces affrontements montrent au grand jour les divisions internes de l'armée, traversée elle aussi par la révolution populaire que connaît le pays. Les cadets rebelles sont rejoints par des groupes de guérilla islamo-marxistes[100].

Les nouvelles des affrontements entre officiers de l'armée ramènent les gens dans la rue, et le couvre-feu n'est plus respecté par la population, qui continue à manifester la nuit. De nouveaux combats éclatent dans les rues de Téhéran la nuit du 1979 après la rencontre de Shapour Bakhtiar avec des chefs de l'armée. Bakhtiar reste dans ses quartiers sous les ordres du général Abbas Gharabaghi, chef d'état-major des armées impériales.
Chute finale du régime
[modifier | modifier le code]
Au matin du , sur l'ordre des généraux Gharabaghi et Fardoust, ancien dignitaire de la SAVAK, un « Conseil supérieur ad hoc des forces armées » est convoqué ; 27 généraux y assistent et signent, à l'exception du général Jafar Shafaghat, un procès-verbal attestant la « neutralité de l'armée »[203]. Ces généraux du shah, décidant de respecter ses dernières volontés (éviter à tout prix de faire couler plus de sang), annoncent la neutralité de l'armée face aux factions de Khomeini et de Bakhtiar. Le refus d'allégeance des militaires à la révolution islamique de l'ayatollah sera sévèrement condamné par le nouveau pouvoir chiite. D'importantes purges seront effectuées au sein des officiers et des généraux de l'État major, affaiblissant l'armée pour un éventuel conflit extérieur (notamment la guerre Iran-Irak). La révolution islamique entre dans une nouvelle phase.
À la suite des derniers combats de rue contre les troupes fidèles au Shah, tous les ministères, administrations, casernes et médias de Téhéran sont pris d'assaut par des groupes de guérilla[204]. Le , l'ordre établi s'effondre. En fin d'après-midi, la radio nationale fait l'annonce historique : « Voici la voix de l'Iran, la voix du véritable Iran, la voix de la Révolution islamique.»[205]. Peu après, l'ayatollah Khomeini fait faire à l'ayatollah Moussavi Ardabili une déclaration à la radio, annonçant la victoire de la révolution.
Le soir du , l'ayatollah Khomeini arrive finalement au pouvoir et Mehdi Bazargan est son Premier ministre. Cette date marque alors la fin de l'empire d'Iran, et la chute du gouvernement de Shapour Bakhtiar, contraint à la fuite. Au même moment, les forces révolutionnaires s'emparent des télévisions et des radios.
Le Parti démocratique du Kurdistan d'Iran et le Komala participèrent activement au renversement du régime dans les zones à majorités kurdes. Le premier propose alors un « Kurdistan autonome au sein d'un Iran démocratique », doté d'un Parlement mais où les questions de défense, de politique extérieure et de planification économique relèveraient de la compétence du gouvernement central iranien. Il demande également la reconnaissance de la langue kurde comme langue nationale au même titre que le farsi. Le Komala, plus proche du marxisme, militait pour une réforme agraire, la défense des droits des travailleurs, et la réduction du rôle et de l'influence des chefs tribaux[206].
Khomeini prend le pouvoir (février-décembre 1979)
[modifier | modifier le code]La destitution du shah provoque une grande jubilation en Iran, mais de nombreux désaccords quant à l'avenir du pays apparaissent. Khomeini est la figure politique la plus populaire, mais il existe des dizaines de groupes révolutionnaires, chacun ayant sa propre vision de l'avenir de l'Iran, des factions libérales, marxistes, anarchistes et laïques, et également une bonne variété de groupes religieux cherchant à modeler l'avenir de l'Iran.
Mise en place du nouveau régime
[modifier | modifier le code]Débuts du gouvernement provisoire
[modifier | modifier le code]Les relations étrangères, économiques et militaires de la nation sont perturbées. Mehdi Bazargan devient Premier ministre, et le Mouvement pour la liberté travaille à établir un gouvernement libéral laïque. Bazargan s'entoure de membres de son parti, mais aussi du Front national[91],[90]. Cependant le véritable pouvoir va vite se révéler être exclusivement aux mains des religieux.
Au lendemain de la victoire de Khomeini, le 12 février 1979, l’ancien chef de gouvernement Amir Abbas Hoveyda, l’ancien ministre de l’Agriculture Mansur Rouhani et plusieurs généraux sont interrogés à la télévision sur leurs activités antérieures. Hoveyda, qui avait déjà été arrêté par Azhari (qui lui, est désormais en fuite), accepte de répondre à toutes les accusations, déclarant se sentir complètement innocent. Rouhani défend son travail de ministre de l’Agriculture et de superviseur de la réforme agraire. Le général Amir Hossein Rabii, commandant des forces aériennes, justifie la décision de l’armée de rester neutre dans la lutte pour le pouvoir entre les deux Premiers Ministres : Bakhtiar, nommé par le chah, et Bazargan, nommé par Khomeini : « Bakhtiar avait déclaré vouloir établir une république sur la base de la constitution existante. Bazargan voulait instaurer une république par référendum. Puisque les deux premiers ministres poursuivaient le même objectif, l’armée a décidé de rester neutre afin d’éviter un bain de sang. »[207]

Le 13 février 1979, Ali-Asghar Seyyed Javadi, proche de Bazargan et de Sanjabi, écrit dans le journal Kayhan : « La déclaration de neutralité de l’armée est dénuée de sens ... Toute revendication de ces gens à une reddition pacifique doit être écrasée par une cruauté révolutionnaire. »[207]. Les organisations guérillistes de gauche exigent le renvoi des généraux et la création d’une cour révolutionnaire. Deux jours plus tard, le 15 février 1979, les premières exécutions ont lieu : les généraux Nassiri, Rahimi, Naji et Khosrodad sont les premières victimes de la nouvelle justice islamique. Ils sont tous les quatre exécutés sur la base d'accusations de mofsed fi’l arz (propagation de la corruption sur Terre) et mohareb ba choda (guerre contre Dieu). Pour la première fois dans l’histoire moderne de l’Iran, ces motifs sont utilisés pour condamner quelqu'un à mort, mais ils le seront régulièremet par la suite[208],[209]. Le colonel (alors retraité) Meyer-Plath, de Téhéran, rapporte le 17 février 1979 :
« Dans un acte de justice islamique accéléré, l’administrateur de la loi martiale à Téhéran, le général Rahimi, a été condamné à mort la veille, avec trois autres généraux, lesquels ont été immédiatement abattus par un peloton de révolutionnaires et d’anciennes victimes de la SAVAK. Des photos des corps ont été publiées dans tous les journaux. »[210]
Le 20 février 1979, quatre autres généraux sont condamnés à mort et exécutés pour les mêmes chefs d’accusation. Le 22 février, 215 officiers de haut rang sont renvoyés de l’armée[207].
Le 17 février 1979, sur l'instigation d'Ahmad Khomeini, l'un des fils de l'ayatollah, et d'Ebrahim Yazdi, Téhéran accueille Yasser Arafat, chef de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), qui est la première personnalité de renommée internationale à se rendre en Iran après la révolution[211]. L'Iran rompt le même jour ses relations diplomatiques avec Israël, et l'ancienne ambassade de l'État hébreu devient celle de la Palestine[212], gérée par l'OLP.

Fondation du parti républicain islamiste
[modifier | modifier le code]Le 19 février 1979, les partisans religieux de Khomeini, menés par l'ayatollah Beheshti, forment le parti de la république islamique[29]. La fondation de ce parti permet de fusionner différentes associations créées peu de temps avant la Révolution islamique ; la première est l’Association du clergé militant, fondée par Beheshti en 1977, mais il y a aussi plusieurs structures de moindre ampleur : la Société des conférenciers des séminaires religieux (Jame’eh-ye Modarresin Hozeh-ye Elmiyeh), qui représentait les enseignants des écoles religieuses, l’Association de la Coalition islamique (Hayat-e Mo’talefeh Eslami), principalement soutenue par les marchands du bazar, et de la Société islamique des ingénieurs (Jame’eh-ye Eslami Mohandesin), composée de technocrates rejetant les politiques occidentales du chah[213].
En ce mois de février, malgré son grand appui populaire, Khomeini est confronté à un problème d'envergure : il n'est qu’un marja-e taqlid (grand ayatollah) parmi tant d'autres, et tous ne sont pas ses partisans, à l'image du grand ayatollah Ahmad Khonsari (en), opposant aux réformes des Pahlavi mais qui a tenté de dissuader le chah de partir[180]. D'autant que de nombreux clercs de haut rang dans la hiérarchie chiite pourraient contester sa prétention au leadership. Parmi eux, le grand ayatollah Kazem Shariatmadari, qui déclare que le modèle politique de Khomeini d’un gouvernement mené par des chefs spirituels (velayat-e faqih) n’a aucun fondement dans la théologie chiite. Pour Shariatmadari, il serait préférable de restaurer la constitution de 1906, issue de la Révolution constitutionnelle, qui était encore en vigueur, mais avait été modifiée à plusieurs reprises par le Majlis au fil des ans, notamment sous Mohammad Reza Chah[214].
Khomeini estime quant à lui que le chah avait depuis longtemps ignoré l’article 2 de la loi complémentaire de 1907[215], qui stipule que toutes les lois en vigueur doivent respecter les normes de l’islam chiite ; par conséquent, le clergé chiite doit désormais agir pour restaurer la loi en tenant compte de nouvelles bases qui ne soient pas bafouées. Avec la perspective que le clergé chiite prenne puis exerce le pouvoir, de nombreux jeunes étudiants religieux voient là l'opportunité d'investir les ministères et l’appareil gouvernemental, un accès auparavant entravé par la politique des chahs Pahlavi. En conséquence, le nombre de partisans des idées de Khomeini croît rapidement parmi les religieux, ce qui lui offre l’opportunité de marginaliser Shariatmadari, avant de devenir plus tard « Guide suprême »[216].
Le référendum de mars 1979 et la naissance de la république islamique
[modifier | modifier le code]
Pour mettre en œuvre ses idées, Khomeini utilise deux stratégies : le djihad et l’ijtihād. Le djihad dirigé contre sa propre population vise à imposer l’islamisation de la politique et de la société par la force. Avec la proclamation du djihad, il établit clairement la nature religieuse du mouvement révolutionnaire, qui doit, à ses yeux, ne plus être considéré comme la « révolution iranienne », mais comme la « révolution islamique »[216].
Au début du mois de mars 1979, Khomeini déclare : « N'utilisez pas ce terme, "démocratique". C'est le modèle occidental », donnant ainsi aux libéraux partisans de la démocratie (et plus tard à la gauche) un avant-goût des déceptions à venir[217]. Le 7 mars, l'ayatollah annonce vouloir imposer le foulard islamique (hijab) dans les lieux publics[218]. En réaction, entre le 8 et le 14 mars, journée internationale des femmes, plusieurs manifestations de femmes ont lieu à Téhéran devant la résidence de Mehdi Bazargan et à Qom devant celle de Khomeini. Le projet de loi est ajourné, mais plusieurs restrictions seront mises en place en 1980 et en 1983[219].

Les 30 et 31 mars, les Iraniens sont appelés à se prononcer sur la nature du régime par le gouvernement provisoire. Un référendum est organisé avec deux types de bulletins :
- Oui (à la république islamique) : bulletin vert
- Non (à la république islamique) : bulletin rouge
La formulation de la question posée pour le référendum « Êtes-vous favorable au remplacement du régime précédent par une République islamique dont la constitution sera approuvée par la nation ? » ne permet implicitement que deux possibilités : l'instauration d'une république islamique, pour laquelle Khomeini déclare que le peuple s'est déjà prononcé en manifestant massivement contre le chah lors de la révolution, ou le maintien de la monarchie. Ce n'est pas un vote libre et secret, les électeurs ne disposant pas d'isoloir ni d’enveloppe pour dissimuler leur bulletin, dont les couleurs vertes et rouges sont visibles de tous lors du vote[220].

Une écrasante majorité approuve l'instauration de la république islamique (plus de 98% des voix)[29],[221]qui est proclamée par Khomeini alors que le concept de « république islamique » n'a pas été défini et que la rédaction d'une constitution reste à faire. Le conseiller de l’ambassade d’Allemagne, Strenziok, résume la situation le 2 avril 1979 :
« À midi le 1er avril, un jour après le référendum et même avant que les voix ne soient entièrement comptées, Khomeini a proclamé la "République islamique" depuis sa résidence à Qom. Aujourd’hui, le ministère de l’Intérieur annonce les résultats préliminaires des élections : 18 millions d’électeurs éligibles, participation électorale de 98 %, dont 97 % de votes favorables. Trois données qui sont certainement fausses. »[222]
Les théologiens sont les premiers à établir le nouvel ordre dans le pays : les cellules révolutionnaires deviennent les comités locaux. Connus sous le nom de gardiens de la révolution à partir de , ces groupes prennent vite le pouvoir dans les gouvernements locaux de tout l'Iran. Ils prennent aussi le contrôle des tribunaux qui rendent des jugements sur les anciens responsables des services de sécurité et des militaires du régime du shah : plusieurs dizaines d'officiers généraux et supérieurs ainsi que de hauts fonctionnaires sont ainsi sommairement exécutés[223], pour bien montrer qu'il n'y a plus qu'une seule source de pouvoir en Iran. Les administrations de l'État iranien sont purgées des éléments jugés « non-révolutionnaires » et pro-shah. Ils sont remplacés par des fidèles de Khomeini et de sympathisants de la révolution islamique. Ces purges touchent spécifiquement l'armée dont les effectifs passent de 500 000 à 290 000 hommes en l'espace d'un an.
Répression des officiels de l'ancien régime
[modifier | modifier le code]Khomeini divise la population iranienne en deux groupes : les mustaz’afeen (les pauvres ou opprimés) et les mustakbereen (les riches ou oppresseurs). Quiconque pouvait être associé d’une quelconque manière à l'ancien gouvernement impérial est considéré comme un « oppresseur ». Ce faisant, ceux-là se sont rendus coupables du malheur du peuple iranien et de l’islam et doivent être punis[216]. Khomeini déclare le soir même du référendum que les représentants arrêtés du régime des Pahlavi ne sont pas des « prévenus » dont la culpabilité doit être prouvée, mais des « criminels » dont la culpabilité ne fait pas de doute, ce qui entraîne une nouvelle vague d’exécutions.

Le 7 avril 1979, l'ancien Premier ministre Amir Abbas Hoveida[224] est exécuté, ce qui soulève des protestations internationales, et deux jours plus tard, les généraux Rabii et Ali-Mohammad Khajeh Nouri sont abattus[225]. Le 10 avril 1979, les anciens chefs de la SAVAK, les généraux Nasser Moghaddam et Hassan Pakravan, qui dirigea l'institution de 1961 à 1965 dans une grand modération et qui avait insisté pour gracier Khomeini après les manifestations du 1963[226], ainsi que le commandant de la Garde impériale, le général Ali Neshat, sont exécutés. Le même jour, l’ancien ministre des Affaires étrangères Abbas-Ali Khalatbari, le président du Parlement Abdollah Riazi, le ministre de l’Agriculture Mansur Rouhani et d’autres sont eux aussi abattus.

Plusieurs autres personnalités de l'ancien régime ont déjà été exécutés par le nouveau régime avant même la proclamation de la république islamique : des militaires comme le général Nader Jahanbani, des civils comme Parviz Nikkah et Mahmoud Jafarian, et même des mollahs, comme le député d'Abadan Gholam Hossein Daneshi, sont tous accusés d'avoir collaborés avec la SAVAK, puis abattus le 13 mars 1979 à la prison de Qasr. D'autres anciens ministres moins connus[228], et même d'anciens militaires du temps de Reza Chah encore vivants[229], sont également exécutées dans les mois qui suivent, généralement après des parodies de procès souvent menées par l'ayatollah Khalkhali. En mai 1980, Amnesty International estime qu'entre 800 et 1000 personnes ont été exécutées par le nouveau régime depuis son instauration[230].
Le 13 mai 1979, le tribunal révolutionnaire de Khalkhali déclare le chah, la chahbanou Farah Pahlavi, la princesse Ashraf Pahlavi, sœur jumelle du chah, le prince Gholam Reza, frère du chah, l’ancien ambassadeur iranien aux États-Unis Ardeshir Zahedi, l’ancien Premier ministre Jafar Sharif-Emami, l'ancien ministre Houchang Nahavandi, ainsi que les généraux Azhari et Oveissi, qui se sont tous enfuis à l’étranger, mahdur-ud-dam (hors-la-loi), ce qui signifie que quiconque tuera ces personnes agira au nom de la Cour révolutionnaire islamique[231].
Le 15 août 1979, la Division 311 du Foreign Office fédéral note :
« Les soi-disant tribunaux révolutionnaires islamiques continuent de prononcer des peines de mort contre les partisans de l’ancien régime, dont plus de 300 personnes ont déjà été exécutées... mais aussi contre de nouveaux opposants au régime révolutionnaire. Ces procédures sommaires ne répondent pas aux exigences de l’État de droit, ni en ce qui concerne le déroulement des procédures ni la nature des charges portées. »
Soulèvement ethniques
[modifier | modifier le code]
Les premiers à se soulever contre le nouveau pouvoir sont les minorités ethniques, à l'ouest du pays. Dès mars 1979, des guérillas marxistes et des partis fédéralistes se soulèvent dans certaines régions, notamment le Khouzistan, le Kurdistan et à Gonbad-e Qabus, dans le Golestan, au nord-est du pays[232]. Ces rébellions, aux visées autonomistes voire indépendantistes[233], donnent lieu à des affrontements avec les forces révolutionnaires. Débutant toutes avant avril 1979, elles eurent une durée variable, allant de quelques mois à plus d'un an, selon la région.
La révolte au Khouzistan fait près d'une centaine de victimes dans les deux camps[234]. La plus violente des rébellions ethniques est la révolte kurde (en), menée par le Komala et le parti démocratique du Kurdistan d'Iran, organisations politico-guérilléristes kurdes, et soutenue par l'Irak[235], qui débute dès mars 1979 et se poursuivra jusqu'en 1983[234]. C'est aussi celle qui aura le bilan humain le plus lourd : près de 10 000 personnes sont tuées au cours de la rébellion, dont 1 200 prisonniers politiques kurdes exécutés par le gouvernement iranien[234], et « des centaines de villages kurdes rasés en représailles »[236].
Tensions entre les factions révolutionnaires
[modifier | modifier le code]Ces rébellions ethniques et les multiples exécutions d'anciens officiels commencent à inquiéter plusieurs ministres du gouvernement provisoire, le ministre de la Justice offrant en avril sa démission à Mehdi Bazargan, qui la refuse et ne s'oppose pas à ces purges vengeresses massives[225]. Des tensions surgissent : le 1er mai 1979, le groupe Furqan (Guruh-i Furqan) assassine Morteza Motahhari, un proche collaborateur de Khomeini[237].

Le 22 mai 1979, Khomeini instaure un tribunal spécial pour le clergé, chargé de traquer les « religieux corrompus » et « les criminels infiltrés se faisant passer pour des religieux ». Ce tribunal, qui possède des buts et un fonctionnement assez flous, est chargé d'arrêter les religieux ayant eu des liens avec le régime des Pahlavi, puis sera dissous par Hossein Ali Montazeri, ayatollah proche de Khomeini. Il renaîtra dans les années 1980 afin d'éliminer toute opposition au sein du clergé chiite[238],[239].
Les différents groupes politiques essaient de coopérer, mais les tensions grandissent entre les factions modérée et religieuse. Bazargan et l'ayatollah Taleghani sont réticents à participer au gouvernement provisoire[Quand ?] : le premier, après une rencontre avec Khomeyni, dit avoir vu le shah avec un turban. Ses craintes se confirment dès 1979 : les femmes se voient interdire la carrière de juge en avril[29] ; une première atteinte à la liberté de la presse apparaît avec l'interdiction du journal Ayandegan en août [29]; les sepah-e pasdaran (Corps des gardiens de la révolution islamique), organisation paramilitaire chargée de protéger le régime, sont créés en mai 1979[240].
Élaboration de la Constitution de la république islamique
[modifier | modifier le code]En juin, le gouvernement provisoire publie son projet de constitution, dû principalement au MLI, qui déclare l'Iran « république islamique », mais sans donner aucun rôle au clergé ni à la loi islamique[91]. Cette première version est inspirée de la Constitution de 1906[241]. Elle est approuvée par Khomeyni, mais Bazargan souhaite la faire adopter par une Assemblée[241],[91].

C'est pourquoi une nouvelle Constitution est rédigée par l'Assemblée des experts [91] présidée par l'ayatollah Montazeri et vice-présidée par Beheshti[241]. Elle crée le puissant poste de Guide Suprême, chargé de contrôler l'armée et les services de sécurité, et pouvant mettre son veto à la candidature des prétendants au poste de président de la République. Elle introduit, à l'initiative des ayatollahs Montazeri[91] et Beheshti[29], le principe du velayat-e faqih, donnant ainsi le pouvoir au clergé[29]. Un président de la République est élu tous les 4 ans au suffrage universel, mais seuls les candidats dont la candidature a été approuvée par le Conseil des gardiens de la constitution ont le droit de se présenter aux élections. Khomeini lui-même devient « Guide de la Révolution » à vie[242]. Le système judiciaire est entièrement placé sous contrôle clérical[241]. Selon l'article 175, la radio et la télédiffusion deviennent un monopole d'État confié à l'IRIB, dont le directeur est placé sous l'autorité du Guide suprême[243]. La nouvelle Constitution institue un régime théocratique[241].
Premières contre-manifestations
[modifier | modifier le code]À la mi-août, le mécontentement latent de la classe moyenne iranienne face à l'évolution de la révolution islamique se manifeste lors d'une manifestation pour la liberté de la presse, organisée par le Front démocratique national (en) et divers groupes laïques. Le conseiller de l'ambassade allemande à Téhéran, Strenziok, écrit dans un rapport le 13 août 1979 :

Des affrontements avec des groupes islamistes orthodoxes, qui auraient attaqué les manifestants à coups de pierres, de couteaux, de poignards et de gourdins, ont donné lieu à des combats qui ont duré plusieurs heures. La presse a fait état de 300 blessés, dont certains grièvement. […] Hormis les manifestations spontanées contre les phénomènes négatifs de l’Iran post-révolutionnaire (abus des comités, actes arbitraires des Gardiens de la révolution, port obligatoire du voile pour les femmes, traitement des minorités, chômage, etc.), ces affrontement sont la première manifestation d'opposition d’envergure, récemment réactivée par les flagrantes manipulations électorales[244].
Le 12 août 1979, une nouvelle loi sur la presse est adoptée, restreignant la couverture médiatique étrangère et consolidant le monopole du gouvernement sur l'opinion. Quelques jours auparavant, le principal journal d'opposition, Ayandegan, a été fermé et plusieurs journalistes d'opposition ont été arrêtés[29].
Le 9 septembre meurt brutalement, et dans des circonstances mystérieuses, le populaire ayatollah Mahmoud Taleghani, qui a depuis la prise de pouvoir de Khomeini entretenu des relations tendues avec ce dernier[245]. Bien qu'après un désaccord il lui ait fait finalement allégeance[246], sa mort est opportune pour la prise de pouvoir de Khomeini, et porte un coup à l'influence des modérés.
La crise des otages et la rupture entre religieux et modérés
[modifier | modifier le code]La colère commence à gronder contre les États-Unis à la suite de leur décision, en , d'accepter le chah dans leur pays pour y soigner son cancer[29]. Depuis le mois de février 1979, le chah et sa famille ont connu plusieurs terres d'exil avant d'échouer sur le continent américain. Partis du Maroc, où ils se trouvaient lors de la chute du régime, leur errance s'est poursuivie aux Bahamas, puis au Mexique, où la maladie du chah a progressé. Ses médecins hésitent entre le faire soigner au Mexique, en France[247], ou aux États-Unis, mais le chah, qui estime avoir été trahi par les Américains, ne veut pas s'y rendre, pas plus que Carter n'a envie de l'y accueillir[248]. Mais ce dernier, à l'approche des élections présidentielles de 1980, est accusé par les républicains de laisser mourir un ancien allié des États-Unis, et décide de faire admettre le chah « pour un bref séjour à visées médicales » à New York[248]. Mehdi Bazargan et Ebrahim Yazdi font connaître leur désapprobation[248].
La famille impériale débarque sur le sol américain le 22 octobre ; elle est traquée par les médias et les opposants politiques, dont les plus extrémistes réclament l'extradition du shah pour le condamner à mort. Le 23 octobre, une manifestation a lieu devant l'ambassade américaine[248]. Le , Khomeini exhorte la population, et surtout les étudiants, à manifester :

« Il appartient aux chers élèves, étudiants et étudiants en théologie d’intensifier de toutes leurs forces les attaques contre les États-Unis et Israël, afin qu’ils puissent forcer les États-Unis à extrader le Shah déchu et criminel… »[249]

Le 4 novembre, des étudiants rassemblés près de l'ambassade américaine prennent le bâtiment d'assaut et ses occupants en otage, prétendant mettre au jour le travail de la CIA effectué depuis l'ambassade, accusant les diplomates d'être des espions étrangers. Mais, chose à laquelle les Américains ne s'attendent pas, le régime approuve l'action des étudiants[250] et développe ensuite une rhétorique violemment anti-occidentale : Khomeini appelle désormais les États-Unis le « Grand Satan », « ennemis de la Révolution » et Israël le « Petit Satan ». Il se révèle être très loin de l'image de « Saint Homme », que lui ont attribuée un peu trop vite le président Carter et d'autres Occidentaux[251]. L'ayatollah utilise les méthodes oppressives qui avaient été dénoncées sous la dictature du shah, mais dans de plus grandes proportions, et viole en plus l'une des plus élémentaires conventions diplomatiques permettant aux ambassades de fonctionner même en temps de crise[252]. La prise d'otage durera 444 jours[29].
Se sentant sans pouvoirs et en désaccord avec la direction que prend le pays, Mehdi Bazargan démissionne de son poste de Premier ministre le 6 , en pleine crise des otages[91]. La nouvelle de sa rencontre avec Brzezinski, le conseiller du président américain, précipite sa chute[29]. Le 17 novembre, sur les 66 otages initiaux, un groupe de 13 personnes, exclusivement composé de femmes et d'afro-américains, sont libérés, Khomeini estimant peu probable que ces derniers soient des espions[253]. Fin novembre, Sadegh Ghotbzadeh devient ministre des Affaires étrangères, puis entre en contact avec Hamilton Jordan, chef de cabinet de la Maison-Blanche, ce qu'il nie dans un premier temps[254], dans le but de faire extrader ou d'éliminer le chah[255].
Ce dernier est rapidement évacué après son opération sur une base militaire du Texas, puis poursuit son exil au Panama. Réclamé par Téhéran pour être jugé (et probablement exécuté, comme la plupart de ses anciens collaborateurs), le chah est contacté par Hamilton Jordan qui semble chercher à le faire extrader[256]. Alors que la famille impériale soupçonne que le gouvernement américain ne l'enlève pour qu'il serve de monnaie d'échange avec les otages[120], le shah est de nouveau accueilli par l'Égypte d'Anouar el-Sadate, un ami personnel, en mars 1980, où il subit une nouvelle et ultime intervention chirurgicale. Il meurt quelques mois plus tard au Caire, le 27 juillet 1980. Sa mort met fin aux tentatives de la république islamique de récupérer l'ancienne famille impériale.
Élimination des modérés
[modifier | modifier le code]La rupture de Khomeini avec Bazargan sonne le glas de tout compromis avec les autres forces politiques : les religieux de l'opposition, les membres du parti Tudeh et toute l'opposition de gauche seront bientôt victimes de persécutions brutales. L'opposition bourgeoise du Front national subira également des emprisonnements, des tortures et des exécutions. Les membres des Moudjahidines du peuple seront également arrêtés et exécutés.

Selon Fariborz Riyhahi[257], biographe de l'ayatollah Khomeini, l'occupation de l'ambassade américaine et la prise d'otages marquent le début de la seconde phase du processus d'instauration d'un État théocratique, insufflant un nouvel élan à la révolution en créant la figure d'un ennemi extérieur contre lequel le régime doit entretenir la coalition formée autour de l'ayatollah lors de la révolution. La première étape de cette phase est le remplacement de Mehdi Bazargan, suspecté d'avoir voulu négocier avec Brzezinski, par un « gouvernement sans Premier ministre », au sein duquel Abolhassan Bani Sadr, ancien compagnon de Khomeini en France, cumule les fonctions de ministre des Affaires étrangères, de l'Économie et des Finances[258].
Établissement d'un état théocratique islamique
[modifier | modifier le code]Le 3 décembre 1979, la Constitution de la république islamique est approuvée par référendum[29]. Selon les chiffres officiels, le taux d'approbation, comme lors du référendum du 31 mars, atteint presque 100%, bien que d'autres sources n'évoquent qu'environ 60%. Ainsi, le gouvernement provisoire laisse place à la République islamique, une théocratie chiite dirigée par Khomeiny, autorité religieuse et politique suprême.
Le troisième objectif du djihad proclamé par Khomeiny lors de l'occupation de l'ambassade américaine est l'instauration d'un ordre islamique doté d'un système présidentiel concentrant les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, portés par un président responsable devant le Guide Suprême (c'est-à-dire lui), ains que devant le peuple iranien, qui l'élit. La vie quotidienne de la population doit être soumise aux préceptes islamiques par le biais d'un code moral pour tous et d'un code vestimentaire pour les femmes. Les gardiens de la révolution (Pasdaran) ont pour charge de veiller au respect de cet ordre islamique[259]. Le Front national iranien désavoue la Constitution de la république islamique et appelle à manifester en décembre 1979.
Parallèlement au jihad, il y a toujours la dimension d'ijtihad (l'interprétation et l'application de l'islam), à faire respecter. En outre, Khomeini a bien compris qu'il ne peut établir un État islamique intégré à l'ordre international en se basant uniquement sur le jihad. Il résout donc les questions de diversité d'interprétation de la loi coranique et de pérennité du nouvel État islamique en permettant l'existence politique, aux côtés des djihadistes, d'un mouvement d'opposition islamo-politique, qui sera appelé « réformateur » et arrivera au pouvoir lors de l'élection de Mohammad Khatami en 1997. Ce mouvement, tenant d'une ligne plus libérale face à ceux qui deviendront les conservateurs, permettra dans les décennies suivantes l'existence d'un débat politique au sein du système, un débat qui, loin de remettre en cause le système islamique dans son ensemble, contribuera à sa stabilisation politique[259].
Opposition à la révolution (1980-1982)
[modifier | modifier le code]Consolidation du régime
[modifier | modifier le code]La « Révolution Culturelle »
[modifier | modifier le code]En janvier 1980, Abdolhassan Bani-Sadr est élu premier président de la république. Bien que conseiller de Khomeini, ce libéral est un membre de la gauche iranienne et s'oppose au parti de la république islamique (PRI)[260]. Parallèlement, l'organisation des Moudjahidines du peuple iranien, aussi connue sous le nom d'OMPI ou MEK (un groupe de guérilla islamiste qui a été un allié révolutionnaire de Khomeini dans sa lutte contre le chah), subit la répression. Khomeini s'en prend directement au MEK, qualifiant ses membres de munafiqun (hypocrites) et de kufar (mécréants)[261]. Des membres du Hezbollah, un autre groupe de partisans de Khomeini, attaquent alors les lieux de réunion, les librairies et les kiosques à journaux des Moudjahidines et d'autres groupes de gauche, les contraignant à la clandestinité[262].

Un Parlement est élu en mars 1980, où le parti de la république islamique emporte la majorité des sièges[260]. Bani Sadr échoue à faire barrage à la montée en puissance du clergé. Plusieurs membres du Front National sont élus députés en 1980, mais aucun d'eux n'est autorisé à siéger. Le 21 mars 1980, l'ayatollah Khomeyni lance, sous le nom de « Révolution Culturelle », une purge, dans les universités puis l'administration, des éléments jugés pas assez favorables au nouveau régime[263] et des opposants au régime théocratique. Par ailleurs, 20 000 enseignants et près de 8 000 officiers militaires jugés trop occidentalisés sont limogés[264].
La question des otages
[modifier | modifier le code]A l'internationale, la situation des otages devient plus complexe, car une fois le chah mourant en sûreté en Égypte (à partir de mars 1980), les revendications des preneurs d'otages deviennent caduques. Les 24 et 25 avril 1980, Jimmy Carter lance l'opération Eagle Claw, qui vise à récupérer les 53 otages par la force militaire[265]. Mais l'opération militaire, prise dans une tempête de sable, doit être annulée tandis que deux des trois appareils se percutent près de Tabas, tuant 8 militaires et décrédibilisant grandement Carter lors des futures élections présidentielles[266], une « victoire » dont le régime se vante mais qui ne change rien. En juillet 1980, quelques jours avant la mort de l'ex-chah, le 11 juillet, un otage gravement malade est libéré, portant le nombre d'otages restants à 52[253]. Au mois de septembre, la guerre contre l'Irak fournit un prétexte au régime pour se débarrasser de l'opposition mais rend encore plus délicate la position du régime iranien. Cette ouverture d'un front militaire fait craindre qu'en cas de nouvelle tentative militaires des Américains pour libérer les otages, comme l'a promise le candidat républicain Ronald Reagan[250], une plus grave menace ne soit possible. Après que des négociations peu concluantes n'aient été ouvertes, la situation se débloque 6 jours avant la fin du mandat de Carter, et les otages ne sont réellement libérés que le jour de l’investiture de Ronald Reagan, le 20 janvier 1981, Khomeini voulant faire en sorte qu'aucun des deux présidents ne puisse s'arroger le mérite de cette libération[250].
Coup d'État manqué « Nojeh »
[modifier | modifier le code]En juillet 1980, le conseiller à la sécurité nationale des États-Unis, Zbigniew Brzezinski rencontre le roi Hussein de Jordanie à Amman, afin de discuter d'une opération visant à amener Saddam Hussein à soutenir un coup d'État en Iran contre Khomeini[267]. Le roi Hussein est alors le plus proche confident du président irakien dans le monde arabe, et sert d'intermédiaire pendant la préparation du coup d'État.

Car depuis le début du mois, un complot a été organisé par plusieurs officiers iraniens loyalistes, menés par le colonel Ayat Mohagheghi et le lieutenant Saeed Mehdiyoun, dans le but de renverser Khomeini et Bani-Sadr. Il est prévu que des parachutistes décollent de la base aérienne Shahrokhi/Nojeh à Hamedan, dans la nuit du 9 au , avant d'être soutenus par une force extérieure (en l'occurrence l'Irak), pour gagner la capitale. Les putschistes prévoient de bombarder plusieurs centres importants de Téhéran, dont la résidence de Khomeini. Le Parlement et les centres de la radio et de la télévision nationales doivent être pris d'assaut et de nombreux responsables de la République islamique arrêtés[268]. Cette ambitieuse opération a pour nom de code Nojeh (d'après le nom de la base). Les officiers iraniens sont coordonnés par Chapour Bakhtiar, qui a fui en France lors de la prise de pouvoir par Khomeini, mais opère depuis Bagdad et Souleimaniye au moment de la rencontre entre Brzezinski et Hussein.
Cependant, Khomeini est informé de l'opération Nojeh par des agents soviétiques[267] en France et en Amérique latine. La plupart des parachutistes sont arrêtés lors de leur arrivée sur la base par le régime, et plusieurs centaines le sont ensuite. Ultérieurement jugés, la grande partie des cadres militaires, dont Mohagheghi et Mehdiyoun, seront exécutés[269]. Chapour Bakhtiar trouve asile en France, où il fonde un parti d'opposition et sera assassiné en 1991[270], après une première tentative d'assassinat en juillet 1980, quelques jours après l'échec de l'opération Nojeh[271].
Certains aspects de ce putsch avorté restent encore obscurs, et aucune donnée précise n'est disponible quant au nombre de personnes arrêtées ou exécutées. Le nombre de conspirateurs et leurs identités sont également mystérieuses, certaines sources ayant évoqué des religieux soutenant le coup d'État. L'implication de pays étrangers dans ce complot demeure également sujette à caution. Même les conditions de révélation du coup d'État de Nojeh restent floues et ambiguës[268].
Évincement de la gauche
[modifier | modifier le code]Début 1981, une tentative de Khomeini visant à réconcilier Bani-Sadr et les dirigeants du PRI échoue[272], et Bani-Sadr devient désormais le point de ralliement « de tous les sceptiques et dissidents » hostiles à la théocratie, y compris l'OMPI[273]. Cette tentative d'alliance de Bani-Sadr avec les Moudjahedines du peuple déclenche sa destitution : le Parlement vote contre lui la défiance en juin 1981. Lorsque les dirigeants du Front national appellent à manifester en faveur de Bani-Sadr en juin 1981, Khomeini menace ces responsables de la peine de mort pour apostasie « s'ils ne se repentaient pas »[274]. Les dirigeants du Mouvement de libération de l'Iran sont alors contraints de présenter publiquement des excuses pour avoir soutenu l'appel du Front[274]. Les participants au rassemblement sont également menacés par des membres du Hezbollah et des Gardiens de la révolution, puis intimidés jusqu'au silence[275].

Le 28 juin 1981, un attentat à la bombe contre le siège du PRI tue environ 70 hauts responsables, membres du gouvernement et parlementaires, dont l'ayatollah Mohammad Beheshti, secrétaire général du parti et chef du système judiciaire de la République islamique. S'ouvre alors un règne de terreur : de nombreux opposants, partisans de Bani Sadr, marxistes et membres de l'OMPI sont désignés comme responsables[276]. Le gouvernement procède à des milliers d'arrestations et à des centaines d'exécutions visant les membres et sympathisants des Moudjahidines du peuple[277]. Bani-Sadr et Massoud Rajavi, le dirigeant des Moudjahedines, s'enfuient pour Paris[29]. Le même mois, la réforme du système judiciaire fait reposer le Code pénal sur une interprétation littéraliste de la loi islamique[276].
Malgré les assassinats politiques perpétrés[278], dont celui du 30 août 1981 qui tue le nouveau président iranien Mohammad-Ali Rajai et le Premier ministre Mohammad-Javad Bahonar, le soulèvement populaire et la lutte armée contre les partisans de Khomeini sont écrasés. En 1982, Karim Sanjabi, chef du Front national, fuit en France puis aux États-Unis[279].
Massacres de 1981-1982
[modifier | modifier le code]Les attaques menées contre le pouvoir islamique déchaînent sa violence répressive : entre juin 1981 et mars 1982, le régime théocratique commet le plus grand massacre politique de l'histoire de l'Iran, ciblant communistes, socialistes, sociaux-démocrates, libéraux, monarchistes, islamistes modérés et membres de la foi baha'ie dans le cadre de la Révolution culturelle iranienne, dans le but de « purifier » la société iranienne de tout élément non islamique[280]. Pour cette période, Amnesty International a recensé 2 946 exécutions, tandis que plusieurs milliers d'autres personnes ont été tuées lors des deux années suivantes selon les Moudjahidines du peuple iranien[281].
Dans les années 2020, le collectif Rastyad a vérifié l'identité de plus de 3 400 dissidents politiques exécutés entre juin 1981 et mars 1982[282],[283]. Ces dissidents ont été condamnés à mort par les tribunaux révolutionnaires islamiques lors de procès expéditifs organisés dans plus de 85 villes du pays, sur la base de chefs d'accusations tels que la « propagation de la corruption sur Terre » (mofsed fi’l arz), l'espionnage, le terrorisme ou la « guerre contre Dieu » (mohareb ba choda)[280]. La plupart des victimes du massacre de 1981 étaient de jeunes militants âgés de 11 à 24 ans, soit des lycéens, soit de jeunes diplômés d'universités iraniennes ou étrangères. Durant ce massacre, des centaines de mineurs ont également subi des détentions arbitraires, des actes de torture et des exécutions sommaires ordonnés par les tribunaux révolutionnaires, également sur la base d'accusations idéologiques de mofsed fi’l arz et de mohareb[280],[282],[284].
En juillet 2024, le rapporteur spécial a publié un rapport majeur de l'ONU sur les massacres de 1981-1982, qualifiant les atrocités commises à l'époque de génocide et de crimes contre l'humanité. Dans ce rapport, le rapporteur a appelé à la mise en place d'un mécanisme international et indépendant pour établir les responsabilités[285].
Le parti républicain du peuple islamique
[modifier | modifier le code]
Dès décembre 1979, le parti islamique modéré, le Parti républicain du peuple musulman (MPRP), et son chef spirituel, le grand ayatollah Mohammad Kazem Shariatmadari, sont devenus un point de ralliement pour les Iraniens aspirant à la démocratie plutôt qu'à la théocratie[286]. En janvier 1980, après que ce dernier se soit publiquement opposé à Khomeini et n'ait été placé en résidence surveillé, des émeutes éclatent dans la région d'origine azerbaïdjanaise de Shariatmadari : des membres du MPRP et les partisans de ce dernier prennent le contrôle de la station de télévision de Tabriz pour « diffuser leurs revendications et leurs doléances ». Le régime réagit en envoyant les Gardiens de la révolution pour reprendre la station, mais aussi des médiateurs pour apaiser les mécontentements, ainsi que des militants pour organiser une contre-manifestation massive en faveur de Khomeini[287]. Le parti se retrouve réprimé[286] tandis que Shariatmadari appelle à l'apaisement. Quelques mois plus tard, Shariatmadari aurait fait partie des religieux ayant soutenu le coup d'État Nojeh, une information qui reste à confirmer[268].

En avril 1982, un fidèle de Khomeini de l'époque de l'exil en France tombé en disgrâce, Sadegh Ghotbzadeh, ministre des Affaires étrangères de 1979 à 1980, est arrêté, accusé d'avoir participé à un "complot" contre Khomeini et le régime islamique[288]. Ghotbzadeh aurait déclaré sous la torture que Shariatmadari était également impliqué dans le complot, ce qui mène à l'arrestation du grand ayatollah et à celle de son beau-fils[289]. Interrogé, poussé aux aveux puis à l'allégeance et même molesté[290], Shariat-Madari est défroqué et « rétrogradé » de son rang de grand ayatollah dans l'été, sur l'avis de religieux gagnés à la cause du Guide suprême[291],[292], ce qui est sans précédent, Khomeini s'autorisant un droite de regard sur les hautes autorités religieuses du pays afin d'éliminer ses opposants religieux, ce qu'aucun des chahs Pahlavi ne s'étaient permis[293].
Tandis que Ghotbzadeh sera exécuté en septembre 1982[288], l'ex-grand ayatollah Shariat-Madari restera en maison d'arrêt jusqu'à sa mort en 1986[294]. Dans les temps qui suivent son arrestation, nombre de ses partisans issus du clergé sont également écartés lors d'une purge[292].
Impact
[modifier | modifier le code]Guerre Iran-Irak
[modifier | modifier le code]En septembre 1980, l'Irak, soutenu financièrement et militairement par les autres pays arabes, puis par les États-Unis et les pays occidentaux, envahit l'Iran avec l'espoir de détruire la révolution naissante et de s'emparer de la province, riche en pétrole, du Khuzistan[29]. Ceci marque le début de la Guerre Iran-Irak qui fera perdre énormément de vies humaines et de ressources aux deux pays (environ 500 000 morts, dont 300 000 du côté iranien)[29]. L'Iran bénéficie de l'appui direct de la Syrie et de la Libye et indirect de l'URSS qui coupe temporairement ses livraisons d'armes à l'Irak dès le début de l'agression.

En dépit des importantes purges effectuées par Khomeini au sein de l'armée, l'Iran est nettement plus forte et organisée que ne le pense Saddam Hussein. L'invasion par l'Irak a rassemblé les Iraniens derrière le nouveau régime, les différends du passé sont oubliés face à la menace extérieure. Pour ceux qui restent opposés au nouveau régime, principalement les groupes d'extrême gauche, la guerre est un prétexte pour les soumettre à des traitements aussi brutaux que la torture et les emprisonnements illégaux, comme au temps du shah. La répression durera tout au long de la guerre, pour culminer en 1988, l'année où elle se termine. Alors qu'en 1982 l'Irak de Saddam est prêt à déposer les armes[295], l'armée iranienne relance la guerre dans l'espoir d'exporter la révolution en Irak. Une guerre d'usure commence, marquée par l'utilisation d'armes chimiques par l'armée irakienne dès 1984. En 1988, alors que l'Iran est épuisé et craint de nouvelle utilisations d'armes chimiques, et que l'Irak cherche également à signer la paix, l'Iran accepte la résolution 598 du conseil de sécurité de l'ONU, et la guerre s'arrête[295].
Si l'Irak, à l'issue de la guerre Iran-Irak, ne réussit pas à défaire la révolution islamique, celle-ci ne parvient pas non plus à s'exporter. La guerre atteint donc une partie de ses objectifs puisque les populations chiites d'Irak et des pays du golfe Persique n'embrassent pas le nouveau modèle, même s'ils sympathisent avec lui.
Dans les pays voisins
[modifier | modifier le code]Les chefs de l'Irak, du Koweït, de l'Arabie saoudite et des autres États du golfe Persique sont dérangés par la Révolution iranienne, car elle exalte les minorités chiites de leurs pays (sauf en Irak et à Bahreïn où les chiites sont déjà majoritaires) contre l'hégémonie sunnite, ce qui crée une situation susceptible de mener à une guerre interconfessionnelle. L'Iran de Khomeini appelle à la justice sociale au Moyen-Orient et à la fin de la corruption parmi les gouvernements de la région et dans le monde en général. Le nouveau gouvernement d'Iran apporte son soutien à la population noire d'Afrique du Sud, aux nations en voie de développement en Afrique, à Cuba et à l'OLP. Les livraisons de pétrole en direction d'Israël et de l'Afrique du Sud sont coupées dès le début de la révolution. L'Iran se déclare pays non aligné, s'opposant à la fois à la domination américaine et à la domination soviétique. L'émergence d'une théocratie radicale dominée par des chiites effraie nombre de ses voisins arabes sunnites.
Au Liban
[modifier | modifier le code]C'est lors de la guerre civile au Liban que se développe l'influence iranienne. Le Hezbollah devient un allié proche des Iraniens, ne se mêlant pas des combats entre factions libanaises pour consacrer la majorité de ses efforts à se battre contre les Israéliens. Le soutien de l'Iran à un groupe considéré comme terroriste (comme le Hezbollah) est à l'origine de la mise à l'écart de la République islamique par la communauté internationale.
En Iran
[modifier | modifier le code]A l'intérieur du pays, les regards sur la révolution de 1979 divergent[296]. Pour certains, ce fut « l'événement le plus marquant, le plus porteur d'espoir et le plus profond de toute l'histoire islamique contemporaine »[297], tandis que d'autres Iraniens estiment que la révolution fut une période où « nous avons tous perdu la raison pendant quelques années »[298] et qui « nous a promis le paradis, mais... a créé un enfer sur terre »[299].

Sur le plan intérieur, l'Iran a connu un certain succès dans la promotion de l'islam par le gouvernement ainsi que dans l'élimination du sécularisme et de l'influence américaine au sein de l'État à long terme. Cependant certains sujets tels que les libertés politiques, l'honnêteté et l'efficacité du gouvernement, les égalités économiques et l'autosuffisance, voire la ferveur religieuse de la population ont été remises en question[300],[301]. A partir des années 2000, les sondages et les observateurs font état d'un mécontentement généralisé, incluant un « fossé » entre la génération révolutionnaire et les jeunes Iraniens, pour qui il est « impossible de comprendre ce qui passionnait tant leurs parents »[302]. À l'occasion du 40e anniversaire de la révolution, quelque 50 000 prisonniers ont bénéficié d'une mesure de "clémence islamique" sur ordre du Guide Suprême Ali Khamenei[303], qui a succédé à Khomeini à sa mort en 1989. De nombreuses minorités religieuses, telles que les bahaïs[304], les chrétiens, les juifs et les zoroastriens, ont dû fuir l'Iran depuis la révolution islamique de 1979[305],[306].
Le taux d'alphabétisation a continué de progresser sous la République islamique[307]. En 2002, le taux d'analphabétisme avait chuté de plus de moitié[308]. Les taux de mortalité maternelle et infantile ont également été considérablement réduits[309]. La croissance démographique, d'abord encouragée, a été découragée après 1988[310]. Dans l'ensemble, l'indice de développement humain (IDH) de l'Iran a nettement progressé, passant de 0,569 en 1980 à 0,732 en 2002, se hissant ainsi au même niveau que la Turquie voisine[311]. Dans le classement de l'IDH de 2017, toutefois, l'Iran a depuis chuté de huit places en dessous de la Turquie[312].
Rétrospectives
[modifier | modifier le code]Réactions occidentales
[modifier | modifier le code]Au lendemain du retour de Khomeini, les Américains se seraient d'abord voulus pragmatiques. Le 2 février 1979, Zbigniew Brzezinski assure à Jimmy Carter :
« Il ne faut pas généraliser à outrance le cas iranien… Les mouvements de renouveau islamique ne déferleront pas sur le Moyen-Orient, et il est très peu probable qu’ils se transforment en vague à l’avenir. »[313]
Une réunion des ministres des Affaires étrangères de l'OTAN se tient à Bruxelles le 21 février 1979. Sur la situation en Iran, un consensus se dégage :
« Pour le moment, il ne reste plus qu’à soutenir Khomeiny et le gouvernement de Bazargan avec pragmatisme et discrétion. Seul Khomeiny dispose d’une base populaire suffisamment large. Toute autre solution serait pire pour l’Occident dans les circonstances actuelles. »[314]
Malgré ces précautions, les relations irano-américaines s'effondrèrent totalement après la crise des otages. Dans ses mémoires, l'ancien ambassadeur britannique en Iran, Anthony Parsons (en), estime que les bouleversements politiques iraniens de 1979 n'étaient pas une révolution, mais plutôt une contre-révolution.
Depuis le XVIe siècle, l’Iran n’a connu qu’une seule révolution, celle de Reza Shah Pahlavi, poursuivie par son fils Mohammad Reza Shah Pahlavi. Si l’on définit la révolution comme la destruction des structures sociales existantes et la construction d’une société nouvelle, différente de la précédente, alors c’est précisément ce qu’a fait Reza Shah. Khomeiny, quant à lui, s’est contenté de restaurer les deux centres de pouvoir qui dominaient la société iranienne depuis des siècles : la hiérarchie du clergé chiite et les marchands du bazar. La nouvelle constitution est bien plus réactionnaire que celle de 1906. Les structures administratives et économiques modernes mises en place par les Pahlavi ont été ébranlées jusque dans leurs fondements[315].
Soutien étranger à la révolution islamique
[modifier | modifier le code]
Organisation de libération de la Palestine (OLP)
[modifier | modifier le code]Des rumeurs circulèrent très vite quant à une éventuelle coopération entre les partisans de Khomeiny et l'organisation de libération de la Palestine (OLP), notamment lors du Vendredi Noir, le 8 septembre 1978. Des témoins oculaires affirmèrent en effet que des miliciens palestiniens étaient responsables de la tuerie. Des snipers postés sur les toits des immeubles environnants de la place Jaleh à Téhéran auraient été les premiers à ouvrir le feu, d'abord sur les manifestants, puis sur les soldats, de sorte à créer un bain de sang et à incriminer ensuite le régime pour cette répression de manifestants désarmés[316],[317]. Cette présence de snipers semble également attestée par le régime islamique, mais selon cette version officielle il ne s'agissait que d’autres soldats impériaux postés là pour avoir de meilleurs angles de tir et piéger l’arrière du cortège des manifestants[318].
L'ayatollah Khomeini et Yasser Arafat, le chef de l'OLP, se connaissent depuis le début des années 1970, rapprochés notamment par leur discours antisioniste. Plusieurs fidèles partisans de Khomeini se formèrent aux côtés des soldats de l'OLP dans les camps palestiniens de la plaine de la Bekaa, au Liban, entre 1973 et 1979. Retournés en Iran après la victoire de la Révolution, ils n'auraient cependant été qu'une dizaine[319]. Lors de sa visite à Téhéran le 17 février 1979, Arafat félicite Khomeini pour sa victoire sur le régime du chah, et déclare que « la route de la Palestine passe désormais par l'Iran »[320].
L’importance de la relation entre Khomeiny et Arafat fut également illustrée par une rencontre d'Arafat avec le président du SPD, Willy Brandt, et le chancelier autrichien Bruno Kreisky à Vienne le 13 juillet 1979, au cours de laquelle il fut demandé à Arafat d’intercéder auprès de Khomeiny en faveur de la communauté juive iranienne. Selon une note d'un conseiller de la légation, Schenk, Arafat accéda à cette requête et la communauté juive évita les persécutions[321].
Syrie
[modifier | modifier le code]Lors d'une conversation à Damas le 27 août 1979 entre le ministre syrien des Affaires étrangères de l'époque, Abd al-Halim Khaddam, et son homologue allemand, Hans-Dietrich Genscher, Khaddam admit, en réponse à une question sur la situation en Iran :
« La Syrie avait entretenu des contacts avec les révolutionnaires pendant neuf ans. Nous avons apporté un certain soutien à la révolution. Nous étions certains qu’elle aurait lieu. Selon notre analyse, la révolution devait être soit communiste et marxiste, soit nationale et religieuse. […] La situation de l'Iran nous concerne dans les deux cas. Ce qui explique notre intérêt. »[321]
Khaddam s'est ensuite exprimé sans détour sur la poursuite de la coopération entre l'Iran et la Syrie, révélant que son pays avait accepté de coopérer avec eux dans plusieurs domaines, sans les préciser. Il affirma également qu'il ne faisait aucun doute que l'autorité de l'État appartenait à Khomeini[321].
Sur les acteurs de la révolution
[modifier | modifier le code]Dans le livre-enquête intitulé Paris-Téhéran, le grand dévoilement, sous-titré 50 ans de falsification française sur l'Iran - La vérité sur hier, aujourd'hui et demain et publié en 2026, les auteurs Emmanuel Razavi et Jean-Marie Montali, spécialistes de l'Iran, révèlent la désinformation et la diffamation à l'égard de Mohammad Reza Chah, les manipulations du KGB, de l'Organisation de libération de la Palestine, puis des internationales progressiste et islamiste ainsi que de leurs relais en France jusqu'à leurs héritiers contemporains perpétuant cette falsification de la vérité. Ils critiquent également l'aveuglement et le soutien admiratif d'une partie d'intellectuels de la « gauche radicale » française à Khomeini, alors en exil en France, quand couvait le feu de la révolution en Iran et malgré la politique sanguinaire envisagée dans les écrits publiés par l'ayatollah, notamment sur son mépris de la démocratie, des femmes ou des homosexuels, tout en tenant oralement un autre discours mystificateur. Parmi eux, sont cités les philosophes Jean-Paul Sartre et Michel Foucault[251],[322],[323].
Sur le rôle du Front national, qui participa à la révolution aux côtés de Khomeini, le politologue Masoud Kazenzadeh invite à ne pas tomber dans le « présentisme », biais qui consiste à juger du passé en fonction d'informations que les acteurs de l'époque n'avaient pas[46]. Il est vrai que Khomeini avait décrit sa doctrine, qui fait peu de cas de la démocratie, dans ses cours à Najaf et dans ses différents ouvrages, que les journalistes occidentaux de l'époque avoueront n'avoir jamais lus[150]. Mais dans ses discours publics, il sait rester ambigu afin de ne s'aliéner aucune des parties présentes dans le mouvement révolutionnaire[324]. Il évite soigneusement l'usage de l'expression velayat-e faqih[324]. Il parle, de manière vague, de « gouvernement islamique »[325]. À Paris, il emploie même le terme de démocratie[326]. Son entourage va jusqu'à nier qu'il soit l'auteur du livre Velayat-e faqih[324]. C'est pourquoi nombre d'Iraniens ont cru voir en lui le rassembleur qu'ils espéraient. Beaucoup sont rapidement déçus. Ainsi, Anwar Mir Satari, qui était pourtant dans les prisons du shah en 1979, affirme en 1986 : « Khomeini a trompé le peuple »[327]. Certains ont vite compris que la révolution allait remplacer « une autocratie militaire par une théocratie dogmatique »[13].
La mise en cause de Sartre est qualifiée de malhonnête par Yann Lagarde[328], bien que Sartre ait été un grand ami d'Ali Shariati, précurseur de la révolution islamique[329].
Galerie
[modifier | modifier le code]- Manifestations du 8 septembre 1978 à Téhéran.
- L'ayatollah Ali Khamenei, lors d'une manifestation révolutionnaire à Mashhad.
- Le shah en visite auprès du cabinet du Premier ministre iranien Chapour Bakhtiar, avant son départ d'Iran.
- Des gens célèbrent le départ du shah dans les rues de Téhéran.
- Déboulonnement de la statue du shah par des révolutionnaires à l'université de Téhéran.
- L'ayatollah Khomeini à l'aéroport de Mehrabad à Téhéran.
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Témoignages, mémoires et points de vue politiques
- Serge Bricianer, Une étincelle dans la nuit – Sur la révolution iranienne 1978-1979, Ab irato éditions, 2005, (ISBN 978-2-911917-48-6)
- Daniel Clairvaux, Iran la contre-révolution islamique, Paris, L'Harmattan, 2013.
- (en) Habib Ladjevardi, Memoirs of Shapour Bakhtiar, Harvard University Press, 1996.
- Houchang Nahavandi, La révolution iranienne. Vérité et mensonges, L'Âge d'Homme, Lausanne, 1999
- (en) Mohammad Reza Pahlavi, Response to History, Stein & Day Pub, 1980, (ISBN 0-8128-2755-4)
- (en) Time magazine, . Man of the Year. [Ayatollah Khomeini]
- (en) Département d'État des États-Unis, American Foreign Policy Basic Documents, 1977-1980. Washington, DC: GPO, 1983. [JX 1417 A56 1977-80 REF - 67 pages sur l'Iran]
- Iman Ansari et Patrick Germain, Entretiens avec le prince Gholam-Reza Pahlavi, Éditions Normant, 2004 (ISBN 2-915685-06-1)
- Marjane Satrapi, Persepolis, (séries de bandes dessinés entre 2000 et 2003 et un long métrage en 2007)
- Maryam Madjidi, Marx et la Poupée, éditions Le nouvel Attila, 2017.
- Sébastien Quéré, 1979 : une révolution de l’histoire, Perspectives Libres, 2025.
- Études historiques
- (en) Ervand Abrahamian, Iran between two revolutions, Princeton University Press, (lire en ligne)
- (en) Gholam Reza Afkhami, The Life and Times of the Shah, University of California Press, (lire en ligne)
- (en) Haleh Afshar, Iran: A Revolution in Turmoil, Albany, SUNY Press, 1985, (ISBN 0-333-36947-5)
- Yves Bomati et Houchang Nahavandi, Mohammad Réza Pahlavi, le dernier shah, 1919-1980, Perrin, (ISBN 978-2-262-03587-7)
- (en) Günter Barthel, Iran: From Monarchy to Republic, Berlin, Akademie-Verlag, 1983
- (en) Daniel, Elton L., The History of Iran, Westport (CT), Greenwood Press, 2000, (ISBN 0-313-30731-8)
- (en) John L. Esposito, The Iranian Revolution: Its Global Impact, Miami, Florida International University Press, 1990, (ISBN 0-8130-0998-7)
- (en) David Harris, The Crisis: The President, the Prophet, and the Shah -- 1979 and the Coming of Militant Islam, New York & Boston: Little, Brown & Co, 2004, (ISBN 0-316-32394-2)
- (en) Dilip Hiro, Holy Wars: The Rise of Islamic Fundamentalism, New York, Routledge, 1989, (ISBN 0-415-90208-8) (Chap. 6 : Iran: Revolutionary Fundamentalism in Power.)
- Ramine Kamrane, Iran, l’islamisme dans l’impasse, Buchet-Chastel, Paris, 2003, 159 p. (ISBN 2-283-01976-1)
- Ryszard Kapuściński, Le Shah ou la démesure du pouvoir, traduit de l'anglais par Dennis Collins, Éditions 10-18, 1994. (ISBN 2-264-02086-5)
- (en) Ryszard Kapuściński, Shah of Shahs. traduit du polonais par William R. Brand et Katarzyna Mroczkowska-Brand, New York, Vintage International, 1992.
- Marc Kravetz, Iranonox, Grasset, 1982.
- (en) Charles Kurzman, The Unthinkable Revolution in Iran, Cambridge, MA & Londres, Harvard University Press,
- (en) Colin Legum, et al., Middle East Contemporary Survey vol. III : « 1978-79 », New York, Holmes & Meier Publishers, 1980.
- (en) Abbas Milani, The Persian Sphinx : Amir Abbas Hoveyda and the Riddle of the Iranian Revolution, Mage Publishers, 2000, (ISBN 0-934211-61-2)
- (en) Abbas Milani, The Shah, St. Martin's Press, (ISBN 0-230115-62-4)
- (en) Henry Jr. Munson, Islam and Revolution in the Middle East, New Haven, Yale University Press, 1988.
- (en) Ali-Reza Nobari, Iran Erupts: Independence: News and Analysis of the Iranian National Movement. Stanford: Iran-America Documentation Group, 1978
- Bahman Nirumand, Iran : vers le désastre ?, trad. de l'allemand par Olivier Mannoni, Actes Sud, 2007
- Christian et Pierre Pahlavi, Le Marécage des ayatollahs : Une histoire de la Révolution iranienne, Perrin, 2015
- (en) Saeed Rahnema & Sohrab Behdad, Iran After the Revolution : Crisis of an Islamic State, Londres, I.B. Tauris, 1995.
- Emmanuel Razavi et Jean-Marie Montali, Paris-Téhéran, le grand dévoilement : 50 ans de falsification française sur l'Iran - La vérité sur hier, aujourd'hui et demain, éd. du Cerf, 2026, (ISBN 9782204175890)
- (en) Gary Sick, All Fall Down: America's Tragic Encounter with Iran New York, Penguin Books, 1986
- (en) William Shawcross, The Shah's last ride: The death of an ally, Touchstone, 1989, (ISBN 0-671-68745-X)
- (en) Frank E. Smith, The Iranian Revolution. 1998
- (en) Amir Taheri, The Spirit of Allah ; Khomeini and the Islamic Revolution, Hutchinson, (ISBN 978-0-917-56104-7, lire en ligne)
- François Thual, Géopolitique du chiisme, Paris, Arléa, 1995, réédité en 2002.
- (en) Society for Iranian Studies, Iranian Revolution in Perspective. Special volume of Iranian Studies, 1980, vol. 13, no 1-4
- (en) M.E. Yapp, The Near East Since the First World War: A History to 1995. Londres, Longman, 1996, chap. 13 : « Iran, 1960-1989 »
Articles connexes
[modifier | modifier le code]- Assassinats et terrorisme en Iran
- Journée de la république islamique d’Iran
- Décade de Fajr
- Organisation des moudjahiddines du peuple iranien
- Gouvernement provisoire de l'Iran
- Révolution constitutionnelle persane
- Révolution blanche
- Liste des dirigeants de la Perse et de l'Iran
- Deuxième choc pétrolier
- Histoire de l'Iran
- Jihad de construction
- Postislamisme
- Velayat-e-faqih
- Komala
- 'Alî Sharî'atî, Mostafa Khomeini
- Mahommed Mofatteh
- Jimmy Carter, Ronald Reagan
- Mohammad Reza Pahlavi, Rouhollah Khomeini
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ « 16 janvier 1979 : Le shah d’Iran s’enfuit de Téhéran », (consulté le ).
- ↑ « Épisode 7/10 : 1er février 1979, le retour gagnant de l’ayatollah Khomeyni », (consulté le ).
- ↑ « Iran », (consulté le )
- ↑ Farhad Khosrokhavar et Azadeh Kian, « Iran, 1979 : Attentes et contradictions d’une révolution », dans Une histoire globale des révolutions, La Découverte, , 588–608 p. (ISBN 978-2-348-05934-6, DOI 10.3917/dec.banti.2023.02.0588, lire en ligne)
- ↑ Bernard Hourcade, « Iran 1979. Une révolution qui a ébranlé le monde », Orient XXI, (lire en ligne)
- ↑ « Retour d'exil de l'ayatollah Rouhollah Khomeiny | Evenements | Perspective Monde », sur perspective.usherbrooke.ca (consulté le )
- ↑ Négâh, « Nehzat-é tanbâkou, la protestation contre le tabac (1890-1892) », sur Négâh, (consulté le )
- ↑ « De l’Iran des ayatollahs à l’État islamique : comment 1979 a sonné le réveil de l’islamisme », sur Le Figaro, (consulté le )
- 1 2 (en) Yunos Kojuri Gashniani, Ali Bagheri Dolatabadi et Abouzar Fattahizadeh, « The Role of the Clergy in the Establishment and Consolidation of Pahlavi I (1925–1941) », Iranian Studies, vol. 57, no 1, , p. 143–163 (ISSN 0021-0862 et 1475-4819, DOI 10.1017/irn.2023.53, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Yann Richard, « Intellectuels iraniens de l'entre-deux-guerres », Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée, Publications de l'Université de Provence, nos 95-98, , p. 407–420 (ISSN 0997-1327, DOI 10.4000/remmm.242, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) Roy P. Mottahedeh, The Mantle of the Prophet: Religion and Politics in Iran, Oneworld Publications, (ISBN 978-1-85168-616-2, lire en ligne)
- ↑ « The Tudeh Party and Iran’s Cultural Exchanges with the Soviet Union | Association for Iranian Studies (AIS) | انجمن ایران پژوهی », sur associationforiranianstudies.org (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 7 8 Ervand Abrahamian, « Iran in Revolution: The Opposition Forces », MERIP Reports, nos 75/76, , p. 3–8 (ISSN 0047-7265, DOI 10.2307/3012310, lire en ligne, consulté le )
- 1 2 « Religions et gestion de la violence - L'entrée dans le jeu politique », sur hemed.univ-lemans.fr (consulté le )
- ↑ Osamu Miyata, « The Tudeh military network during the oil nationalization period », Middle Eastern Studies, Routledge, vol. 23, no 3, , p. 313–328 (ISSN 0026-3206, DOI 10.1080/00263208708700709, lire en ligne, consulté le )
- ↑ « LE PRÉSIDENT TRUMAN INVITE M. MOSSADEGH à recevoir une délégation britannique », Le Monde, (ISSN 1950-6244, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Kamrouz Pirouz, « The Truman-Churchill Proposal to Resolve the Iran-U.k. Oil Nationalization Dispute », Comparative Studies of South Asia, Africa and the Middle East, vol. 28, no 3, , p. 487–494 (ISSN 1089-201X, DOI 10.1215/1089201x-2008-027, lire en ligne, consulté le )
- ↑ A laquelle a participé Rouhollah Khomeini en tant que soutien du chah, au nom de l'ayatollah Kashani.
- ↑ Bomati et Nahavandi 2013, p. 185.
- ↑ Bomati et Nahavandi 2013, p. 208-209.
- ↑ Bomati et Nahavandi 2013, p. 229-230.
- ↑ « 19 août 1953 - Renversement de Mossadegh en Iran - Herodote.net », sur www.herodote.net (consulté le )
- ↑ Firouzeh Nahavandi (préf. claude javeau), Aux sources de la révolution iranienne, Paris/Budapest/Kinshasa etc., Éditions L'Harmattan, coll. « Comprendre le Moyen-Orient », , 41 p. (ISBN 2-296-00001-0, EAN 5552296000011), p. 50-54
- ↑ (en-US) Saeid Rezvani, « AKHAVAN-E SALESS, MEHDI », sur Encyclopaedia Iranica, (consulté le )
- ↑ A l'époque il n'existe que trois partis politique officiels : le parti du Peuple, le parti Nationaliste et le parti du Nouvel Iran, tous alignés sur le pouvoir impérial.
- ↑ Milani 2011, p. 221-223.
- 1 2 3 4 (en) Muhammad Sahimi, « The Nationalist-Religious Movement | Part 1: Patriots and Mosaddeghists », sur FRONTLINE - Tehran Bureau, (consulté le )
- ↑ « Le chef religieux Khomenei est exilé », Le Monde, (lire en ligne)
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 Yann Richard, « La prise de pouvoir par l'ayatollah Khomeyni », Les collections de L'Histoire, no 42, , p. 74-85
- 1 2 3 (en) Ervand Abrahamian, Iran between two revolutions, Princeton University Press, (ISBN 978-0-691-10134-7, lire en ligne), p. 497
- ↑ (en) TIME, « IRAN: The Shah's Divided Land », sur TIME, (consulté le )
- ↑ Bomati et Nahavandi 2013, p. 419.
- ↑ Afkhami 2009, p. 488.
- 1 2 (en-US) « Dictators and civilizational thinking in Iran: From the Great Civilization to Islamic Civilization », sur Middle East Institute (consulté le )
- ↑ Bomati et Nahavandi 2013, p. 422.
- ↑ Bomati et Nahavandi 2013, p. 316.
- 1 2 (en) « White Revolution (Iran) | History, Significance, & Effects », Encyclopedia Britannica, (lire en ligne [archive du ], consulté le )
- ↑ Abrahamian 1983, p. 429.
- ↑ Abrahamian 1983, p. 434-435.
- ↑ Abrahamian 1983, p. 446-448.
- ↑ Abrahamian 2008.
- ↑ (en) Siavash Saffari, Beyond Shariati : modernity, cosmopolitanism, and Islam in Iranian political thought, Cambridge, Cambridge University Press, (ISBN 978-1-316-75371-2, 978-1-316-74792-6 et 978-1-316-68696-6, lire en ligne), p. 9
- ↑ (en) Ali Rahnema, An Islamic Utopian - A Political Biography Of Ali Shari'ati, I.B. tauris, (lire en ligne), p. 326
- ↑ Jean-Pierre Digard, Bernard Hourcade et Yann Richard, L'Iran au XXe siècle, Fayard, 1996, p. 155.
- ↑ Abrahamian 1983, p. 375 et suivantes.
- 1 2 3 4 5 6 (en) Masoud Kazemzadeh, « On the Role of Jebhe Melli During the 1977-79 Revolution | Iranian.com », sur iranian.com, (consulté le )
- ↑ Abrahamian 1983, p. 478-479 et 532.
- 1 2 Djavab Alamir, « Un groupe de guérilleros passerait actuellement en jugement », Le Monde, (lire en ligne)
- 1 2 3 (en) Ervand Abrahamian, Iran between two revolutions, Princeton, N. J., Princeton University Press, , 561 p. (ISBN 0-691-05342-1, 978-0-691-05342-4 et 0-691-00790-X, OCLC 7975938), chap. 10
- ↑ (en) Ziba Mir-Hosseini et Richard Tapper, Islam and democracy in Iran : Eshkevari and the quest for reform, London ; New York, I.B. Tauris, (ISBN 978-1-84511-133-5 et 978-1-84511-134-2, lire en ligne), p. 15
- ↑ Cela est également lié au fait que le chah fasse de la lutte contre la corruption et de la pluralité politique des objectifs proclamés de sa « Grande Civilisation »
- ↑ Bomati et Nahavandi 2013, p. 424-425.
- ↑ Afkhami 2009, p. 402.
- ↑ Salomé Michel, La monarchie pahlavie entre idéologie et utopie : le parti Rastākhiz et la quête d'une Grande Civilisation (1975-1978), (SUDOC 284384011, lire en ligne)
- 1 2 3 Milani 2011, p. 384.
- ↑ Abrahamian 1983, p. 509-510.
- ↑ Abrahamian 1983, p. 498-501.
- ↑ (en) Andrew Scott Cooper, The Fall of Heaven: The Pahlavis and the Final Days of Imperial Iran, Henry Holt and Company, (ISBN 978-1-250-30485-8, lire en ligne), p.238
- ↑ Abrahamian 1983, p. 501-502.
- ↑ (en) Masoud Kazemzadeh, The Iran National Front and the Struggle for Democracy: 1949–Present, Walter de Gruyter, (ISBN 978-3-11-078222-6, lire en ligne), chap. 2 et 4
- ↑ Ali Rahnema, An Islamic Utopian - A Political Biography Of Ali Shari'ati, (lire en ligne)
- ↑ (en) Ali Rahnema, An Islamic Utopian - A Political Biography Of Ali Shari'ati, (lire en ligne), p. 265
- ↑ Abrahamian 1983, p. 466.
- ↑ (en) Ervand Abrahamian, Radical Islam : the Iranian Mojahedin, London, I.B. Tauris, (ISBN 978-1-85043-077-3 et 978-1-85043-083-4, lire en ligne), p. 110
- ↑ Abrahamian 1982, p. 444.
- ↑ (en) Michael M. J. Fischer, Iran: From Religious Dispute to Revolution, Univ of Wisconsin Press, (ISBN 978-0-299-18473-5, lire en ligne), p. 196
- 1 2 Bomati Nahavandi, p. 446-447.
- ↑ Abrahamian 1983, p. 476-479.
- ↑ « کارنامه و استراتژی های «جامعه روحانیت مبارز» », sur hawzah.net (consulté le )
- ↑ (en-US) « CONFEDERATION OF IRANIAN STUDENTS, NATIONAL UNION », sur Encyclopaedia Iranica (consulté le )
- ↑ « Quand les intellectuels français se sentaient iraniens... », sur L'Orient-Le Jour, (consulté le )
- 1 2 Alain Chenal, Les socialistes français et l'Iran (1975-85), Éd. Fondation Jean Jaurès, (ISBN 978-2-36244-034-2, lire en ligne), p.32
- 1 2 MICHEL TATU, « La visite du chah d'Iran est marquée par de violentes manifestations », Le Monde, (ISSN 1950-6244, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Chloé Leprince, « Maintien de l'ordre : le Shah d'Iran, la bande à Baader et la bavure qui transforma la police allemande », sur France Culture, (consulté le )
- ↑ Bomati et Nahavandi 2013, p. 442.
- ↑ « L’Iran et le nucléaire », sur France Inter, (consulté le )
- ↑ « JEAN-PAUL SARTRE CONSTITUE UN COMITÉ pour la défense des prisonniers politiques iraniens », Le Monde, (ISSN 1950-6244, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) « BBC Persian: Love And Hate Relationship With Iran’s Ayatollahs », sur iranwire.com (consulté le )
- ↑ (en-GB) « BBC Radio 4 - Document, BBC Bias and the Iranian Revolution », sur BBC (consulté le )
- ↑ « Why Sadat was prepared to welcome Shah of Iran », Christian Science Monitor, (ISSN 0882-7729, lire en ligne, consulté le )
- ↑ « Iran is an island of stability in one of the most troublesome regions of the world » déclare Jimmy Carter le 31 décembre 1977 (Sahimi. The Nationalist-Religious Movement | Part 2)
- ↑ (en) Noura al-Mazrouei, « Disputed Islands between UAE and Iran: Abu Musa, Greater Tunb, and Lesser Tunb in the Strait of Hormuz », Gulf Research Centre Cambridge 2, (lire en ligne)
- ↑ (en-US) « The shah’s arsenal: How US arms policy helped weaken his rule? », sur www.noonpost.com, (consulté le )
- ↑ (en) « Brief History », sur Organization of the Petroleum Exporting Countries (consulté le )
- 1 2 Bomati et Nahavandi 2013, p. 417-418.
- ↑ Milani 2011, p. 334-335.
- ↑ Milani 2011, p. 310.
- ↑ Abrahamian 1983, p. 497 et suivantes.
- ↑ Abrahamian 1983, p. 504.
- 1 2 3 4 5 (en) Masoud Kazemzadeh, The Iran National Front and the Struggle for Democracy: 1949–Present, Walter de Gruyter, (ISBN 978-3-11-078222-6, lire en ligne), chap. 4
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 (en) Muhammad Sahimi, « The Nationalist-Religious Movement | Part 2: The Revolutionary Era », sur FRONTLINE - Tehran Bureau, (consulté le )
- ↑ (en) ByALEX WINSTON, « Why Iran's Shah declined Iraq's Saddam Hussein's bid to kill Khomeini | The Jerusalem Post », sur The Jerusalem Post | JPost.com, (consulté le )
- ↑ Bomati et Nahavandi 2013, p. 446.
- ↑ Milani 2011, p. 464.
- 1 2 3 4 (en) Charles Kurzman, « The Qum Protests and the Coming of the Iranian Revolution, 1975 and 1978 », Social Science History, vol. 27, no 3, , p. 287–325 (ISSN 0145-5532 et 1527-8034, DOI 10.1215/01455532-27-3-287, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Abrahamian 1983, p. 505.
- ↑ Kurzman 2004, p. 37.
- ↑ Abrahamian 1983, p. 506.
- 1 2 3 4 5 6 7 8 (en) Michael Axworthy, Revolutionary Iran: A History of the Islamic Republic, Oxford University Press, (ISBN 978-0-19-932226-8, lire en ligne)
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 (en) Michael Axworthy, « Revolutionary Iran: A History of the Islamic Republic », Oxford University Press, (ISBN 978-0-19-932226-8, lire en ligne)
- ↑ Abrahamian 1983, p. 506-507.
- ↑ Abrahamian 1983, p. 507.
- ↑ Abrahamian 1983, p. 508.
- 1 2 Abrahamian 1983, p. 510.
- ↑ (en) Jahangir Amuzegar, Dynamics of the Iranian Revolution: The Pahlavis' Triumph and Tragedy, SUNY Press, (ISBN 978-0-7914-0731-8, lire en ligne), p. 253
- 1 2 3 4 (en-US) Joseph Kraft, « Letter from Iran », The New Yorker, (ISSN 0028-792X, lire en ligne, consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 (en) Desmond Harney, The priest and the king : an eyewitness account of the Islamic revolution, Londres, I. B. Tauris,
- ↑ Milani 2011, p. 403.
- 1 2 Bomati et Nahavandi 2013, p. 456.
- 1 2 3 (en) Michael Eisenstadt, « Iran's Islamic Revolution: Lessons for the Arab Spring of 2011? », The Wahsington Institute, (lire en ligne)
- ↑ (en) Steven F. Hayward, The Age of Reagan: The Fall of the Old Liberal Order: 1964-1980, PRH Christian Publishing, (ISBN 978-0-307-45370-9, lire en ligne)
- ↑ Kurzman 2004, p. 117.
- ↑ Jimmy Internet Archive, Keeping faith : memoirs of a president, Toronto ; New York : Bantam Books, (ISBN 978-0-553-05023-3, lire en ligne), p.438
- 1 2 (en) Abbas Milani, Eminent Persians: The Men and Women Who Made Modern Iran, 1941-1979, Volumes One and Two, Syracuse University Press, (ISBN 978-0-8156-0907-0, lire en ligne)
- ↑ Apparue en Iran au XIXe siècle, le bahaïsme est une minorité religieuse dont les membres sont fréquemment suspectés par le clergé chiite d'être une secte influence. Depuis la révolution, ils font l'objet de fréquentes persécutions.
- ↑ Bomati et Nahavandi 2013, p. 463.
- ↑ (en-US) William Branigan, « Terrorists Kill 377 by Burning Theater in Iran », The Washington Post, (ISSN 0190-8286, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) Sabine Haenni, Sarah Barrow et John White, The Routledge Encyclopedia of Films, Routledge, (ISBN 978-1-317-68261-5, lire en ligne)
- ↑ (en) Manouchehr Ganji, Defying the Iranian Revolution: From a Minister to the Shah to a Leader of Resistance, Bloomsbury Academic, (ISBN 978-0-275-97187-8, lire en ligne)
- 1 2 3 4 5 6 7 Farah Pahlavi, An enduring love, Miramax, (ISBN 978-1-4013-5209-7, lire en ligne)
- 1 2 Milani 2011, p. 473.
- ↑ (en) Abbas Milani, Eminent Persians: The Men and Women Who Made Modern Iran, 1941-1979, Volumes One and Two, Syracuse University Press, (ISBN 978-0-8156-5617-3, lire en ligne), p.78
- 1 2 Abrahamian 1982.
- 1 2 Afkhami 2009, p. 459 & 465.
- ↑ (en) Ali Ansari, Modern Iran, Routledge, , 259 p. (ISBN 978-1-138-13565-9, lire en ligne)
- 1 2 (en) « Monir Taheri: One Person’s Story », sur Abdorrahman Boroumand Center (consulté le )
- 1 2 3 Milani 2011, p. 387.
- ↑ (en) Abbas Milani, Eminent Persians: The Men and Women Who Made Modern Iran, 1941-1979, Volumes One and Two, Syracuse University Press, (ISBN 978-0-8156-5617-3, lire en ligne), p. 305-310
- 1 2 3 4 5 (en-US) Joseph Kraft, « Letter from Iran », The New Yorker, (ISSN 0028-792X, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Bien que Sharif-Emami lui-même soit l'une des plus hautes autorités maçonniques du pays.
- 1 2 Abrahamian 1983, p. 515.
- ↑ Abrahamian 1982, p. 635-636.
- ↑ (en-US) Daniel Philip Ritter, « Why the Iranian Revolution was nonviolent : internationalized social change and the iron cage of liberalism », repositories.lib.utexas.edu, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Shaul Bakhash, The reign of the ayatollahs : Iran and the Islamic Revolution, New York : Basic Books, (ISBN 978-0-465-06887-6, 978-0-465-06890-6 et 978-0-465-06889-0, lire en ligne), p.15
- 1 2 (en) Jahangir Amuzegar, Dynamics of the Iranian Revolution: The Pahlavis' Triumph and Tragedy, SUNY Press, (ISBN 978-0-7914-0731-8, lire en ligne), p.253
- ↑ Afkhami 2009, p. 465.
- ↑ Abrahamian 1983, p. 515-516.
- 1 2 Abrahamian 1983, p. 516.
- 1 2 « Emad Baghi :: English », sur www.emadbaghi.com (consulté le )
- ↑ (en) « Black Friday: 88 Dead in Jaleh Square », sur Iran Prism, (consulté le )
- ↑ Milani 2011, p. 410.
- ↑ (en) TIME, « IRAN: The Town That Disappeared », sur TIME, (consulté le )
- 1 2 3 Bomati et Nahavandi 2013, p. 478-479.
- 1 2 3 Bomati et Nahavandi 2013, p. 478-483.
- ↑ Abdolhassan Bani Sadr, alors domicilié à Cachan.
- 1 2 3 Alexandre de Marenches et Christine Ockrent, Dans le secret des princes, Le Livre de Poche, (lire en ligne)
- ↑ « Iran : la France a-t-elle trahi le chah en accueillant Khomeyni ? », Historia, (lire en ligne [archive du ], consulté le )
- ↑ Les cassettes diffusées depuis la France contiennent des sermons radicaux dont aucun journaliste n'a alors connaissance.
- ↑ Milani 2011, p. 394.
- 1 2 3 4 Samuel Hauraix, « Ce que les journalistes ont compris de la révolution de 1979 », sur La revue des médias/ina, (consulté le )
- ↑ (en) « How the BBC helped bring the Ayatollah to power », sur Telegraph Blogs.,
- 1 2 Milani 2011, p. 391-392.
- ↑ « Pourquoi Michel Foucault a été fasciné par les islamistes iraniens », Le Point.fr, (lire en ligne, consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 Milani 2011, p. 398-402.
- ↑ Abrahamian 1983, p. 512.
- ↑ Abrahamian 1983, p. 517 et 519.
- ↑ Abrahamian 1983, p. 517-518.
- 1 2 3 4 5 Bomati et Nahavandi 2013, p. 489-502.
- 1 2 3 4 5 (en) Jean-Charles Brotons, U.S. Officials and the Fall of the Shah: Some Safe Contraction Interpretations, Lexington Books, (ISBN 978-0-7391-3340-8, lire en ligne)
- 1 2 (en) Sepehr Zabir, The Iranian Military in Revolution and War (RLE Iran D), Taylor & Francis, (ISBN 978-1-136-81270-5, lire en ligne)
- ↑ Milani 2011, p. 396.
- ↑ (en) Hooman Majd, The Ayatollahs' Democracy: An Iranian Challenge, W. W. Norton & Company, (ISBN 978-0-393-08039-1, lire en ligne)
- ↑ Milani 2011, p. 391.
- 1 2 Bomati et Nahavandi 2013, p. 509.
- 1 2 « Lakeland Ledger » [archive du ], sur news.google.com, (consulté le )
- 1 2 (en-US) Everett Rosenfeld, « Top 10 Most Influential Protests - TIME », Time, (ISSN 0040-781X, lire en ligne, consulté le )
- 1 2 Abrahamian 1983, p. 522.
- 1 2 Kurzman 2004, p. 121-122.
- 1 2 Milani 2011, p. 491.
- ↑ Razavi et Montali 2025, p. 62-63.
- ↑ Abrahamian 1983, p. 523.
- 1 2 Milani 2011.
- 1 2 3 4 5 (en) Douglas Little, American Orientalism: The United States and the Middle East since 1945, Univ of North Carolina Press, (ISBN 978-0-8078-7761-6, lire en ligne)
- ↑ Marie-Violette Bernard, « La CIA reconnaît avoir orchestré le coup d'Etat iranien de 1953 », Libération, (lire en ligne)
- ↑ (en) Steven F. Hayward, The Age of Reagan: The Fall of the Old Liberal Order: 1964-1980, PRH Christian Publishing, (ISBN 978-0-307-45370-9, lire en ligne)
- 1 2 3 (en) Mike Evans, Jimmy Carter, the Liberal Left and World Chaos: A Carter/Obama Plan that Will Not Work, Time Worthy Books, (ISBN 978-0-935199-33-8, lire en ligne)
- 1 2 Denis Mayet, « Quand la France protégeait l'ayatollah Khomeini : histoire d'un aveuglement », sur L'Essentiel de l'Éco, (consulté le )
- ↑ Abrahamian 1983, p. 519 et 523-524.
- ↑ (en-US) Anthony Lewis, « ABROAD AT HOME Mr. Kissinger's Role », The New York Times, (ISSN 0362-4331, lire en ligne, consulté le )
- 1 2 3 4 Bomati et Nahavandi 2013, p. 509-513.
- 1 2 (en) Tomas B. Phillips, Queer Sinister Things: The Hidden History of Iran, Lulu.com, (ISBN 978-0-557-50929-4, lire en ligne), p.406
- ↑ (en) Darioush Bayandor, The Shah, the Islamic Revolution and the United States, Springer International Publishing, (ISBN 978-3-319-96118-7 et 978-3-319-96119-4, DOI 10.1007/978-3-319-96119-4, lire en ligne), p.283
- 1 2 Amir Aslan Afshar, Mémoires d'Iran: complots et trahisons, Mareuil éditions, (ISBN 978-2-37254-018-6, lire en ligne)
- ↑ Abrahamian 19883, p. 524.
- 1 2 3 4 5 6 7 (en) « 'A Darker Horizon': The Assassination of Shapour Bakhtiar », sur FRONTLINE - Tehran Bureau (consulté le )
- ↑ Robert E. Huyser, Mission to Tehran, New York : Harper & Row, (ISBN 978-0-06-039053-2, lire en ligne)
- ↑ (fa) « آیا آخرین ارتشبد به شاه خیانت کرد؟ », sur BBC News فارسی, (consulté le )
- ↑ (en) « Shah goes as crowds celebrate », The Prescott Courrier, vol. 97, no 13, , p. 8 (lire en ligne)
- ↑ « Demonstrations allowed », sur tvnews.vanderbilt.edu, (consulté le )
- ↑ (en-US) R. w Apple Jr Special to The New York Times, « 'Immortals’ March to Show Fealty to Shah », The New York Times, (ISSN 0362-4331, lire en ligne, consulté le )
- 1 2 « Protest banned in Iran », The Lantern, vol. 98, no 68, , p. 1 (lire en ligne)
- ↑ (en-GB) « Two Weeks in January: America's secret engagement with Khomeini », BBC News, (lire en ligne, consulté le )
- 1 2 Abrahamian 1983, p. 526.
- ↑ Olmo Gölz, « Gölz „Khomeini's Face is in the Moon: Limitations of Sacredness and the Origins of Sovereignty.“ In: 'Sakralität und Heldentum', Felix Heinzer, Jörn Leonhard and Ralf von den Hoff (ed.), 229–244, Helden - Heroisierungen - Heroismen 6. Würzburg: Ergon, 2017. », www.academia.edu, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Taheri 1985, p. 186.
- ↑ Baqer Moin, Khomeini, Thomas Dunne Books, (ISBN 978-0-312-26490-1, lire en ligne)
- ↑ « What Are the Iranians Dreaming About? by Michel Foucault », sur press.uchicago.edu (consulté le )
- ↑ (en) « Speech at Behesht-e Zahra in Tehran - Imam Khomeini Wiki », sur en.wiki.khomeini.ir (consulté le )
- ↑ Abrahamian 1982, p. 515.
- ↑ Khomeini, Sahifeh-ye Nur, vol. 5, p. 31, traduit, p. 204.
- ↑ « IRDC.ir - Islamic Revolution Document Center - Article » [archive du ], sur www.irdc.ir (consulté le )
- ↑ (fa) « 19 بهمن 57: بیعت همافران با امام خمینی(ره) », sur همشهری آنلاین, همشهری آنلاین، سایت خبری روزنامه همشهری | hamshahrionline, (consulté le )
- ↑ Bomati et Nahavandi 2013, p. 529.
- ↑ (en) Ervand Abrahamian, Iran between two revolutions, Princeton University Press, (ISBN 978-0-691-10134-7, lire en ligne), p. 528
- ↑ « La prise du pouvoir par l'âyatollâh Khomeyni », sur www.lhistoire.fr (consulté le )
- ↑ Airin Bahmani et Bruno Jäntti, « Les ombres de Sanandaj », sur Le Monde diplomatique,
- 1 2 3 Afkhami 2009, p. 541.
- ↑ (en-US) editor, « On Mofsed fel-Arz - Spreading Corruption on Earth », sur Iran Press Watch, (consulté le )
- ↑ (en) « Iran calls political opponents enemies of Islam - Boston.com », The Boston Globe, (ISSN 0743-1791, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Michael Ploetz, Tim Szatkowski, Akten zur Auswärtigen Politik der Bundesrepublik Deutschland 1979 Bd. II : 1. Juli bis 31. Dezember 1979. R. Oldenbourg Verlag, Munich, 2010, p. 1116.
- ↑ Emmanuel Razavi et Jean-Marie Montali, La pieuvre de Téhéran: L’enquête sur les espions et les agents d’influence iraniens en Europe et aux États-Unis, Editions du Cerf, (ISBN 978-2-204-16634-8, lire en ligne), p. 48-49
- ↑ (fa) « "اولین مهمان خارجی ایران پس از پیروزی انقلاب اسلامی که بود؟" [Qui fut le premier invité étranger en Iran après la victoire de la Révolution Islamique ?] », sur www.isna.ir (consulté le )
- ↑ (en) Amin Saikal, The Rise and Fall of the Shah: Iran from Autocracy to Religious Rule, Princeton University Press, (ISBN 978-0-691-14040-7, lire en ligne), p. 21
- ↑ Milani 2008, p. 375.
- ↑ La Constitution de 1906 est composée de plusieurs textes rédigés en 1906 et 1907, dont celui-ci.
- 1 2 3 Saikal 2009, p. 22-23.
- ↑ Bakhash 1984, p. 73.
- ↑ [vidéo] « En 1979, des Iraniennes manifestent contre le port obligatoire du voile | Lumni Enseignement » (consulté le )
- ↑ Charles de Saint-Sauveur, « 8 mars 1979 : c’était la première rébellion des Iraniennes contre le port du voile obligatoire », Le Parisien, (lire en ligne)
- ↑ (en-US) Ronald Koven, « Khomeini Decrees Islamic Republic After Vote in Iran », The Washington Post, (ISSN 0190-8286, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Mir-Hosseini et Tapper 2006 p. 17
- ↑ Michael Ploetz, Tim Szatkowski, Akten zur Auswärtigen Politik der Bundesrepublik Deutschland 1979 Bd. I : Jannuar bis 30. Juni 1979. R. Oldenbourg Verlag, Munich, 2010, p. 464.
- ↑ (en) Ziba Mir-Hosseini et Richard Tapper, Islam and democracy in Iran : Eshkevari and the quest for reform, London, New York : I.B. Tauris, (ISBN 978-1-84511-133-5 et 978-1-84511-134-2, lire en ligne), p. 16
- ↑ (en) « Amir Abbas Hoveyda: One Person’s Story », sur Abdorrahman Boroumand Center (consulté le )
- 1 2 « Le ministre de la justice aurait présenté sa démission », Le Monde, (ISSN 1950-6244, lire en ligne, consulté le )
- ↑ « IRAN TÉMOIGNAGE Il y a dix ans l'assassinat d'Hassan Pakravan », Le Monde, (ISSN 1950-6244, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) « Farrokhru Parsa: One Person’s Story », sur Abdorrahman Boroumand Center (consulté le )
- ↑ (en-US) William Branigin, « Iran's Bloody Purge Continues as Courts Follow Khomeini Rule », The Washington Post, (ISSN 0190-8286, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) « Iraj Matbu'i: One Person’s Story », sur Abdorrahman Boroumand Center (consulté le )
- ↑ (en) « Amnesty International Annual Report 1980 », sur Amnesty International, (consulté le )
- ↑ Afkhami 2009, p. 556.
- ↑ Cette dernière révolte étant menée par les turkmènes iraniens.
- ↑ (en) Denise Natali, The Kurds and the State: Evolving National Identity in Iraq, Turkey, and Iran, Syracuse University Press, (ISBN 978-0-8156-3084-5, lire en ligne)
- 1 2 3 (en) Steven R. Ward, Immortal: A Military History of Iran and Its Armed Forces, Georgetown University Press, (ISBN 978-1-58901-587-6, lire en ligne)
- ↑ (en) Jamie Stokes, Encyclopedia of the Peoples of Africa and the Middle East, Infobase Publishing, (ISBN 978-1-4381-2676-0, lire en ligne)
- ↑ (en) Loveday Morris, « Iranian Kurdish Fighters Eye a Weakened Tehran », sur New Lines Magazine, (consulté le )
- ↑ (en) Mahmood T. Davari, The Political Thought of Ayatollah Murtaza Mutahhari: An Iranian Theoretician of the Islamic State, Taylor & Francis, (ISBN 978-0-203-33523-9, lire en ligne)
- ↑ (en-US) « Iran’s Special Clerical Court: Where the Clergy Meet “Justice” », sur Zamaneh Media, (consulté le )
- ↑ (en-US) admin-hr, « Four Decades of Special Court for the Clerics; A Special Report », sur Hrana, (consulté le )
- ↑ Stéphane A. Dudoignon, « Iran : qui sont les Gardiens de la révolution ? », L'Histoire, no 506, (lire en ligne)
- 1 2 3 4 5 (en-US) Saïd Amir Arjomand, « CONSTITUTION OF THE ISLAMIC REPUBLIC », sur Encyclopaedia Iranica, (consulté le )
- ↑ Mir-Hosseini et Tapper 2006 p. 18
- ↑ « Fars, Tasnim, IRIB, IRNA… Ces différentes agences de presse iraniennes », sur L'Orient-Le Jour, (consulté le )
- ↑ Michael Ploetz, Tim Szatkowski, Akten Zur Auswärtigen Politik Der Bundesrepublik Deutschland 1979. Vol. II : 1 juillet au 31 décembre 1979. R. Oldenbourg Verlag, Munich, 2010, p. 1115.
- ↑ Encyclopædia Universalis, « Biographie de MAHMOUD TALEGHANI (1911-1979) », sur Encyclopædia Universalis (consulté le )
- ↑ (en-US) John Kifner, « Iranians Take to Streets to Mourn Ayatollah Taleghani, a Key Leader », The New York Times, (ISSN 0362-4331, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Le gouvernement de Valéry Giscard d'Estaing tarde à répondre, puis refusera d'admettre au chah l'entrée du territoire français.
- 1 2 3 4 Bomati et Nahavandi 2013, p. 538-541.
- ↑ (de) Michael Naumann et Josef Joffe, Teheran. Eine Revolution wird hingerichtet. Dokumente und Reportagen aus Die Zeit., Munich, Heyne Verlag, (ISBN 978-3-453-01233-2), p.214
- 1 2 3 Rebecca Fitoussi, « « Yankees dehors ! », retour sur la crise des otages américains en Iran », sur Public Sénat, (consulté le )
- 1 2 Jean-Baptiste Breen, « Quand certains intellectuels de gauche du XXe siècle étaient «fascinés» par la révolution islamique », sur RFI, (consulté le )
- ↑ « Diplomatie : qu'est-ce que la Convention de Vienne de 1961 », sur www.vie-publique.fr (consulté le )
- 1 2 (en) « Iran hostage crisis | Definition, Summary, Causes, Significance, & Facts | Britannica », sur www.britannica.com, (consulté le )
- ↑ « M. GHOTBZADEH DÉMENT AVOIR RENCONTRÉ M. HAMILTON JORDAN DU PRÉSIDENT CARTER », Le Monde, (ISSN 1950-6244, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) The Christian Science Monitor, « Jordan says Ghotbzadeh sought killing of Shah », sur The Christian Science Monitor, (consulté le )
- ↑ (en-US) Terence Smith et Special To the New York Times, « U.S. WAS REPORTEDLY URGED TO KILL SHAH », The New York Times, (ISSN 0362-4331, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (de) Fariborz Riyahi, Ayatollah Khomeini: mit Glossar u. Zeittaf, Ullstein, (ISBN 978-3-548-27540-6, lire en ligne)
- ↑ (en) Seyyed Vali Reza Nasr, Forces of Fortune: The Rise of the New Muslim Middle Class and What It Will Mean for Our World, Tantor Media, (ISBN 978-1-4001-9379-0, lire en ligne), p.138
- 1 2 Saikal 2009, p. 29-31.
- 1 2 Moin 2000, p. 234–235.
- ↑ Moin 2000, p. 234, 239.
- ↑ Bakhash 1984, p. 123.
- ↑ (en) Hamid Dabashi, The Green Movement in Iran, Transaction Publishers, (ISBN 978-1-4128-4545-8, lire en ligne), p. 76-77
- ↑ (en) Said Amir Arjomand, The Turban for the Crown: The Islamic Revolution in Iran, Oxford University Press, (ISBN 978-0-19-504258-0, lire en ligne), p. 144
- ↑ (en) Mark Bowden, « The Desert One Debacle », The Atlantic, (ISSN 2151-9463, lire en ligne, consulté le )
- ↑ « Jimmy Carter: Iran hostage rescue should have worked - USATODAY.com » [archive du ], sur www.usatoday.com (consulté le )
- 1 2 Candice Le Guern, « Révolte iranienne : la révolution islamique de 1979 en Iran », sur www.linternaute.fr, (consulté le )
- 1 2 3 (fa) « روایتهای ۹ گانه از ماجرای لو رفتن کودتای نوژه », sur BBC News فارسی, (consulté le )
- ↑ Mark Gasiorowski, « THE NUZHIH PLOT AND IRANIAN POLITICS », International Journal of Middle East Studies, vol. 34, , p. 645–666 (DOI 10.1017/S0020743802004038, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) « Shapur Bakhtiar: One Person’s Story », sur Abdorrahman Boroumand Center (consulté le )
- ↑ (en) Mark J. Gasiorowski, The Nuzhih Plot and Iranian Politics, Int. J. Middle East Stud. 34, (DOI 10.1017.S0020743802004038, lire en ligne), p. 645-666
- ↑ Bakhash 1984, p. 153.
- ↑ Moin 2000, p. 238.
- 1 2 (en) Asghar Schirazi, The Constitution of Iran: Politics and the State in the Islamic Republic, Bloomsbury Academic, (ISBN 978-1-86064-253-1, lire en ligne), p.127
- ↑ Bakhash 1984, p. 158-159.
- 1 2 (en) Masoud Kazemzadeh, The Iran National Front and the Struggle for Democracy: 1949–Present, Walter de Gruyter, (ISBN 978-3-11-078222-6, lire en ligne), chap. 5
- ↑ Moin 2000, p. 241-242.
- ↑ Moin 2000, p. 210-211.
- ↑ « "Karim Sanjabi" », sur Sarasota Herald Tribune, (consulté le )
- 1 2 3 (en) Shahin Nasiri et Leila Faghfouri Azar, « "Investigating the 1981 Massacre in Iran: On the Law-Constituting Force of Violence". Journal of Genocide Research. 26 (2): 164–187. », sur www.tandfonline.com, (DOI 10.1080/14623528.2022.2105027, consulté le )
- ↑ Bakash 1984, p. 221-222.
- 1 2 (en-US) « Rastyad », sur راستیاد (consulté le )
- ↑ (nl) Universiteit van Amsterdam, « Onderzoekers lanceren online database over de grootste massamoord uit de Iraanse geschiedenis », sur Universiteit van Amsterdam, (consulté le )
- ↑ (nl) Floris van Straaten Redacteur Internationaal Gerechtshof en Internationaal Strafhof Profiel Floris van Straaten et Floris van Straaten Redacteur Internationaal Gerechtshof en Internationaal Strafhof Profiel Floris van Straaten, « Op zoek naar de verdwenen slachtoffers van de Iraanse revolutie », NRC, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) Javaid Rehman, « Atrocity Crimes and grave violations of human rights committed by the Islamic Republic of Iran (1981–1982 and 1988) »
- 1 2 Moin 2000, p. 232.
- ↑ Bakhash 1984, p. 89-90.
- 1 2 PAUL BALTA, « M. Ghotbzadeh, ancien ministre des affaires étrangères a été fusillé pour " complot " Broyé par la " justice " islamique », Le Monde, (ISSN 1950-6244, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) Ervand Abrahamian, Tortured Confessions: Prisons and Public Recantations in Modern Iran, University of California Press, (ISBN 978-0-520-21866-6, lire en ligne), p. 157
- ↑ (fa) Mohammad Reyshahri, Khaterat (Mémoires), Téhéran, Centre de Documentation de la Révolution Islamique, 2004 (1383)
- ↑ Sur l'avis de 17 des 45 professeurs du séminaire de Qom. Voir référence suivante.
- 1 2 Arjomand 1988, p. 156.
- ↑ (en) Niko Kelbakiani, « THE REVOLUTION IN THE IRANIAN SHIA CLERGY: DEMOTION OF AYATOLLAH SHARIATMADARI », G. Tsereteli Institute of Oriental Studies, (lire en ligne)
- ↑ (en-US) Eric Pace, « AYATOLLAH KAZEM SHARIAT-MADARI OF IRAN, 87 », The New York Times, (ISSN 0362-4331, lire en ligne, consulté le )
- 1 2 (en) « Iran-Iraq War | History | Research Starters | EBSCOhost », sur EBSCO (consulté le )
- ↑ (en) Afshin Molavi, The Soul of Iran: A Nation's Struggle for Freedom, W. W. Norton & Company, (ISBN 978-0-393-07875-6, The+Soul+of+Iran,+%22revolution+lamented+the+course+it+eventually+took%22&pg=PA225&printsec=frontcover lire en ligne), p.225
- ↑ (en) Hamid Algar, « Professor Hamid Algar, the Distinguished Shia Muslim Scholar in USA », sur imamreza.net,
- ↑ (en) Edward Shirley, Know Thine Enemy: A Spy's Journey Into Revolutionary Iran, Routledge, (ISBN 978-0-429-71114-5, lire en ligne), p. 98, 104, 195
- ↑ (en) Afshin Molavi, The Soul of Iran, W. W. Norton & Company, (ISBN 978-0-393-32597-3, lire en ligne), p. 156
- ↑ Olivier Roy, The failure of political Islam, Harvard University Press, (ISBN 978-0-674-29140-9, lire en ligne), p.199
- ↑ (en) « Children of the Revolution - BBC World Service - Documentaries », sur www.bbc.co.uk (consulté le )
- ↑ (en) Charlotte Wiedemann, « A Revolution Misunderstood », Qantara.de, (lire en ligne)
- ↑ (en-US) Elizabeth Llorente, « Iran may release huge number of prisoners », sur Fox News, Fox News, (consulté le )
- ↑ Qui, à la différence des trois autres minorités suivantes, ne sont pas reconnus comme étant une minorité et sont régulièrement persécutés par le gouvernement.
- ↑ (en) Christoph Baumer, The Church of the East: An Illustrated History of Assyrian Christianity, Bloomsbury Publishing, (ISBN 978-1-83860-933-7, lire en ligne), p.276
- ↑ (en) Alessandra Cecolin, Iranian Jews in Israel: Between Persian Cultural Identity and Israeli Nationalism, Bloomsbury Publishing, (ISBN 978-0-85772-788-6, lire en ligne), p.138
- ↑ « Iran: Report: Part I: Descriptive Section » [archive du ], sur www2.unesco.org (consulté le )
- ↑ « Adult education offers new opportunities and options to Iranian women », sur UNGEI.,
- ↑ (en) Jane Howard, Inside Iran: Women's Lives, Mage Publishers, (ISBN 978-0-934211-72-7, lire en ligne), p.89
- ↑ Nikki R. Keddie, Modern Iran : roots and results of revolution, New Haven, Conn. : Yale University Press, (ISBN 978-0-300-09856-3, lire en ligne), p.287-288
- ↑ « Iran: Human Development Index »
- ↑ (en) United Nations, « Iran:Data Center », hdr.undp.org, United Nations, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Cooper 2018, p. 490.
- ↑ Michael Ploetz, Tim Szatkowski, Akten zur Auswärtigen Politik der Bundesrepublik Deutschland 1979 Bd. II: 1. Januar bis 30. Juni 1979. R. Oldenbourg Verlag, Munich 2010, p. 208.
- ↑ (en) Anthony Parsons, The Pride and the Fall: Iran, 1974-1979, J. Cape, (ISBN 978-0-224-02196-8, lire en ligne), p. 151-152
- ↑ (en) Manouchehr Ganji, Defying the Iranian Revolution: From a Minister to the Shah to a Leader of Resistance, Bloomsbury Publishing USA, (ISBN 978-0-313-01616-5, lire en ligne), p.15
- ↑ Afkhami 2009, p. 665.
- ↑ [vidéo] « سریال ایرانی معمای شاه قسمت 77 | Moammaye Shah Serial Irani 77 », TPM - Top Persian Movies, , 35:40 min (consulté le )
- ↑ Razavi et Montali 2025, p. 56-58.
- ↑ Razavi et Montali 2025, p. 49-50.
- 1 2 3 Michael Ploetz, Tim Szatkowski, Akten zur Auswärtigen Politik der Bundesrepublik Deutschland 1979 Bd. II: 1. Juli bis 31. Dezember 1979. R. Oldenbourg Verlag, Munich, 2010, p. 1020
- ↑ Rémi Monti, « Emmanuel Razavi : «Les chefs iraniens des mouvements d’opposition ne veulent pas de guerre civile» »
, sur Le Figaro, (consulté le ) - ↑ « Nouveautés Éditeurs - Accueil - Paris-Téhéran Le grand dévoilement - les Éditions du Cerf - Razavi Emmanuel », sur nouveautes-editeurs.bnf.fr (consulté le )
- 1 2 3 Abrahamian 1983, p. 478-479.
- ↑ Abrahamian 1983, p. 519-520.
- ↑ (en) Yadullah Shahibzadeh, Islamism and post-Islamism in Iran : an intellectual history, New York, Palgrave Macmillan, (ISBN 978-1-137-58206-5, lire en ligne), p. 82-83
- ↑ « Iran 1979, une révolution confisquée - RTBF Actus », sur RTBF (consulté le )
- ↑ Yann Lagarde, « Non, les intellectuels français n'ont pas "soutenu" la révolution islamique en Iran », sur France Culture, (consulté le )
- ↑ Michel Taubmann, « "Ali Shariati, véritable cerveau de la Révolution islamique, ou le brillant théoricien d’un 'islamo-marxisme' " », sur www.marianne.net, (consulté le )
Liens externes
[modifier | modifier le code]- « Journal télévisé de TF1 : annonce du départ prochain du Shah ». Extrait du journal télévisé de TF1, diffusé le et présenté par Roger Gicquel - archives de l'Institut national de l'audiovisuel (INA)
- « Iran : du Shah à Khomeiny », divers reportages sur INA.fr, 10 janvier 2014, consulté le 3 octobre 2025.
- « Iran: les grandes dates des 40 ans de la République islamique » sur RFI, 10 février 2020, consulté le 3 octobre 2025.
- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :
