DIX ANNÉES DE « DÉGEL »
II y a dix ans, la mort de Staline a marqué le début d'une évolution profonde du monde communiste. C'est dans la vie de l'esprit que se sont produits les changements les plus remarquables et ce phénomène qui a pris le nom de « dégel » est assurément, dans l'histoire contemporaine, l'un des plus riches en signification.
C'est un phénomène qui n'affecte pas seulement l'Union soviétique mais aussi tous les pays qui sont ses alliés en Europe orientale ; et en Union soviétique même, ses manifestations les plus intéressantes ne se limitent pas à l'aire russe mais englobent celle des cultures allogènes dont il est trop rarement question.
Tout un livre serait nécessaire pour décrire cette évolution et l'illustrer par des textes ou d'autres exemples. Ici, dans les limites d'un article de revue, on ne peut qu'en donner un aperçu en essayant de montrer, d'un domaine culturel à l'autre, les traits originaux du « dégel » au cours de la décennie qui a suivi la disparition de Staline.
I. Le domaine russe
Au début de 1954, Ilya Ehrenbourg fait paraître un roman intitulé « Le Dégel ». Cette œuvre décrit le cynisme des artistes voulant bénéficier des faveurs du pouvoir tandis qu'un artiste très doué mais peu conformiste en est réduit à végéter. Le titre de cette œuvre sert depuis lors à désigner tout le phénomène de libéralisation de la vie de l'esprit après Staline.
Fin 1962, la revue de Moscou Novy Mir publie le récit d'un auteur encore inconnu, Alexandre Soljénitzyne, sur la vie quotidienne dans un camp de concentration stalinien. C'est le premier aveu précis sur la réalité de ces camps de la mort en Sibérie.



















