Le Décélérateur d’antiprotons (AD), machine unique en son genre, produit des antiprotons de basse énergie pour étudier l’antimatière et « fabriquer » des atomes d’antimatière. Le Décélérateur produit des faisceaux d’antiprotons et les envoie vers les différentes expériences.
Un faisceau de protons issu du PS (Synchrotron Ă protons) frappe une cible mĂ©tallique. Ces collisions produisent une multitude de particules secondaires, dont beaucoup d’antiprotons. Ces derniers sont trop Ă©nergĂ©tiques pour ĂŞtre directement utilisables dans la production d’antiatomes. Par ailleurs, ils ont des Ă©nergies diffĂ©rentes et se dĂ©placent de façon dĂ©sordonnĂ©e. C’est grâce au DĂ©cĂ©lĂ©rateur que ces particules rebelles sont domptĂ©es et transformĂ©es en faisceaux de basse Ă©nergie, utilisables par la suite dans la production d’antimatière.
Les antiprotons sortant de la cible avec des angles divergents sont focalisés avant de parvenir à l’AD. Une fraction de ces antiprotons ont une énergie adéquate pour être injectés et stockés dans AD.
L’AD est un anneau formé d’aimants de courbure et de focalisation qui maintiennent les antiprotons sur la même trajectoire tandis que des champs électriques puissants les ralentissent. La dispersion des énergies des antiprotons et les déviations de leurs trajectoires sont réduites grâce à la technique du « refroidissement ». Les antiprotons subissent plusieurs phase de refroidissement et de décélération jusqu’à être ralentis à environ un dixième de la vitesse de la lumière. Les antiprotons sont ensuite éjectés vers les expériences sur l’antimatière.
Un nouvel anneau de décélération, ELENA (Extra Low ENergy Antiproton), va bientôt être mis en service. Couplé à l’AD, ce synchrotron de 30 mètres de circonférence va ralentir encore les antiprotons, pour réduire leur énergie d’un facteur 50, de 5,3 MeV à seulement 0,1 MeV. Un système de refroidissement par électron augmentera la densité de faisceau. Le nombre d’antiprotons pouvant être piégés sera accru d’un facteur 10 à 100, améliorant l’efficacité des expériences et ouvrant la voie à de nouvelles expériences.
Mis en service en 2000, l’AD Ă©tait le lieu en 2002 d’une grande première scientifique : pour la première fois de grandes quantitĂ©s d’atomes d’antihydrogène Ă©taient produites. Les tentatives dĂ©butaient pour stocker des antiatomes pendant un laps de temps suffisant pour en mesurer les caractĂ©ristiques. En 2011, une expĂ©rience annonçait avoir produit et capturĂ© des atomes d’antihydrogène pendant seize minutes, un temps suffisamment long pour pouvoir Ă©tudier leurs propriĂ©tĂ©s en dĂ©tail. L’annĂ©e suivante, la première mesure du spectre de l’antihydrogène Ă©tait publiĂ©e. Depuis 2010, les expĂ©riences sur l’AD ont publiĂ© de nombreuses mesures des caractĂ©ristiques de l’antimatière, les comparant avec celles de la matière.
L’AD est aujourd’hui utilisé dans le cadre de plusieurs expériences qui étudient l’antimatière et ses propriétés : ALPHA, ASACUSA, ATRAP et BASE. Deux autres expériences, AEGIS et GBAR s’apprêtent à étudier l’effet de la gravité sur l’antimatière. GBAR sera la première expérience à exploiter les antiprotons préparés par le nouveau décélérateur ELENA.
